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Critique Rock

Express
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Wednesday 28 December 2005 à 01:57
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Je pensais qu'il serait intéressant de lancer un sujet à la fois de création et de reflexion rock: prenez la place d'un Lester Bangs, d'un Eudeline ou d'un Manoeuvre et écrivez, à votre manière, la critique de votre album favori ou d'un album qui vous dérange... libre à vous de mener l'affaire à votre guise! seules contraintes: ne pas en faire 15 pages, ce serait indigeste, ne pas non plus en faire 15 mots (on évitera de dire juste " c'est génial!")

Evidemment tous les groupes, artistes, genres et sous-genres du rock peuvent être abordés!


Ce message a été modifié par Express - Wednesday 28 December 2005 à 02:00.
Express
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Wednesday 28 December 2005 à 02:26
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En guise d'entrée, je choisis un monument: "Abbey Road", des Beatles (1969).

Initialement, le disque devait s'appeller "Mount Everest" et la pochette devait montrer notre 4 garcons plus tout à fait dans le vent en présidents rocks, taillés dans la pierre facon Mont Rushmore (idée foireuse reprise sans gêne par Deep Purple). Quelqu'un (Lennon?) jugea le concept ridicule et c'est à la queue-leu-leu, sapés comme pour un enterrement, et en tournant le dos à leur studio fétiche, que les Beatles traversent la rue et nous font, du même coup, leurs adieux.

C'est que l'affaire est complexe:"Abbey Road" est sorti avant "Let it Be", qui devrait être logiquement le dernier. Il n'en fût rien, et c'est du massacre spirituel (et musical) des séances de "Let It Be" que naquit du cerveau entêté d'un McCartney en plein désarroi l'idée d'un projet inconcevable à l'été 69: un nouvel album des Beatles. Paulo ne manquait pas d'air tant l'ambiance entre les quatre tenait plus du poignard dans le dos que du flower power. Mais sentant le navirer sombrer, le bassiste gaucher décida Lennon, et les deux autres, à venir une dernière fois jetter quelques merveilles sur un disque commun.

Merveilles? plus que cela: tout dans Abbey Road, sauf 1 ou 2 exceptions, tient du miracle. Lennon d'abord: un Lennon amoureux (de Yoko, ca aide pas) un Lennon sous héroïne (ca aide encore moins) mais un Lennon décidé à tirer sa révérence beatlesienne de façon magistrale: 3 chefs d'oeuvre immortels en Face A, dont l'ouverture par le monumental "Come Together" dont Jackson et quelques publictaires font encore leur miel aujoujourd'hui.
Et Harrison? Lui aussi faisait la gueule, lui aussi ne pouvait plus voir Paul en peinture et pourtant... entre deux séances de rigolade avec Dylan et Clapton aux USA, le voila ramenant sa barbe et deux chefs d'oeuvre dans ses valises: "here comes the sun" et le sublime "Something", chanson la plus reprise du groupe derrière "Yesterday", excusez du peu...
Et McCartney? pas en reste évidemment! A lui tout seul, devant un Lennon bougon et un George Martin épaté, il concocte une mini symphonie pop en face B, un medley hautement improbable à l'époque, carrément invraisemblable aujourd'hui...les Beatles à leur sommet artistique pour beaucoup, à leur sommet de prétention pour Lennon. Peu importe. Avec çà, les Beatles terminent leur carrière de la plus brillante des manières... En nous offrant un "The end" (moins connu que celui des Doors...) d'anthologie, et par l'occasion son premier solo de batterie à Ringo, les Beatles synthétisent en qqes minutes tout ce qu'ils ont apporté au rock tout en donnant la voie à suivre... arrivés à ce sommet, l'ascension ne pouvait que redescendre: les Beatles n'étant ni les Stones, ni Elvis, ils décidèrent d'un commun accord de tout arrêter là. Il n'y eut jamais l'album de trop et celui-ci, le dernier enregistré, fût peut-être leur meilleur. Le débat reste ouvert, mais jamais groupe de rock n'eût fin plus magistrale.
Sappy*
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Quebec
Wednesday 28 December 2005 à 03:20
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J'en ai déjà quelques unes de faites mais elle étaient limitées à trop peu de mots...



