mardi 20 mai 2008 à 11:28
Fureur anti-roms près de NaplesDes campements de tziganes ont été incendiés ces derniers jours en Italie
NAPLES La fureur anti-Roms qui s'est emparée de Ponticelli, à l'est de Naples où des campements de tziganes ont été incendiés ces derniers jours, était toujours vive jeudi alors qu'il ne restait plus un Rom dans le quartier, surnommé le "Bronx de Naples". "C'était inutile de brûler leurs baraques une fois qu'ils étaient partis! Il fallait le faire avant, pour leur faire vraiment peur", lance Pasquale, 50 ans, qui tient une échoppe de fleurs sur le marché, situé entre deux rangées de tours d'immeubles.
Comme lui, les résidents de Ponticelli ont un discours très dur envers le millier de tziganes qui vivaient, jusqu'ici dans une dizaine de campements disséminés sous les ponts et les terrains vagues de cette banlieue de 55.000 habitants, connue pour être l'un des bastions de la mafia napolitaine, la Camorra.
Ces petits bidonvilles ont été mardi et mercredi la cible de cocktails molotov qui ont déclenché des incendies, obligeant les habitants à prendre la fuite. "On n'en pouvait plus de ces Roms, ces voyous nous avaient envahis et ils ont même essayé de nous voler nos enfants!", se justifie une femme d'une soixantaine d'années, dans une allusion à la tentative d'enlèvement d'un bébé par une jeune Rom le week-end dernier qui a été le détonateur des violences. "Ce fait divers été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase: les gens sont exaspérés par les Tziganes, même si ce ras-le-bol n'a rien à voir avec la peur de l'insécurité: les gens ici sont habitués à la criminalité, bien plus ancienne que la venue des Roms", explique un policier qui monte la garde devant un camp abandonné dans la nuit de mercredi à jeudi après une tentative d'incendie.
"Il est très probable que la Camorra n'est pas étrangère aux incendies. Ce fait divers a sûrement arrangé beaucoup de gens qui avaient des comptes à régler avec les Roms et qui voulaient s'en débarrasser", ajoute-t-il sous couvert de l'anonymat. "Nous surveillons le camp car les habitants pourraient y remettre le feu afin d'être sûrs que les Roms ne reviendront pas", explique-t-il. Les résidents de ce campement situé sous un pont à l'entrée de la ville, et jouxtant d'immenses tas de déchets, semblent avoir fui à toute vitesse, sans rien emporter: des vêtements sont encore en train de sécher, poupées et jouets sont jetés par terre, et les portes ouvertes des baraques laissent voir télévisions et objets divers.
Les organisations catholiques Caritas et Sant'Egidio, qui fournissent depuis plusieurs années une aide alimentaire, médicale et sociale aux Tziganes, les ont aidés à fuir, les plaçant pour la nuit dans une école située de l'autre côté du "Bronx". "Nous allons ensuite les emmener vers un endroit tenu secret", confie Salvatore Esposito, de Sant'Egidio. "J'ai peur. Je vis ici depuis des années, les gens n'avaient jamais été si violents", affirme dans un parfait patois napolitain, Fiore, un Rom de Roumanie de 16 ans, assis par terre dans la salle de classe, avec les 56 habitants du camp, dont une vingtaine d'enfants.
Dehors, des dizaines de policiers forment un cordon de sécurité entre l'école et les voisins furieux de la présence des Roms. "Ils sont surtout mécontents qu'ils aient amené la police! Ici, vous êtes dans le +marché+ du Bronx, où vous pouvez tout acheter: drogue, armes...", s'exclame un autre responsable associatif.
Quelques instants plus tard, alors que l'heure du départ a sonné, la police s'écarte pour laisser passer les Tziganes, qui forment un triste cortège: "Bon débarras, ne revenez plus jamais!" entend-on parmi les cris de joie et les applaudissements qui retentissent sur leur passage.
http://www.dhnet.be/infos/monde/article/20...-de-naples.html