Tuesday 22 January 2008 à 17:29 Discussion vraiment passionnante. Evidemment, rien n'en sortira, sinon certainement pour les uns et les autres la certitude que cette question est insolvable... Pour toutes les grandes religions, Dieu est l'Autre, il ne peut être apréhendé dans sa totalité ni par les sens, ni par l'intelligence. Il est "contre nature de "prouver" Dieu, puisqu'il sort de nos champs cognitifs. C'est pourquoi Il se révèle aux hommes par des médias humains: prophètes, Ecritures Saintes... Certains voient dans la nature, dans l'humanité, des traces de cette présence de Dieu, d'autres y verront l'effet d'un hasard plus ou moins bien goupillé... Evidemment, on en pense ce que l'on veut, mais je regrette un peu les insultes présentes ici et là... Pourquoi "abjurer"? Je ne crois pas que les participants "croyants" de cette discussion ne mangent des enfants au nom d'Allah au petit dejeuner, n'égorgent des impies à l'apéro au nom de Jésus ou incendient des villes en célébrant le Shabbat. Si personne n'est parfait dans la pratique de sa religion, on peut se demander si Averroès aurait été ce qu'il a été sans l'Islam, Thomas d'Aquin sans le Christiannisme ou Maïmonnide sans la Torah... Enfin, je change un peu de sujet... Peut-être la question: "l'influence de la Foi sur la Raison?"
J'ai lu ton commentaire, et voilà, me semble-t-il, ce qu'on peut en dire.
1. Tu affirmes catégoriquement que la question de dieu ne trouve aucune solution, et que rien n'en sortira.
Première critique : tu te places comme le centre de gravité de l'intelligence qui pourrait décider objectivement du sort de la dite question. Or, il y a des hommes et des femmes ordinaires qui eux ont livré une réponse. Et il y en a forcément qui possède la vérité et d'autres qui baignent dans le faux, étant donné que la question appelle une réponse binaire : oui / non.
Deuxième critique : par les propos que tu tiens, tu sembles méconnaître les nombreux ouvrages des croyants, des sceptiques, des agnostiques et d'athées qui par leurs discours ont proposé des réponses. Et ce n'est pas parce qu'il ne sont pas d'accord entre eux que la question est justement sans réponse, comme on vient de le remarquer.
2. Tu dis ensuite que pour toutes les grandes religions : "dieu est l'autre".
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Première critique : un défaut de précision.
. Quelles sont ces grandes religions ? En quoi sont-elles "grandes" : est-ce par leur nombre de croyants ? est-ce par la morale qu'elle propose ? est-ce par leur longévité ? est-ce parce qu'elles sont les plus connues ?
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Deuxième critique : un manque de nuances.
. As-tu réellement parcouru les écrits fondateurs des religions et la somme conséquente de manuscrits théologiques, philosophes, historiques, etc... qui font suite à ses écrits fondateurs : y est-il affirmé noir sur blanc que "dieu est l'autre" ? Et plutôt que l'autre, ne faut-il pas en réalité que dieu soit familier et proche des hommes pour les toucher ? Car on dit bien aime ton prochain comme toi-même et comme tu aimes dieu. Mais en admettant qu'il est dit par l'un ou par l'autre que dieu est l'autre, cela suffit-il à en faire une vérité ?
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Troisième critique : un manque de cohérence.
. D'ailleurs, en effet, si l'on dit que dieu est l'autre, c'est qu'on affirme déjà quelque chose à son sujet, donc qu'on propose un élément de réponse, et donc que dieu n'est pas hors du champs cognitif, comme tu le prétends.
. Bien plus, tu dis que dieu ne peut-être appréhendé dans sa totalité, ni par les sens ni par l'intelligence, ce qui laisse supposer qu'on peut l'appréhender au moins en partie, puis tu poses dieu comme hors de portée de la connaissance.
Compte tenu de l'incompatibilté des arguments, on se demande quelle version est celle que tu défends.
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Quatrième critique : une opposition hâtive entre connaissance et révélation, en faisant de cette dernière l'unique accès au divin.
. Or la révélation n'est pas l'opposé ou l'inverse de la connaissance. Au contraire, on dit bien que dieu se fait connaître aux hommes, que les hommes peuvent connaître dieu par la révélation, par exemple
Aux romains chap. 1, versets 18-19 : il y est d'ailleurs dit que les qualités de dieu sont perçues par l'intelligence. On voit également dans les
Proverbes de Salomon l'éloge qui y est faite de la connaissance, de la sagesse, de l'intelligence.
. Il y a évidement des chrétiens, des juifs, des musulmans, ou autres qui affirmeront que la révélation n'est pas une connaissance. Mais dès lors que dieu, jéhovah ou allah se révèle, c'est qu'il désire que les hommes le connaissent : ça tombe sous le sens.
.Mais la révélation n'est pas un savoir certain, car elle diffère selon l'humeur et le tempérament des prophètes, de telle sorte que les prophètes n'étaient pas d'accord entre eux.
A ce titre, tu devrais jeter un coup d'oeil chez Spinoza au chapitre I et II de son
Traité Théologico-Politique où il présente une étude magistrale de la psychologie des prophètes et de la nature de la révélation : la révélation est une connaissance, mais une connaissance instable, confuse et variable, donc inférieure à la connaissance pleinement rationnelle ; quant aux prophètes, ils avaient une piètre connaissance de la nature des choses, simplement leur morale et leur vertu l'emportaient sur celle des autres hommes.
J'espère avoir été suffisamment constructif pour que mon intervention nourrisse les débats.
Ce message a été modifié par Full Master On The Rox - Thursday 24 January 2008 à 05:45.