The Dandy Warhols - Odditorium or Warlords of Mars


Pseudo-prog-rock-musico-expérimental...?

Avec leur 5ème album, les Dandy's voulaient nous faire goûter au génie des longs trips musico-expérimentaux comme l'ont fait The Mars Volta avec Frances the Mute. Malheureusement, la ligne est mince entre génie et bâclage et Odditorium Or Warlords Of Mars n'est définitivement pas "a piece of history" comme le dit si bien l'introduction du disque. Instruments par dessus instruments se font entendre à pratiquement chaque début et fin de chanson sans toutefois aboutir à quelque chose de concrêt...dommage car leur son excentrique et la voix chaude de Courtney Taylor-Taylor (Love Is The New Feel Awful nous les rends asez bien) nous font encore envie même camouflés par du pseudo-prog-rock qui nous fait nous perdre dans cette cacophonie. Finalement, Odditorium n'a rien à envier à Thirteen Tales from Urban Bohemia qui fut, jusqu'à maintenant, le meilleur coup de leur carrière.
Sappy*
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(F)
Quebec
Wednesday 28 December 2005 à 03:21
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The Mars Volta - Frances the Mute


Notre ''The Wall'' de 2005

Frances the mute est un album abasourdissant! En fait, je me plaît à le décrire comme suit: ''Pink Floyd The Wall rencontre Santana avec une touche d'acide...''. L'acide c'est mal mais sur cet album, ça tombe juste bien!

Après De-loused in the comatorium, la barre était hyper-haute et franchement, je n'aurais jamais cru que les gars de Mars Volta puisse même égaler cet album. Une fois de plus, ils ont surpris les fans en nous pondant un disque d'une grandeur incroyable...c'est une preuve que ces gars-là sont des musiciens magnifiques et le chanteur a même su pousser la note encore plus haut que nous aurions pu l'imaginer!

Finalement, ce dernier bébé de Mars Volta a plus d'un tour dans son sac pour étonner la gent musicale: des solos qui, avant, étaient enfouis sous un torrent de sons mais qui planent maintenant au-dessus des mélodies, un côté folk éblouissant qui sort directement des 70s et par-dessus tout, la joie de faire de la bonne musique.

Un disque fort qui mérite d'être entendu de la même façon.
Sappy*
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(F)
Quebec
Wednesday 28 December 2005 à 03:24
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The Tea Party - Seven Circles


Coffee Party...

J'ai un message à faire aux gars de Tea Party: Je suis trop déçue. Désolée mais j'avais mis la barre haute pour vous les mecs. Ce n'est pas votre meilleur album ni le pire...on sait tous que vous aimez explorer de nouveaux horizons et que vous êtes des musiciens exceptionnels. Je vais attendre au prochain.

Ok ok...j'espérais un retour vers Splendor Solis, The Edges of Twilight et Transmission (à se procurer absolument!) mais j'ai eue droit à un bon album rock. Tout simplement. Avec ce disque, j'ai eu l'impression de me promener dans la cave de Tea Party: on sait pas où on s'en va pis on hésite entre des saveurs plus exotiques ou des petites tounes qui vont passer 45 fois à la radio...et qui vont plaire à tout le monde (à la malheureuse condition d'ignorer le réel talent de ce groupe là). C'est tellement dommage ça. Depuis le temps qu'on attendais le retour de Tea Party...

Par contre, 2 ou 3 chansons sont assez intéressantes et rappellent notre bon vieux groupe. Le seul hic, c'est qu'en les écoutants je me rend compte que Seven Circles aurait pu être tellement meilleur et ça, ça me fais pleurer... Avec cet album, Tea Party devrait s'appeller Coffee Party...y'a plus rien d'original là dedans!

