Tuesday 08 April 2008 à 11:17
LE CHRIST DE CLAUS SLUTER
Ce buste est un fragment mis en place en 1399 sur le soubassement du Puits de Moïse. La croix fut séparée du monument au XVIIIe siècle.
Le fragment comprend la tête et la partie supérieure du torse qui a été sciée juste au-dessus de la taille. Les bras manquent mais l'angle de leur cassure indique qu'ils étaient fixés au-dessus du niveau de la tête. Le front ceint d'une lourde couronne d'épines, le Christ penche la tête en avant, du côté de l'épaule droite ; il expire sur la croix, les yeux clos et la bouche - aux lèvres singulièrement flasques - entrouverte. Les sourcils douloureusement froncés, le nez pincé, les joues creuses et le torse comprimé sont autant de signes de douleur ou d'extrême épuisement bientôt fixés par la mort. La peau du visage est d'un réalisme saisissant ; elle se devine fine et paraît presque palpable. Les bourrelets qui flanquent les ailes du nez et les cernes qui ombrent les yeux enfoncés de part et d'autre de l'arête nasale fortement découpée, sont encore d'autres détails réalistes. L'apparence dramatique des joues décharnées est amplifiée par une épaisse barbe qui étire le visage vers le bas. Quelques gouttes de sang s'échappent du coup reçu au flanc droit.
Le réalisme des détails physiques ou expressifs n'est pas uniforme mais savamment dosé. Ainsi, bien que les côtes saillent avec beaucoup de vraisemblance sous la peau diaphane, le modèle du torse est discrètement traité. De la même façon, la barbe est soigneusement peignée et la belle ordonnance des cheveux aux torsades régulières confère au Christ une noblesse qui - par contraste - accentue le pathétisme du visage raviné. Sluter figure le Christ au moment où il rend son dernier soupir, en lui donnant une apparence nettement individualisée. Le visage un peu long est ainsi doté de grands yeux ombrés par des arcades sourcilières saillantes, d'un nez pointu et d'une bouche mince encore réduite par l'épaisseur de la barbe.
MUSEE ARCHEOLOGIQUE de DIJON