vendredi 08 juin 2007 à 11:20
Même si je ne pense pas que ça suffira à faire reflechir ceux qui sont bien installés dans leur pensée figée, je vais essayer de développer un peu...
Au néolithique, toute l’Europe a une mythologie remarquablement semblable, et pour cause, un seul mystère les obsèdes, le premier de tous : celui de la Vie…
La Vie est quelque chose qu’ils ne parviennent pas à comprendre : comment les femmes tombent-elles enceintes?
A l’époque, on ne sait pas, on ne comprend pas. Du coup, la femme est un mystère, et la seule à pouvoir apporter la vie : elle prend donc une place prépondérante par rapport à l’homme… Ce qui justifie le culte universel de la Déesse-Mère aux nom divers, immortelle, immuable et toute puissante
La Déesse mère avait de multiples amants, mais certainement pas pour avoir des enfants avec un père, seulement pour son plaisir (ça ne vous rappellerait pas, en inversé, un certain Zeus ? Hé oui, c’est ça la revanche du patriarcat). La femme étant prépondérante, tous les systèmes sociaux étaient matriarcaux. : les hommes vénéraient la mère suprême et lui obéissaient.
Symboliquement, le soleil, masculin, passait après la Lune, féminine, mais surtout parce que, du fait que son intensité lumineuse ne variait pas avec les saisons, la Lune engendrait des tas de superstitions
Les trois grandes phases de la Lune (nouvelle, pleine et vieille) se sont mises, petit à petit, à s’identifier aux trois phases de la femme : jeune fille, adulte (ce qu’on appelle alors "nymphe" - et oui, ça vient de là) et vieille femme, et, par analogie, se sont retrouvées associées également aux trois phases de l’année : jeunes feuilles et bourgeons, fleurs et fruits, déclin et mort.
Les choses ont commencé à changer un peu plus tard. En fait, quand on a découvert que le fait de coucher avec un homme était pour quelque chose dans le mystère de la vie… Du coup, il s’est avéré que les hommes ne servaient plus tellement à rien, finalement, et leur statut commença à évoluer.
Mais ce n’était pas encore trop ça.
Il semblerait que la Reine, dans la tribu primitive, avait pour habitude de choisir chaque année un jeune homme pour amant, plus comme symbole de fertilité que comme gigolo, cette fois ; cet homme, qu’on appelait "roi sacré" devait être sacrifié à la fin de l’année et son sang servait à féconder les troupeaux et les récoltes, et les suivantes de la reines (des femmes portant des masques de chienne, de jument ou de truie) mangeaient sa chaire crue pour apporter la fécondité. Beurk.
Plus tard, le roi sacré fut sacrifié dès que la force du soleil (auquel il était associé, en temps qu’élément masculin, fécondant les récoltes, etc.) commençait à décliner, c'est-à-dire vers le milieu de l’été. Son "frère jumeau" (qui est un terme consacré, sans aucun lien de parenté spécial) prenait alors sa place d’amant de la reine et était sacrifié au milieu de l’hiver.
Les "rois sacrés" avaient un pouvoir uniquement exécutif : ils portaient des robes "magiques" on les laissait, en gros, représenter la Reine. La monarchie mâle gagnait du terrain… Mais pas trop encore. Parce que symboliquement, le Soleil, même si il était un symbole de fertilité puissant, restait sous la direction de la Lune, tout comme le roi restait sous la direction de la Reine.
Ceci dit, la condition des hommes n’était pas si terrible que ça, non plus. Ils avaient à priori le droit d’avoir un lopin de terre et d’y faire ce qu’ils voulaient, on leur confiait la chasse, la pêche, la cueillette, la garde du troupeau, la guerre…(beaucoup plus, est-il permis de le rappeler, que ce qui était confié à une femme à l’époque classique – c'est-à-dire rien, étant considérée comme une enfant toute sa vie et toujours sous la tutelle de son père, puis de son mari, puis de son frère, voir de son fils si le mari mourait).
Il y avait même un "commandant en chef" masculin (rien à voir avec le roi sacré) en période de guerre ou d’émigration, qui pouvait être l’oncle de la reine, son fils ou son cousin (toujours du coté maternel) et qui avait quelques pouvoirs (entre autre de juger les querelles entre hommes) tant que ça n’empiétait pas sur le matriarcat.
Pour ceux qui veulent en savoir plus un excellent livre "le langage de la déesse"aux editions des femmes sur l'archéologie des sociétés matriarcales de la vieille Europe, iconographie magnifique, tout un pan de notre préhistoire ( et de l'histoire des femmes ) complètement occultée. Plus "politique" : "Avant les dieux, la Mère universelle" de Françoise Gange, chez Alphée. Une société matriarcale contemporaine ( les Moso ) racontée par une femme qui en fait partie : "Adieu au lac Mère" de Yang Erche Namu et Christine Mathieu chez Calman Levy.
Merci de votre attention
Bonne journée !