Meilleure chance la prochaine fois.









J'étais fâchée.

Ce message a été modifié par Sappy* - Wednesday 28 December 2005 à 05:47.
Sappy*
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(F)
Quebec
Wednesday 28 December 2005 à 03:26
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Celle-là est pas mal...


Queens of the Stone Age - Lullabies to Paralyze


Deux mots à retenirs: noirceur et sensualité

Avec Lullabies to paralyze, on retrouve enfin la sensualité de Queens of the stone age qui est plus ou moins présente sur les autres albums sans toutefois être absente. C'est, je crois, le point marquant de ce nouvel album tant attendu. En l'écoutant, ça nous donne le goût de faire comme sur le DVD: danser dans la forêt les yeux fermés et le vent dans les cheveux...

Le fait que Nick Oliveri ait quitté le groupe me faisait très peur...finalement, le départ du bassiste chauve n'a pas affecté la qualité du son de QOTSA mais il va me manquer en spectacle parce que c'était un homme qui aimait son public et ça, on le sentais.

Lullabies commence avec une chanson chantée par Mark Lanegan (bof...) et la suite est splendide! Les beats sont planants et la voix est sublime: Josh revient avec une force éblouissante. En effet, notre chanteur mise de plus en plus sur les jeux de voix à notre plus grand contentement. Sur Burn the witch, on peut entendre les back-vocals de ZZ Top: parfait car ça nous rappelle la méchante voix qui nous parlait dans nos cauchemars! Pour ce nouvel opus, QOTSA joue beaucoup avec les ambiances assez sombres et la sensualité; comme l'a décrit Josh Homme: Lullabies est un disque de nuit, on l'écoute après minuit et on s'associe à la noirceur. On se laisse bercer par la mélodie et le rythme... Lullabies to paralyze fait beaucoup référence aux créatures de nuit et à celles de rêve: les femmes. D'après moi, les chansons les plus fortes et les plus originales sont au début et plus on avance dans notre voyage, plus on retrouve les Desert Sessions de Joshy; pour ceux qui n'aiment pas trop être dépaysés.

Le tout est magnifique et surprenant...indescriptible.
Express
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Wednesday 28 December 2005 à 04:20
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Très intéressant! j'espère que tu auras l'occasion de nous en donner d'autres, sur des sorties ou des albums plus anciens, coups de gueule ou coups de coeur!

Et evidemment toute nouvelle "plume" est la bienvenue!
Stardust
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France (33)
Wednesday 28 December 2005 à 18:49
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T.REX: electric warrior

Glam Love

Electric Warrior est pour moi le disque de pop-rock le plus leger que je connaisse.Peut-être aussi un des meilleur de cette periode. Il est à l'image de son chanteur Bolan, qui créa ici un album pop sans devenir guimauve, éléctrique en restant accoustique, soft sans être mou, quelque chose d'élégant, classieux tout en étant original.

Le titre d'ouverture condense les "effets" caractèristiques de l'album: choeurs discrets, mélange de guitare electrique et accoustique, voix profonde de Bolan, thème gentils ( comprendre a peu près 'c'est pas Velvet, et ce n'est pas iggy non plus'), rythme entrainant.

La seconde chansons, est pour moi la masterpiece du groupe. Cosmic Dancer (employée dans le film Billy Elliot, comme beaucoup d'autres de cet album) combine le meilleurs du style T-Rex pour réussir une perle pop, qu'on imagine pas chantée par quelqu'un d'autre que Bolan. Guitare accoustique en fond et violon planants, guitare electrique bien placée, paroles plus belles que jamais pour ce groupe, et T-Rex crée 4 minutes trente de perfection.
L'album suit sa route gaiement jusqu'à la piste 11, qui contraste avec le reste de l'album, c'est le titre le plus agréssif de l'album.
Malgré leur thême commun et l'empreinte omniprésente du génie Bolan, il aborde des styles assez varié, en teintant les chansons de blues, ou en relookant un slow de base. Il y a aussi quelques perles, comme Planet Queen, et Mambo Sun, la première chanson de l'album, inimmitables.
Les titres bonus (je possède une version expanded) suivent bien l'album, avec entre autre deux chansons qui se suivent (premiere partie nostalgique, deuxième rythmée) une belle version de Planet Queen, et Hot Love,un tube (il me semble).
Une interview explique la vision de l'album par t-rex, mais je ne l'ai jamais écouté en entier ( wacko.gif )

