mercredi 18 juin 2008 à 20:54
Le thème libre arbitre (car c'est bien de cela dont il s'agit dans le Jugement Dernier) contre destinée est un thème très intéressant. Il est vrai que la question du Jugement Dernier en tant que tel, je ne me l'étais jamais posée

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Depuis assez jeune, je me questionne là dessus. Car on vois chaque jour que l'on est parfois libre dans nos choix, et qu'il y a certaines choses que nous ne pouvons pas éviter, et cela n'est pas du à une inconscience individuelle, mais intrinsèque à la nature humaine. Nous nous sentons bien libres, parfois nous nous trouvons face à des choix difficiles, et nous savons que c'est à nous que revient de prendre une décision (même la décision de ne pas prendre de décision, et de laisser complètement faire). Mais cependant, il paraît tout aussi évident que certains évènements semblent "venir d'en haut", et même les lois de la nature, ou les circonstances de la création de notre propre personnalité. Comment donc réunir ces visions contradictoires?
J'ai pris l'habitude de comparer la situation à celle de ces jeux pour enfants, où l'on fait une sorte de toboggan avec des éléments en plastique, et qu'on y laisse glisser une bille. Nous, chétifs humains, somme la bille. On ne sait pas quel sera notre parcours, si nous devrons tourner à gauche, à droite, tomber, être expédié en l'air, etc... Et cependant, le toboggan est là, il existe, mais hors de notre perception. Nous voyons et vivons le voyage, le déplacement, mais une conscience extérieure, d'un autre niveau, pourrait voir le toboggan, qui est le chemin ou le parcours. Ne vous est-il jamais arrivé de vous poser des questions existentielles en voyant de besogneuses petites fourmis s'agiter autour de leur fourmilière? Et bien nous sommes les fourmis d'autres niveaux de conscience.
Notre libre arbitre n'est pas véritablement une illusion, mais on ne peut cependant affirmer qu'il existe surement. Car pour le mesurer, nous n'avons que des "outils" limités, qui sont notre propre perception, mémoire, conscience. Les limites intrinsèques de ces outils sont les limites de notre jugement, et nous ne pouvons ni nous assurer dans notre croyance en un libre arbitre ou en une destinée, ni nous en détromper. Mais il ne faut pas voir cette limite comme quelque chose de strictement restrictif, au contraire. Car ce sont précisément dans ces limites, dans ce cadre, que nous avons pu bâtir quelque chose de cohérent, d'adapté, et de positif. On aura beau la plaindre, une personne né aveugle n'a pas à se sentir négativement limitée: elle s'est entièrement développée, formée, avec cette cécité, de telle sorte qu'elle peut penser à la fois ne rien perdre à ne pas voir, et ne pas savoir ce qu'elle y perd. C'est la limite de notre horizon qui, par contraste, nous permet de voir dans un certain rayon autour de nous. Notre libre arbitre, c'est précisément cela: ne pas voir ce qui nous est réservé, et c'est cependant positif, puisque cela nous force à choisir en notre âme et conscience, à se poser d'autres questions auxquelles nous devons aussi trouver des réponses.
Mais maintenant, c'est vrai que dans ce cadre, le Jugement Dernier pose problème. Car au final, qu'est ce qui est? Est-ce que la réalité est le destin, ou est-ce nos choix? On peut alors se pencher vers la mythologie germanique et nordique, où bien que les héros ont une destinée, ils doivent cependant l'accomplir par eux-même. Conception fortement paradoxale au premier abord, mais qui est loin d'être sotte: c'est par nous que la destinée s'accomplit. Peut-être que notre destinée a été déterminée en dehors de nous, mais nous, subjectivement, en tant que conscience, nous en somme quelque part l'objet, et il nous faut en quelque sorte accomplir, vivre cette vie qui nous as été tracée, pour réaliser la destinée. De même que la bille, même si elle devait tomber et suivre son parcours dans le toboggan, et bien elle tombe! Ca devait être, ça arrive et donc ça devient. Voila pourquoi nous pouvons être jugé: ce chemin est le notre, et à tout moment, à chaque instant, nous avons toujours choisi et fait comme nous sentions devoir le faire, dans la limite de notre conscience et de nos capacités. Les choix ne se sont pas fait, nous les avons fait, nous les avons réalisé alors qu'ils n'étaient qu'écrit, nous avons embrassé ce qui devait être pour nous, en étant nous-même.