mardi 20 mai 2008 à 16:43
A Bagdad, l'armée irakienne contrôle l'intégralité de Sadr City
BAGDAD (Reuters) - L'armée irakienne a lancé une vaste opération "Paix" à Sadr City et pris le contrôle, sans rencontrer de résistance, de ce bastion des partisans de l'imam radical chiite Moktada Sadr, situé dans l'est de Bagdad.
"Les forces de sécurité ont complètement pris le contrôle de la ville", a déclaré un porte-parole de l'armée, le général Kassim Moussaoui, précisant que l'opération avait été préparée en "coordination avec les frères du mouvement sadriste pour éviter tout bain de sang".
Le général Moussaoui a précisé que l'armée s'efforçait d'arrêter les hommes recherchés, de désarmer les insurgés et de fournir des services de base aux habitants. Elle entend aussi établir des points de contrôle permanents pour garantir la sécurité de la population.
Si l'armée n'a rencontré aucune résistance à Sadr City, elle a dû dégager la route menant à cet immense bidonville de la centaine de bombes artisanales qui y avaient été déposées.
D'après des habitants, l'armée irakienne a pénétré dans Sadr City aux premières heures du jour. "J'ai vu plus de 40 véhicules blindés irakiens dans la rue principale de mon quartier", témoigne Hamza Hachim, 53 ans.
Les soldats irakiens ont pris le contrôle d'un commissariat de police à l'abandon et ont déployé des snipers dans des bâtiments de grande taille, précise-t-il.
Un responsable des services de santé habitant à Sadr City a déclaré qu'aucun coup de feu n'avait été tiré et que le calme régnait dans la ville, où les magasins et les écoles sont restés fermés.
AUCUN SOLDAT AMÉRICAIN IMPLIQUÉ
Sadr City, gigantesque bidonville peuplé de deux millions d'habitants, est le principal bastion de l'Armée du Mahdi de Sadr, une milice de plusieurs dizaines de milliers de combattants autrefois considérée par les Etats-Unis comme la principale source d'insécurité en Irak.
L'Armée du Mahdi s'est soulevée à deux reprises contre les forces américaines en 2004.
Au début du mois, l'alliance chiite au pouvoir et le mouvement sadriste ont conclu un accord pour mettre un terme à sept semaines d'affrontements à Sadr City qui ont fait plusieurs centaines de morts. Quelques accrochages sporadiques se sont produits après la trêve.
En vertu de cet accord, les combattants de Sadr doivent déposer leurs armes et le gouvernement est censé rétablir l'ordre dans le bidonville.
Zaïneb Karim, députée du mouvement sadriste, a salué l'opération menée par l'armée. "Nous soutenons l'accord depuis le début. Tous les citoyens et les sadristes sont prêts à accueillir les forces irakiennes, à condition qu'il n'y ait pas d'agression contre les gens et d'atteinte à leur honneur."
D'après elle, les habitants qui redoutaient les forces de sécurité irakiennes sont désormais prêts à leur faire confiance. "Aujourd'hui, elles sont entrées dans la ville. Laissez-nous du temps pour voir ce qui va passer mais, si Dieu le veut, les choses se dérouleront comme les deux parties le désirent."
Abou Ammar, un leader de l'armée du Mahdi, a regretté certains comportements des militaires. "Ils sont entrés dans une mosquée sans enlever leurs chaussures. C'est un acte de provocation. Ils ont cassé la porte et sont entrés. On leur a dit que nous pouvions leur ouvrir la porte mais ils l'ont cassée", a-t-il déclaré.
Peter Harling, un analyste du Groupe de crise internationale basé à Damas, doute du succès de l'"Opération Paix". "(Les combattants de l'armée du Mahdi) font profil bas mais ils peuvent reprendre le contrôle de la ville à tout moment. Ils se sentent affaiblis, menacés et cela accroît le potentiel de violence", prévient-il.
Le lieutenant-colonel Steven Stover, porte-parole de l'armée américaine, a déclaré qu'aucun soldat américain n'était impliqué dans cette opération, dernière initiative du gouvernement irakien visant à reprendre le contrôle de régions aux mains d'insurgés sunnites ou de miliciens chiites.
L'opération intervient deux ans jour pour jour après l'arrivée au pouvoir du Premier ministre Nouri al Maliki.
Ce dernier a personnellement supervisé en mars l'offensive contre des miliciens chiites à Bassorah, dans le Sud, avant de se rendre la semaine dernière à Mossoul, dans le Nord, où les forces de l'ordre ont mené une opération contre Al Qaïda.