Enfin, ca n'apporte pas forcément grand chose, mais c'est toujours plus agréable, l'album a une pochette superbe (que j'ai mis sur le sujet prévu a cet effet), la version expanded encore plus, puisqu'elle est en carton, et l'intérieur bien illustré.
Express
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Wednesday 28 December 2005 à 19:03
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Merci stardust! Chronique intéressante d'un artiste parfois mal connu, Bolan, et d'une époque fascinante, le glam! par contre pouvez vous tous préciser l'année de sortie des disques que vous chroniquez?

J'imagine que celui de T-Rex doit tourner aux alentours de 71-72 non?
Stardust
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France (33)
Wednesday 28 December 2005 à 19:05
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71, en effet
Paysan
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Wednesday 28 December 2005 à 20:55
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siffle.gif
Express
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Friday 30 December 2005 à 02:54
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En attendant, je l'espère, une intervention très attendue de l'ami Claude-Louis (et de quiconque souhaitera intervenir!), je poursuis mon travail critique en prenant la défense cette fois d"un album méconnu, villipendé en son temps et encore peu réhabilité de nos jours: "The Soft Parade" des Doors (1969).

Il est convenu dans tous les ouvrages consacrés à Morrison et son combo de considérer cet album comme le plus médiocre des Doors, en tout cas comme la seule faute d'un parcours exemplaire. Il est d'abord essentiel de resituer le contexte de la critique de l'époque, qui a beaucoup fait pour la mauvaise postérité du disque, et donc de voir où en sont les Doors en 1969: A cette époque, le groupe est encore jeune, à peine 3 ans d'existence, mais Morrison n'est plus ce jeune Dionysos athlétique et sensuel qu'il était encore quelques mois auparavant.L'image du groupe est brouillée par de nombreux scandales, dont le concert désastreux de Miami (et le procès pour outrage qui s'en suivit) est un des illustres exemples. Plus en profondeur, les Doors sont déjà considérés en 69 comme des "has been", un groupe psychédélique dont le chanteur vieillit mal et fait pâle figure face aux nouveaux "seigneurs" du rock tels Led Zepellin.

Ce désarroi moral entraine les Doors sur une mauvaise pente musicale: détaché du groupe et plus occupé à vider des bouteilles qu'à écrire de nouvelles chansons, Morrison se désintéresse du projet et laisse la part belle aux musiciens. C'est là que pour les critiques de l'époque le bât a blessé: "The Soft Parade" serait plus la réalisation des fantasmes musicaux de Krieger et Manzarek qu'un vrai projet collectif...de fait les deux musiciens, ainsi que le producteur A. Rotschild, s'en donnent à coeur joie: cuivres, orchestrations à la limite du pompier... même Morrison semble se parodier et fait son crooner style Sinatra... bref dès sa sortie l'album fut massacré et jugé vieillot...

