mercredi 11 juin 2008 à 14:00
En bref, les nouvelles du monde :
Jean Ziegler est l'ancien rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation. Il est aujourd'hui membre du comité consultatif du conseil des droits de l'homme des Nations unies et auteur du livre L'Empire de la honte (édition Le Livre de poche).-
Le sommet de la FAO, à Rome, sur la crise alimentaire mondiale s'est clôturé, jeudi 5 juin. Que faut-il retenir de ce congrès ?Jean Ziegler : C'est un échec total, c'est extraordinairement décevant, et très inquiétant pour l'avenir des Nations unies. Le sommet est assez unique dans l'histoire de cette organisation : plus de 50 chefs d'Etat et de gouvernement se sont réunis pour discuter de solutions concrètes à apporter à l'effroyable massacre quotidien de la faim, qui s'aggrave encore avec l'explosion des prix mondiaux des matières premières agricoles depuis cinq ou six mois. Mais le résultat de cette conférence est totalement scandaleux : l'intérêt privé s'est imposé, au lieu de l'intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d'aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre.
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Quels engagements des membres de la FAO auriez-vous souhaité ?Je souhaitais trois décisions. Tout d'abord, l'interdiction totale de brûler de la nourriture pour en faire des biocarburants. Ensuite, retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur pour exclure le gain spéculatif. Troisièmement, que les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international, donnent la priorité absolue dans les pays les plus pauvres aux investissements dans l'agriculture vivrière, familiale et de subsistance.
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La déclaration finale du sommet, difficilement adoptée jeudi soir, engage les pays membres de la FAO à réduire de moitié le nombre de personnes qui ont faim d'ici à 2015. Est-ce un objectif crédible ?Non, c'est de l'hypocrisie la plus totale. D'ailleurs, ce but est celui du millénaire. C'est en septembre 2000, au seuil du nouveau millénaire, que Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies à l'époque, avait réuni les pays membres des Nations unies à New York et avait fixé neufs buts du millénaire pour éradiquer la misère, la faim, etc. Le premier, qui a été adopté, était déjà de réduire de moitié les affamés d'ici à 2015. Mais entre 2000 et 2008, la faim n'a pas reculé, elle a massivement augmenté.
Selon la FAO, il y avait l'année dernière 854 millions de personnes gravement et en permanence sous-alimentées. Sans compter les 6 millions d'enfants morts de faim. Et il pourrait y avoir 100 millions de personnes de plus à tomber dans la sous-alimentation grave et permanente à partir de maintenant à cause de l'explosion des prix.
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Qui sont, selon vous, les responsables de cet "échec" du sommet de Rome ?Il y en a trois principaux. D'une part, les Etats-Unis et leurs alliés canadiens et australiens qui ont saboté le sommet en faisant pratiquement la politique de la chaise vide. D'autre part, les grandes sociétés multinationales. Dix sociétes multinationales contrôlent actuellement 80 % du commerce mondial des aliments de base mais elles ne sont pas la Croix-Rouge et ne sont pas en charge de l'intérêt collectif. Troisième responsable, et je le dis avec beaucoup d'inquiétude, c'est le secrétaire général des Nations unies, qui est chargé de faire des propositions. Or, il ne le fait que d'une façon très insuffisante.
Source :
http://www.lemonde.fr/organisations-intern...54589_3220.htmlTout cela est grave. La moitié de l'humanité crève la fin, pendant que l'autre gache massivement les ressources d'une planète bien malmenée. Il est clair que les futurs conflits mondiaux vont trouver dans cette situation inacceptable, les justification à leur déclenchement. Et que leur dira t'on alors, a ces armés de crève la faim ?
C'est une fatalité : les prochains affrontements, les prochaines guerres seront celles de la faim et de la soif. Mais on continu, non sans une arrogance certaine, a aggraver la situation pour d'obscures raison d'économie de marché, et d'obsènes profits privés. Ce drame en deviendrait presque comique tant on scie avec application la branche sur laquelle on est assis.
Comment notre société a t'elle pu dévier jusqu'à un tel point ?
Comme le disait un glaciologue sur un tout autre sujet
"Nous arrivons trop vite dans le virage. Le seul choix qui nous reste, c'est d'aller dans le fossé les yeux ouverts ou fermés" L'ONU est exsangue, son secrétaire général est un pitre : on continu à sacrifier le droit international et la volonté normative des peuples sur l'hotel de l'économie de marché et de l'actionnariat. Jamais civilisation n'aura atteint un tel stade de cynisme et d'incohérence.
Ce sommet de Rome est encore l'illustration tragique du fonctionnement des Nations Unies : le gouvernement de Washington finance près de 30% du budget ordinaire de l'ONU, ainsi que l'essentiel du budget pour les opérations de maintient de la paix. Il finance également une grande partie des 22 organisations spécialisées dépendante de l'ONU. Pour ce qui est du programme alimentaire mondial, Washington y contribue a hauteur de 60% !
Pourtant il ne s'agit pas de générosité. En assurant le fonctionnement de l'ONU par le financement de son budget, les USA en controle les moindres gestes. L'ONU ne peut agir si cela va à l'encontre des intérets américains, privés ou publiques. Aucun fonctionnaire au dessus du grade P-5 ne bénéficie de la moindre promotion sans l'aval express de la Maison Blanche. Qui se rappelle des raisons qui ont empeché la nomination de Pierre Schori au poste de Haut Représentant de l'ONU au Kosovo ?
"We the people of the United Nations" ... tels sont les mots sur lesquels s'ouvre la Charte des Nations Unis. Mais il eut été beaucoup plus honnète finalement de commencer ainsi
"Nous, cosmocrates des grandes compagnies privés, avons décidé que pour continuer d'enrichir une poignée de milliardaires, la moitié du monde devait mourir de faim. Nous y veillerons. " Voila qui retranscrit bien mieux cette nouvelle féodalité qui s'est mis en place dans notre dos, et dont on commence aujourd'hui à peine à mesurer la profonde absurdité. Elle est a l'agonie, elle le sait. Sa non-viabilité à moyen terme est aujourd'hui établie. Pourtant elle tient quand meme a nous entrainer dans sa lutte inepte qui ne fait qu'accélérer sa chute.
Funeste spectacle.
Et vous : vous préférez avoir les yeux ouverts ou fermés ?