jeudi 14 juin 2007 à 12:04
mercredi 13 juin 2007 à 16:19 Feneck a lancé un pavé dans la mare, à savoir que nous n'aimerions pas la musique pour elle-même mais pour les codes sociaux qui y seraient associés. J'espère avoir bien compris le propos et remercie son auteur de me corriger si ce n'est pas le cas.
J'ai une opinion plus nuancée sur le sujet. Indéniablement il me semble qu'une partie de nos habitudes d'écoute peut être dictée par une attitude d'identification à un artiste ou à un genre. J'ai tendance à penser que c'est un peu le lot de l'adolescence, du public "jeune" d'une façon générale, de tendre à caler ses habitudes (je refuse dans ce cas de parler de "goût") sur des modèles, des représentations sociales. L'exemple qui m'avait frappé à la fin des années 80 est le succés remporté par l'enregistrement des Quatre Saisons par le violoniste Nigel Kennedy au look "déjanté": longtemps classé parmi les meilleures ventes au top 50... je suis convaincu que son image qui allait à l'encontre des stéréotypes du genre "classique" a participé de cette identification du public à un artiste qui sortait du rang en quelque sorte.
Cela dit, je ne peux pas croire que nos goûts ne soient régis qu'en fonction des codes sociaux ou de la recherche de quelque identité propre. Si cela existe, je pense aussi que l'amateur de musique bâtit, lorsqu'il est curieux, sa propre initiation tout au long de sa vie, mène sa propre exploration musicale au-delà des préjugés et des étiquettes sociales. Je ne suis pas "arrivé" au jazz en le décidant un matin en me levant... Je ne suis pas venu à la musique classique en me disant un matin: "bon, j'ai décidé d'avoir dorénavant bon goût"! J'ai basculé dedans suite à des rencontres, un professeur de musique, la présence d'un parent chef d'orchestre, une révélation à l'écoute d'une oeuvre, la biographie d'un musicien, etc...
Comme je l'ai déjà écrit, je distingue un goût premier, un goût naturel qui nous est intime. C'est la première "couche". Y vient se superposer une forme de goût acquis, en perpétuelle évolution, une couche instable et soumise à nos connaissances, notre culture, nos aspirations. Si j'accorde une grande importance au second, celui qui, j'ose l'écrire, nous amène à distinguer le "bon" goût du "mauvais", je pense qu'il faut chérir le premier. Je valorise l'effort d'aller vers l'oeuvre mais il serait de mauvais goût d'aller à l'encontre de ses goûts, de ce qu'on aime pleinement, et, finalement, de ce que nous sommes... car la musique, c'est aussi cela: nous rappeler en permanence qui nous sommes réellement.
tu as bien compris, mais je persiste à croire que nos goûts musicaux ont une base identitaire d’origine sociale et culturelle. avec notre propre tic tac interne (sensibilité personnelle) qui déterminera nos critères de choix tout au long de notre existence
ce choix est déterminé par la capacité de nous identifier par des sons, ou des tempos particuliers en faisant vibrer notre sensibilité personnelle, et par delà, nous faire fantasmer
autre attitude qu'on remarque lorsque nous parlons de goûts en matière de musique et d'art est que nous avons tendances à universaliser nos propos.
par exemple, pour le mélomane et le connaisseur « musique » sous-entend habituellement musique classique, s'ils le font, la musique classique devient alors la jauge à partir de laquelle tout autre type de musique est comparé et/ou dénigré ou apprécié « si c'est de l'art, ce n'est pas pour tous; si c'est pour tous, ce n'est pas de l'art ».
que nous soyons adeptes de rock, de jazz, de country, de rap, de musique classique, ou de tout autre type de musique, la musique que nous considérons nôtre devient la musique, avec un grand « M ».
cependant, cette attitude est paradoxale, d'une part, nous donnons force de vérité à nos goûts et nos critiques que nous considérons tout à fait personnels et, d'autre part, nous considérons que la musique ou encore un artiste est la source de nos goûts.
d'autre part, Il est évident qu'à l'écoute d'un type de musique qui nous est tout à fait inconnu, les risques de ne pas l'apprécier sont accrus du fait que nous ne la reconnaissons point justement, par exemple, il est difficile pour la plupart d'entre nous d'apprécier lors d'une première écoute des ragas indiens, la musique de Gamelan Javanaise ou Balinaise, et encore moins la musique de court japonaise, le Gagaku (musique millénaire fort étrange à nos oreilles occidentales

), la musique solo du shakuhachi (la flûte de bambou japonaise dont le répertoire comprend principalement des pièces à caractère méditatif), ou encore les voix nasillardes de l'opéra de Pékin.
sans initiation préalable, il sera difficile pour plusieurs d'entre nous de comprendre l'esprit musical et esthétique de ces musiques, toutefois, la reconnaissance de la valeur esthétique d'une forme de musique inconnue et incompatible avec notre musique occidental, et la j’en reviens a nos critères sociaux culturels
ouf voila !!!!! maintenant a cause de toi j’ai mal aux doigts