A la réécoute on se rend compte que ce disque est en effet singulièrement anachronique face aux innovations hendrixiennes ("Electric Ladyland" vient à peine de sortir) ou au déluge sonore de Led Zep... mais le temps lui a donné je trouve un "cachet" supplémentaire: c'est un disque très à part dans l'oeuvre des Doors... certes toutes les chansons ne sont pas d'un niveau impérissable mais Morrison se fend au moins, et le disque serait indispensable rien que pour cela, d'une sublime chanson: la chanson-titre "the soft parade"... une sorte de blues macabre, conçu comme une suite à quatre temps, qui offre l'un des meilleurs textes de la carrière d'un Jim alors en pleine dépression... un titre qui fait parfois froid dans le dos mais qui recèle mille richesses dont chaque réécoute apporte une sensation nouvelle... Le reste de l'album se distingue également par les très belles "wishful sinful", "touch me" ou "shaman's blues"...ce dernier étant un des textes les plus personnels de Morrison et chanté avec une voix blues justement qui indique l'évolution à venir des Doors vers une musique plus brute et épurée, ce que confirmeront magistralement les albums "Morrison Hotel" et "L.A. Woman".

Un album à (re)découvrir donc, en laissant de côté des critiques peut être pertinentes dans leur contexte mais très exagérées si l'on compare ce disque au final excellent avec la production actuelle...
Claude-Louis
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(H)
Suisse
Friday 30 December 2005 à 09:23
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QUOTE (Express @ 30 Dec 2005 à 01:54)
En attendant, je l'espère, une intervention très attendue de l'ami Claude-Louis

Et ben dites moi... j'ai pas la pression avec ça!!!

ça fait un bon moment que je me râpe les genoux à fouiller à quattre pattes dans mes vinyls et j'hésite toujours.... je continue mais je tiendrai mon engagement: je ponds une critique aujourd'hui wink.gif
Claude-Louis
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(H)
Suisse
Friday 30 December 2005 à 11:10
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Il y a des années qui restent dans l’histoire en association avec l’avènement ou l’extinction d’une œuvre, d’une mode ou d’un courant musical : 1962 - année de l’indépendance de la Jamaique et de la naissance du Ska - et 1977 - année phare du Punk - en sont des illustrations. Et puis il y a des années qui paraissent plus banales, plus anonymes, plus communes, sans particularisme apparent : 1983 pourrait bien en être. Toutefois, à y regarder de plus près, 1983 n’est pas, en affaire musicale, une année si banale qu’elle pourrait en avoir l’air. Tandis que certains comme Bowie vous proposent de danser, d’autres, plus timorés ou simplement moins enclins à l’amusement, ne font que murmurer leur mélancolie (Japanese Whispers des Cure), vous tendent une main gantée (Hand in Glove des Smiths), se prennent à rêver d’un âge nouveau (New Gold Dream des Simple Minds), refusent de «croire aux infos du jour» (Sunday, bloody Sunday) ou entretiennent notre désillusion du Pouvoir (Power, Corruption and Lies des New Order). Je vais ici m’intéresser au premier album d’un groupe qui peut sembler être simplement dans cette année tourmentée et torturée un «groupe de plus» mais qui en vérité aura marqué la discographie de cette période et celle de groupes qui, parfois à voix basse, s’en réclament aujourd’hui encore. Il s’agit du premier album «Script of the Bridge» du groupe The Chameleons qui en aura fait trois au total avant que chacun des membres du groupe se consacre à leurs activités respectives à compter de 1987.

Il est à regretter que le succès commercial de ces quatre anglais n’ait pas été à la mesure de leur talent. Une fâcheuse coïncidence a fait que WAR sortait la même année et que Jim Kerr donnait une sacrée accélération à l’ascension de ses esprits simples. Il eût alors peut-être fallu que nos caméléons se parent d’autres couleurs mais cela aurait peut-être précipité leur perte et nous aurait privés de trois albums prometteurs. Mais revenons au premier d’entre eux.

