Tuesday 01 February 2005 à 16:50
Au sujet de la ponctuation, je vous mets ce texte de M. Winckler (de « La maladie de Saxe »), de sa chronique « Odyssée » sur France Inter, qui malheureusement a disparu après une critique trop vive semble-t-il de l’industrie pharmaceutique !
J’ai noté qu’il y a un seul malheureux point-virgule dans son texte.
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Que savez-vous de la ponctuation ?
Chronique du 2 Janvier 2003 de Martin Winckler.
On se focalise beaucoup sur l’orthographe mais beaucoup moins sur la ponctuation. Or, la ponctuation est au moins aussi importante pour la compréhension d’un texte que l’ordre des lettres ou des mots. Et ce n’est pas moi qui le dis.
Pour Littré la ponctuation est « l’Art de distinguer par des signes reçus les phrases entre elles, les sens partiels qui constituent ces phrases et les différents degrés de subordination qui conviennent à chacun de ses sens » ;
pour Pierre Larousse : « [elle] est souvent considérée comme ayant simplement pour but de marquer les pauses qu’on doit ou qu’on peut faire en lisant : mais à un point de vue plus élevé, elle est destinée à porter la clarté dans le discours écrit, en montrant par ces signes convenus les rapports qui existent entre les parties constitutives du discours en général et de chaque phrase en particulier. »
Pour le code typographique : « Ponctuer, c’est diviser les diverses parties d’un texte à l’aide de signes conventionnels destinés à donner un sens à un ensemble de mots, ou même à un seul mot. [...] La ponctuation sert avant tout à faire saisir toutes les nuances de la pensée d’un auteur et éviter ainsi de fâcheuses équivoques. »
Bref, comme vous le voyez, la ponctuation n’est pas un point de détail mais un sujet sérieux. On écrit depuis environ six mille ans, mais c’est à deux Grecs qui dirigeaient la bibliothèque d’Alexandrie, Aristophane de Byzance et Aristarque de Samothrace, que l’on doit d’avoir introduit les premiers codes annonçant notre ponctuation au troisième siècle avant J. C. Pendant les premiers siècles de notre ère, dans les manuscrits occidentaux, on écrit les mots à la queue-leu-leu sans les séparer. Le blanc entre les mots apparaît, croyez-le ou non, au VIIe siècle et sa généralisation est une révolution plus importante que le point ou la virgule qui existent alors déjà depuis longtemps mais dont les copistes usent à leur guise. La seconde grande révolution en ce domaine, c’est l’invention de l’imprimerie par Gutemberg à la fin du XVe siècle. Vers 1540, Dolet, un imprimeur lyonnais ami de Clément Marot, dresse un code des signes de ponctuation très complet : virgule, point, parenthèses, point d’exclamation, point d’interrogation, etc. Quand on examine des manuscrits de Jean-Jacques Rousseau, de Diderot ou de Buffon, on voit en effet que les auteurs français classiques n’ont que faire de l’orthographe et encore moins des points et des virgules qu’ils utilisent de manière très indépendante. Mais, peu à peu, les typographes vont dicter leurs lois et, au XIXe siècle, ils ont finalement raison de toute cette fantaisie, en imposant à l’orthographe les règles rigides qui ont cours aujourd’hui et en dressant une liste définitive des signes de ponctuation. Seulement, comme la ponctuation sert et suit le style de l’auteur, chaque écrivain continue et continuera longtemps à en user à sa manière. C’est ainsi que Louis-Ferdinand Céline et Jean-Michel Charlier (oui, le scénariste de Blueberry et de Tanguy et Laverdure) font suivre les points d’exclamation de deux ou trois points de suspension, que Philippe Sollers écrit Paradis sans aucune ponctuation et que d’autres jonglent avec les tirets ou les parenthèses. Tout ce que je sais de la ponctuation, sujet plus visuel et littéraire que radiophonique, je vous le concède, je le dois à Jacques Drillon et à son épatant « Traité de la ponctuation française », publié il y a une dizaine d’années dans la petite collection « Tel ». Offrez-vous ce livre drôle et passionnant. Vous y apprendrez, entre autres, qu’il existe cent quarante cas d’emploi de la virgule. Sans blague ? Sans blague !
« Traité de la ponctuation française » par Jacques Drillon, Gallimard, « Tel »
Un peu long?