Saturday 29 September 2007 à 16:47
Saturday 29 September 2007 à 15:08 Ne fait pas l'innocent, tu connais les théories de ces personnages, nous savons quelle est la thèse qui a triomphé en France et nous savons aussi le traitement reservé aux historiens qui la remet en question. Il est bien loin le temps en France où le debat historique était alimenté par le comparatisme des thèses.
Que reproches-tu à
Werth ? Il est ne travaille pas sur les bonnes sources ? Forge des faux ?
Je suis tout à fait d'accord avec sa thèse !
Staline n'a en rien trahi les idéaux de
Lénine, il a simplement saupoudré les principes léninistes de sa paranoïa extrême !! Il a normalement utilisé les outils que
Illitch avait forgé :
- le Parti unique dépositaire de la vérité historique, avant-garde du prolétariat et qui a le monopole du pouvoir, très bien décrit dans
Que faire ? et stigmatisé, très tôt par
Rosa Luxembourg ! Pour
Lénine, le prolétariat est bien incapable d'arriver à une conscience de classe et donc, il doit être guidé par ceux qui savent, c'est à dire les membres du Parti. Cet élitisme produira ce que l'on sait ...la dictature d'un homme sur le Parti et du Parti sur le prolétariat !
Le pouvoir révolutionnaire en l'occurence la dictature du prolétariat n'est soumis à aucune loi selon Lénine :
"
Un pouvoir conquis et maintenu par la violence, que le prolétariat (en fait par le Parti qui représente le prolétariat ...) exerce sur la bourgeoisie, pouvoir qui n'est lié par aucune li."
Une conception totalitaire du pouvoir ...le Pouvoir est le TOUT, il ne peut être circonscrit par des lois ...d'où les dérives meurtrières du règne stalinien ...qui avaient commencé dès le début. Voici l'Editorial du
Glaive Rouge, l'organe de la Tcheka de Kiev au début de 1919 (cité p.46) :
"
Nous rejetons les vieux systèmes de moralité et d'humanité inventés par la bourgeoisie (ça me rappelle la description du révoutionnaire par Netchaev ...) dans le but d'opprimer et d'exploiter les classes intérieures. Notre moralité n'a pas de précédent, notre humanité est absolue, car elle repose sur un nouvel idéal, détruire toute forme d'oppression et de violence (en utilisant les procédés que l'on veut détruire ...) Pour nous, tout est permis car nous sommes les premiers au monde à lever l'épée, non pas pour opprimer et réduire en esclavage , mais pour libérer l'humanité de ses chaînes. Du sang ! Que le sang coule à flot puisque seul le sang peut colorer à tout jamais le drapeau noir de la bourgeoisie pirate en étendard rouge, drapeau de la Révolution, puisque seule la mort finale du vieux monde peut libérer à tout jamais du retour des chacals !"
Conclusion ? La fin (le paradis communiste) justifie les moyens (la violence), tous les moyens et sans limites (Pour nous tout est permis !) La compassion, la pitié, sont des sentiments petit-bourgeois, indignes d'un révolutionnaire ...
Mais comme disait
Camus, un fin aussi incertaine et utopiste vaut-elle ce cortège de massacres ?
- les camps de concentration érigés avant le début de la guerre civile. En fait ils ont pris leur place naturelle dans les anciens camps de prisonniers de guerre.
- la
Tcheka, crée le 10 décembre 1917, véritable Etat dans l'Etat, va très vite atteindre les 200 000 policiers ...
- l'interdiction des fractions lors du Xe Congrès du PCUS, en 1921, c'est à dire l
a criminalisation des oppositions potentielles.
Radek qui avait voté cette motion, a affirmé qu'il savait qu'il se mettait la corde au cou ...Cette mesure servira à
Staline pour exterminer les opposants, vrais ou inventés ! Koulaks, parasites, tire au flanc, saboteurs, trotskystes, agent hitléro-trostkystes, agent du Mikado, titistes, et j'en passe !
Plus généralement, comme le précise
Werth, chez
Staline, comme chez
Lénine, l
a violence de masse est un processus révolutionnaire nécessaire pour accoucher d'une nouvelle société, elle est même souhaitable pour purifier la société ! Or dans ce numéro, des archives qui avaient été cachées par le pouvoir soviétique, illustre le fait que
Lénine a encouragé sciemment la violence de masse, non pas par cruauté ou sadisme, mais parce qu'il croyait que c'était nécessaire pour éliminer l'ennemi et pour accoucher d'une société plus juste ! De même, l'univers bolchevique est structuré selon le principe de l'Ami et de l'Ennemi, du Bon et du Méchant. Principe manichéen qui part du credo que tout ce qui n'est pas avec moi est contre moi. Le fantasme de l'Unité est une constante chez les bolcheviques mais aussi chez certains révolutionnaires français et tout ceux qui peuvent rompre celle-ci seront exterminés ! D'où la désignation d'ennemis de classe de la Révolution, qui se réfère à la logique de la Terreur révolutionnaire française.
Saint Just dans un rapport au Comité de Salut Public écrira :
"
La souveraineté du peuple veut qu'il soit uni; elle est donc opposable aux factions : toute faction (la fraction bolchevique ...) est donc un attentat à la souveraineté".
118 ans plus tard,
Lénine suivra la même logique avec l'interdiction des fractions pour renforcer l'Unité du Parti !
Saint Just rajoute :
"Un patriote est celui qui soutient la République en masse; quiconque la combat en détail est un traître !"
,d'ailleurs
Saint Just qualifiera même de traître les indifférents, qui n'adhèrent pas à l'enthousiasme révolutionnaire. Le 10 juin 1794, une loi instaure la Grande Terreur : les accusés n'auront plus de défense, ce seront ceux qui attentent d'une manière ou d'une autre "
à la liberté, à l'unité (toujours cette unité mythifiée ...) , à la sûreté de la République".
Tout le monde est donc un ennemi du peuple en puissance ! Cette loi ressemble comme deux gouttes d'eau à la directive n°00447 qui institue, en 1937, le début de la Terreur rouge.