L’album s’ouvre avec « Don’t Fall » et le chanteur bassiste Mark Burgess, après avoir laissé une somptueuse guitare et une rythmique efficace s’installer, plante le décor: “Alone in a room I've been in once before, Shapes in the hall, I'm running for the door, I'm out on the edge, But I'm not defeated yet”.
Le titre est sombre et scintillant à la fois, l’énergie est retenue pour se développer tout au long de l’album. La voix de Burgess, techniquement parfois dénuée d’intérêt, est poignante, on sent déjà un «vécu» et une irritation. Parfois intimiste, Burgess n’hésite toutefois pas, sur un accord emprunt de nostalgie à nous chanter avec générosité «I dedicate this melody to you». Si tous les titres sont marqués de nostalgie (« Thursday’s Child »), de réalisme (« A person isn’t safe anywhere these days ») ou de mélancolie (le superbe « View from a hill » qui clôture l’album), certains parviennent à nous conférer tous ces sentiments et constituent des morceaux d’anthologie : «Monkey Land», un des titres phares du groupe, tout album confondu ou encore «Pleasure and Pain».

Contrairement à l’album Strange Times qui sortira trois ou quatre ans plus tard, «Script of the Bridge» frappe par le parfait équilibre entre une basse omniprésente et des guitares tantôt saturées tantôt plus lissées qui servent des mélodies efficaces qui vous trottent dans la tête par la suite et dont les titres pourraient être des singles. Sur cet album, ceci n’est jamais symptôme d’insipidité. «Script of the Bridge» n’est jamais pompeux, il transpire la sincérité tout en relevant de l’exercice – excusez ce mot mal choisi - de style.

Car oui il y a ici du style, une élégance simple sur cet album qui vous fait frissonner, différemment d’un Closer de Joy Division ou d’un Pronography de Cure mais qui trouve tout à fait sa place, dans une discothèque respectable, entre ces deux belles galettes.

Ce message a été modifié par Claude-Louis - Friday 30 December 2005 à 11:13.
Claude-Louis
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(H)
Suisse
Friday 30 December 2005 à 12:59
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A présent un monument qu'on ne présente pas: Bob Dylan .

Beurk, Claude-Louis nous ramène le fond de sa discothèque, il va nous ressortir que Knocking on Heaven's Door n'est pas une chanson des Guns and Roses, comme si on ne le savait pas, il va nous bassiner avec les reprises que U2 a faites de Dylan, on va se prendre du "père spirituel" et du "vous savez que Dylan reste une grande référence?" plein la tête...

Ah je vous entends déjà mes gaillardes et gaillards... mais je vais m'efforcer tout de même de ne pas vous bassiner avec les classiques de Dylan. Non, je vais simplement vous parler du meilleur album que Dylan a sorti après des années de platitude de la part de l'ancien jeune rebelle. Il s'agit de l'album Time out of Mind , paru en 1997.

Tout d'abord un nom: Daniel Lanois. Vous l'aurez pour la plupart découvert à la fin des années 80 avec son tube "Jolie Louise"... mais le Monsieur est non seulement musicien mais également producteur émérite. Parmi ses cartons, on comptera notamment The Joshua Tree, petit album qui s'est gentiment vendu et ce superbe album de Dylan qui s'est d'ailleurs fait conseiller par un certain Paul Hewson quant au choix de Lanois. Ah ce Paul Hewson, toujours sur la bonne voie...

Lanois se sent comme un poisson dans l'eau pour créer le climat de cet album obscure voire parfois franchement sombre. Si Dylan se refait une santé, il se refait du même coup une identité: ce n'est plus le révolutionnaire qui veut changer le monde mais c'est davantage celui qui s'épanche sur son malaise ("Standing in the doorway"), son mal-être et ses soucis de coeur ("Love sick" et le superbe "Make you feel my love"). L'écorchure est vive et Dylan nous surprend alors que nous pensions qu'il nous avait déjà tout dit. L'espoir ne résiste pas longtemps au fil des plages de ce disque qui se contente de nous montrer l'inéluctable fin, la petite mort qui ronge son auteur. Quelques blues lumineux jalonnent intelligemment ce pélerinage désabusé et renouvellent tout le plaisir de l'auditeur. Le disque se termine interminablement avec Highlands, plus de 15 minutes d'abandon, de simplicité, de renoncement et de beauté.

