
C'est avec une certaine appréhension que je me lance à la critique d'un de mes albums cultes, à savoir « The Doors » par, vous l'aurez deviné, les Doors.
Appréhension, oui, car faire la critique d'un tel album demande d'être à la hauteur de la qualité musicale de cette oeuvre, et ca ,ce n'est pas gagné.
C'est en 1967, en plein « Summer of Love » friscain qu'est finalisé cet opus. Jim Morrison, Raymond Manczarek, Robbie Krieger et John Densmore nous offrent dans cet album un contraste saisissant par rapport aux idées d'amour libre et de paix de l'époque. Le quartet de Los Angeles nous ouvrent dans ce diamant brut nos « Portes de la Perception » en créeant des tableaux où prédomine tantôt la peur, l'angoisse, la violence, l'Oedipe, le sexe, la haine. Cela est bien loin, vous l'aurez compris, de l'ambiance et de l'idéologie de la fin des sixties.
Morisson plante le décor dès les premiers instants d'écoute, par le biais du court mais explosif, rageur et rythmé
« Break on through », en invitant à passer de "l'autre coté" par la consommation de drogues.
Et l'on se décide à fermer les yeux dès les premières mesures de
« Soul Kitchen », sorte d'invitation à l'errance montrant le chemin à
« The Crystal Ship ». Où comment se rendre compte, à travers ces deux morceaux, que la musique peut-être au service de la poésie..
A travers ces deux morceaux, l'auditeur prend également conscience de la présence du jeu de batterie désarticulé de John Densmore, jeu se fondant à merveille dans l'univers des Doors afin de créer un mélange habile et idéal afin d'emmener l'auditeur vers une ballade intersidérale.
« Twentieth Century Fox » est une pièce légère, ayant comme thème l'insousciance et correspondant peut-être davantage à l'esprit rock'n roll. Et l'on est déjà essoufflé..
« Alabama Song », étonnante reprise de l'oeuvre de Kurt Weill « Grandeur et décadence de la ville de Mahagony » sur musique de Bertolt Brecht, est un subtil mélange de blues et de cabaret , peignant l'image d'un bar à whisky et de la lune d'Alabama. Une véritable pièce de théatre.. ce a quoi la chanson était destiné.
L'érotique et torride
« Light my fire » nous fait transpirer encore un peu plus. On se rend vite compte que Ray Manzarek, pianiste de formation classique, a construit une des plus merveilleuses mélodies du rock et prouve sa virtuosité, puisque selon la légende, la partie instrumentale de ce bijou de sept minutes, numéro 1 au Billboard durant six semaines, n'a jamais été finalisé. On se rend également compte que sans Ray Manzarek, Jim Morrison ne serait pas devenu le chanteur des Doors, il serait sans doute resté un de ces poètes tristes, maudit et surtout anonyme.. Rencontre entre deux géants. Les Doors.. serait-ce un aigle à deux têtes ? Que nenni puisque dans le titre suivant,
« Back Door Man », c'est Robbie Krieger qui nous montre ses talents dans une reprise du blues de Willie Dixon. Le blues, une musique authentique, un sentiment qui l'est tout autant.. Et l'on voyage encore un peu plus.
« I looked at you » nous laisse apprécier la poésie déléctable de Jim.
Dès les premières mesures de l'ô combien envoutant et magique « End of the night », on peut se laisser penser, grâce au tempo lent de la chanson que le moment de reprendre ses esprits et de se dire que l'on est juste en train d'écouter un disque de musique, est arrivé.. Heureusement, pour très peu de temps. Grâce à sa voix douce et vénéneuse, Morrison nous renvoie sur orbite, jamais il n'aura acquit une telle dimension d'ange, semblant flotter sur les notes de musique, saisir dans les airs les mots les uns après les autres, tout cela dans une atmosphère très planante.
« Take it as it comes » nous gratifie encore une fois de superbes phrases d'orgues de Manzarek, nous offrant une véritable leçon de clavier tout au long de cet album. Celui-ci décidement plus que jamais à la hauteur. Et l'on a envie de repenser à nouveau à John Desmore..
Autre pièce maitresse de cette oeuvre, et dernier morceau d'un patchwork musical exceptionnel, l'éblouissant
« The End » tiré également d'un propre poème de Morrison en personne, nous permet d'apprécier encore un peu plus les talents d'écriture du Roi Lézard et de s'imprégner une dernière fois de l'atmosphère magique et si malsaine de cet album en voyageant dans un monde dramatique, apocalyptique, inspiré par l'inceste et le paricide. Oedipe y est maître. Le trip continue de plus belle grâce à des paroles toujours plus mystérieuses
("Scènes étranges dans la mine d'or/ Chevauche le serpent/ Jusqu'au lac/ Le lac primordial") Quoi qu'il en soit « The Doors » offre une expérience riche, intense et incroyablement dense en émotions. Un merveilleux voyage en orbite.
De plus, la comète Morrison fit voir son éclat au monde entier..
(j'ai mal aux doigts)
Ce message a été modifié par -Polno68- - Friday 23 November 2007 à 20:14.