Difficultés rencontrées par les étudiants étrangersjeudi 27 janvier 2005.
Par Florence Kunian
On ignore facilement les obstacles que doivent franchir les étudiants étrangers simplement pour pouvoir étudier ici dans de bonnes conditions. Choc culturel, absence d’orientation dédiée, mais aussi formalités administratives qui compliquent tout, du logement au petit boulot. Intervenir est possible à bien des niveaux. Un éclairage sur les acteurs en présence dont la coordination a un immense potentiel.
Qui se soucie de nous ? Pas vous !
Voici en résumé de ce que peuvent légitimement ressentir les étudiants étrangers à l’entrée dans le système universitaire français. Ce dernier n’est limpide pour personne, tant arriver à l’université constitue une grande nouveauté. Mais les frais expatriés en France n’ont pas les mêmes repères pour s’orienter, ils doivent appréhender d’un seul coup un système encore plus vaste, et affronter les complications de leur situation particulière : n’être pas français.
Le choc culturel
Car arriver dans un nouveau pays ce n’est pas seulement être confronté à une nouvelle langue, c’est aussi découvrir une autre société, avec ses horaires, ses aliments, son organisation et ses loisirs. Il est fréquent de perdre du poids les premières semaines de présence. Il faut trouver de nouveaux repères, un équilibre avec ses habitudes passées qui ne peuvent plus s’exprimer, en outre, le cocon familial est loin... On observe que plus le pays natal présente de grandes différences socioculturelles, plus les étudiants sont sujets au mal du pays, et peuvent avoir besoin de soutien, ou même d’aide psychologique. Aujourd’hui les cellules spécifiques d’aide sont encore bien rares.
Pas tous boursiers ou Erasmus !
Les boursiers, et ceux qui participent à des programmes d’échange s’en tirent le mieux : ils bénéficient d’un cadre organisé entre universités qui comprend logement et une aide financière (parfois réduite cependant). Leur accueil est étoffé : les étudiants Erasmus bénéficient par exemple à Angers d’une semaine de visite de la ville, de reconnaissance des lieux étudiants et pratiques. Mais ceux qui viennent étudier de leur propre initiative, les " hors programme ", et qui sont beaucoup plus nombreux, ont rarement droit à ces attentions. Moins suivis, il est plus difficile de les informer spécifiquement.
Papiers, logement, argent
Evidemment les visas et les divers titres de séjour sont les préoccupations des seuls étudiants qui se frottent à l’international. Les obtenir est difficile, et leur renouvellement, si les études se prolongent est pour beaucoup un sujet d’angoisse. Les syndicats et associations fournissent des aides juridiques, tiennent des permanences, souvent seuls à partager ces questions. La recherche d’un logement, problématique pour tous, relève pour les étudiants étrangers du parcours du combattant, d’autant qu’ils peuvent être victimes de refus discriminants. Quand il ne reste aucune place en résidence universitaire, soit les contacts sont suffisants pour trouver une colocation avec des amis ou des compatriotes soit il faut travailler, ce qui n’est pas idéal pour mener de brillantes études en même temps. Les étudiants étrangers constatent d’ailleurs que l’université et ses enseignants, distants, ne prennent jamais en compte dans leurs évaluations les différentes situations personnelles de leurs élèves. Trouver un petit boulot étudiant nécessite aussi des formalités : une autorisation provisoire de travail, à demander à la direction départementale du travail, et respecter une durée maximale de trois mois.
L’enfer des formalités
Pour venir étudier en France, en premier cycle, un étudiant doit s’y prendre quasiment un an à l’avance et se pré-inscrire dans son pays d’origine. Il doit aller retirer un dossier à l’ambassade de France de son pays et le remplir dans les délais impartis en choisissant deux universités (sur plus de 80 !), il faut ensuite que l’ambassade le transmette à temps. Les délais d’acheminement des courriers peuvent être très longs ce qui oblige les étudiants à être prompts, et procéder à tout envoi bien avant la date limite. Chacune des deux universités dispose d’un mois pour donner sa réponse, si les deux sont négatives un recours est possible en écrivant... au ministre de l’éducation nationale ! Entre temps il faut passer un test de français (vers février). Mais ce n’est pas tout, il faut ensuite solliciter une carte de séjour temporaire, mention " étudiant " en justifiant : d’un passeport valide, d’un certificat médical visé par l’OMI, d’un visa long séjour qui s’obtient avec l’attestation d’inscription ou de pré-inscription et la justification des ressources suffisantes, qu’il faut fournir à nouveau. (Référence : Le guide des jeunes étrangers en France, Syros / Guides GISTI, avril 1999)]
Insuffisances des institutions
Les institutions d’enseignement supérieur ont enfin fait le constat de la pauvreté de l’accueil et du suivi des étudiants étrangers, compliqué car il nécessite une coordination en chaîne de plusieurs services. Les collectivités locales, les universités, les pôles européens universitaires et les CROUS mutualisent leurs efforts pour que se développent les guichets uniques, où tous les services seront proposés d’emblée. A Paris, les étudiants étrangers peuvent durant toute la période de la rentrée accéder à deux relais d’accueil, à Strasbourg, ils se rendent à l’agora qui rassemble tous les services publics et privés dont ils peuvent avoir besoin, Bordeaux dispose d’un tel centre multiservice, Grenoble, Lyon, et Nancy avec une semaine forum d’accueil, ont des initiatives similaires. Les ressources en ligne s’étoffent, par université ou transversales, comme le site web eduparis.net, plateforme multilingue couvrant toutes démarches pour bien s’intégrer à une université parisienne. Ce que pourrait être un accueil réussi se dessine, mais les personnes et les moyens matériels sont bien souvent insuffisants pour mettre en œuvre une véritable politique en ce sens.