L'auteur de grands tubes à l'hamonica chantant livre ici une oeuvre qui domine de par son intensité et la force de persuasion de chaque titre. J'utilise, vous le savez, rarement ce terme: Chef d'oeuvre.

Ce message a été modifié par Claude-Louis - Friday 30 December 2005 à 13:02.
Express
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Friday 30 December 2005 à 23:38
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Hé bien ca valait la peine d'attendre... un angle inattendu dans l'oeuvre de Dylan pour notre ami Claude-Louis... il est vrai que ca change de l'éternelle critique de "Blonde on Blonde" mais le but du topic est de donner sa version des faits, quel que soit le disque, chef d'oeuvre reconnu ou oeuvre plus obscure! j'aime ton choix de nous faire partager une oeuvre rarement évoquée d'un artiste pourtant célébrissime et particulièrement célébré en ce moment!

Sinon le premier choix m'a surpris car je connaissais pas! je chercherai... merci à toi Claude-Louis et tu es tjs le bienvenu pour de nouvelles et fructueuses participations!
Sappy*
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(F)
Quebec
Saturday 31 December 2005 à 00:45
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QUOTE (Claude-Louis @ 30 Dec 2005 à 11:59)
A présent un monument qu'on ne présente pas: Bob Dylan .

Beurk, Claude-Louis nous ramène le fond de sa discothèque, il va nous ressortir que Knocking on Heaven's Door n'est pas une chanson des Guns and Roses, comme si on ne le savait pas, il va nous bassiner avec les reprises que U2 a faites de Dylan, on va se prendre du "père spirituel" et du "vous savez que Dylan reste une grande référence?" plein la tête...

Pourquoi Beurk?

Franchement Dylan est une légende et tout le monde sait ça mellow.gif

...menfin j'espère
Le maitre
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France (4)
Saturday 31 December 2005 à 01:46
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Ouais bonne chronique, excellente même.J'ai une ou deux précisions à ajouter.
Time out of mind est un disque dont la thématique principale est la mort.La nostalgie qu'il recèle fait le contrepoint à hantise radicale de l'annéantissement mais aussi à une lassitude généralisé devant cette angoisse.L'évocation est du sentiment amoureux est d'une grande diversité, blessé, humilié, béat, mais se heurte toujouts à la limite de la disparition de l'interprète.La production de Lanois, climat impressioniste allié à une grande variété d'instruments et de musiciens plutot "roots", accentue ce sentiment(à noter son travail sur le stupéfiant-et confidentiel-Wrecking ball d'Emmylou Harris quelques temps auparavant).Pour finir le vieux Dylan s'interroge sur sa propre légende tout en se moquant d'elle ( donc de lui même, les choses ne sont pas aussi simples qu'on pourrait le croire).C'est le trés long Highlands, dans lequel Neil Young est cité ""I'm listening to Neil Young, I gotta turn up the sound
Someone's always yellin', 'Turn him down'
Feel like I'm driftin', driftin' from scene to scene
I'm wondering what in the devil could it all possibly mean.")
Autre précision, et de taille celle là!Au début des années 90 Dylan a sorti deux albums, wolrd gone wrong et good as I been to you, constitués uniquement de reprises de vieux blues et de morceaux du folklore américain.Ces disques sont des chef d'oeuvres dont on ne parle pas assez.De plus il me faut encore dire que même le pire album de Dylan (Empire Burlesque) comporte une chanson décisive(dark eyes).
Sinon du bon boulot claude louis, c'etait courageux de choisir cet album.Mais ça m'étonnerait qu'il casse la baraque sur ce forum.
Sappy*
comrank
(F)
Quebec
Saturday 31 December 2005 à 02:01
Citer +Citer
Si:

Le maitre
comrank
France (4)
Saturday 31 December 2005 à 02:08
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Wouaw j'aime bien ta maison.Une telle admiratrice de Cobain ne pouvait que habiter un endroit aussi loufoque!

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