C’est qu’il y a fort à faire : information, orientation, conseil et aide des étudiants étrangers avant leur séjour et durant les premiers mois qui sont toujours les plus difficiles. Un grand besoin existe aussi de décryptage des offres de formation. L’orientation scolaire est compliquée pour l’ensemble des étudiants, mais on constate que les étrangers ignorent en général l’existence des structures d’information qui se sont développées, et que dans bien des cas, elles sont mal adaptées à leur parcours singulier. Or le manque d’information conduit à de mauvais choix d’orientation, et est une cause importante d’échec scolaire.
encadré Eduparis.net Edité par la fédération des radio-campus IASTAR France, le site trilingue anglais - espagnol - français propose une information exhaustive à l’intention des étudiants souhaitant venir à Paris. Doté d’une interface graphique agréable et ludique, il décline son contenu fouillé dans 5 grands domaines : " choisir Paris ", " étudier à Paris ", " préparer son séjour à Paris ", " l’arrivée à Paris ", " vivre à Paris ". Le site bénéficie de la coordination de tous les acteurs institutionnels concernés, grâce à la plateforme d’accueil des étudiants étrangers initiée par la Mairie de Paris. www.eduparis.net
Intervenir
Ainsi les étudiants étrangers restent trop brièvement accueillis et par la suite menacés d’isolement, manquant d’interlocuteurs du quotidien, plus disponibles que les services administratifs. Et même, le guichet unique le plus perfectionné ne pourra jamais procurer ce que les étudiants étrangers sont susceptibles d’apprendre auprès de leurs pairs, à savoir leur " métier d’étudiant ", une autonomie qui s’acquiert par immersion et mimétisme. Ils doivent pouvoir poser des questions toutes simples et être guidés vers ceux qui disposent des réponses plus spécialisées. Les associations étudiantes se développent mais manquent encore de soutiens et de reconnaissance. Plusieurs figures associatives tournées vers les étudiants étrangers peuvent être distinguées :
* Les étudiants étrangers eux-mêmes, soit qu’ils aient surmonté la plupart des embûches, soient qu’ils souhaitent les résoudre à plusieurs, développent une solidarité envers leurs compatriotes. Ils sont plus nombreux pour traduire leurs différentes informations et connaître leurs droits. Ils s’ouvrent parfois plus largement à leur communauté expatriée, à l’image des étudiants Tamouls de France qui mettent leurs compétences universitaires au service de la génération plus ancienne qui parle très mal français, par le biais d’une revue bilingue. Ce cas exemplaire de doit pas masquer le risque toujours possible du repli communautaire : utiles au départ, les retrouvailles entre étrangers du même pays peuvent aboutir à des groupes qui s’enferment dans leur identité " étrangère ", ce qui affaiblit les interactions et les échanges possibles avec la société française. Le piège Erasmus est du même ordre : des étudiants de tous pays se côtoient en France... sans rencontrer de français ! " Ils restent entre eux " commentent alors divers étudiants dépités.
* Les acteurs de la mobilité étudiante : les aspirants au départ devraient être heureux de préparer leur futur séjour en rencontrant en France des étudiants venus du pays qu’ils souhaitent découvrir, et pourtant ce sont surtout les français revenus qui s’impliquent dans l’accueil des étudiants étrangers. C’est que l’expérience leur a plu, et que le rythme international leur manque ! Et bien sûr qu’ils mesurent l’écart entre l’accueil dont ils ont bénéficié et celui qui est proposé. Il y a à creuser du coté des partants, dont on pourrait souhaiter qu’ils s’impliquent dans l’accueil de l’étudiant étranger qu’ils deviendront, et également du coté de ceux qui mènent des projets de solidarité internationale : il est finalement surprenant que les étudiants africains soient rarement associés pour conseil ou information aux projets de développement local menés par les associations étudiantes de nos universités, alors qu’ils sont les mieux représentés !
* Les animateurs des campus : ce sont les étudiants qui font vivre leurs facs au quotidien avec de multiples activités destinées à créer une bonne ambiance dans l’université, à favoriser la socialisation. Ces généralistes accueillent bien souvent l’ensemble des étudiants, proposent divers services, organisent soirées, évènements, expositions, et sont à l’occasion impliqués pour améliorer les contacts avec les étudiants étrangers. Cela passe surtout par les événements festifs, mais aussi par la mise en réseau : petites annonces diffusées pour jobs, logements, cours, voyages communs, etc. Les associations de filières sont les plus concernées par le contenu des cursus et les modalités pédagogiques, elles constituent à ce titre des interlocuteurs utiles pour les étudiants fraîchement arrivés qui ont besoin de beaucoup d’informations pratiques, notamment sur les notations.
Cet ensemble de curieux, de concernés, de joyeux et surtout de solidaires inventent, perpétuent, recréent des pratiques pour faciliter l’insertion des étudiants étrangers qui bénéficient à notre société dans son ensemble. Leur mode d’emploi fait l’objet des pages qui suivent.
le site:
http://www.animafac.net/article.php3?id_article=749***
vous êtes étranger? vous avez connu les difficultés de l'insertion en france en tant qu'étudiant?
venez nous raconter votre expérience!
Ce message a été modifié par didam - vendredi 28 septembre 2007 à 14:46.