Propellerheads :Comment a fait un duo électronique de Bath, en Angleterre, pour finir avec un nom pareil ? Explication de Alex Gifford, qui avec Will White a imaginé les Propellerheads : "Un de nos potes, un Canadien, a utilisé ce nom dans la conversation une fois et ça nous a juste frappé! Il nous a dit ce que ça voulait dire, mais ça n'avait pas d'importance. Le sens aurait pût s'appliquer à nous, mais c'était sa sonorité qui nous plaisait."Maintenant, en dépit de leur connaissance parfaite de la musique électronique conçue avec des machines, les Propellerheads ne sont pas du tout des technomen stupides. Les médias du Royaume-Uni et des Etats-Unis s'en sont vite aperçu, lorsque avec modestie, les Props le leur ont prouvé avec "History Repeating", le premier extrait U.S. rusé de leur premier album "Deckanddrumsandrockandroll" (DreamWorks Records). Ce morceau, avec la voix inimitable de Shirley Bassey, ridiculise l'ascension de l'idée que la dance serait le futur son de la musique électronique. Comme Miss Bassey le chante parfaitement, "Je l'avais vu avant... et je le reverrais à nouveau".Pour Alex et Will, le processus musical du hip-hop est beaucoup plus intéréssant que celui de la dance. Les beats old-school et les grooves funky ont longtemps été à la base de leur son, mais avec Deckanddrumsandrockandroll (sortie U.S. le 24 Mars 1998), ils sont allés directement à la source : Le disque comprend des collaborations flambant neuves avec les Jungle Brothers et De La Soul."Des groupes comme De La Soul ou les Jungle Brothers, qui étaient là pratiquemment depuis le début, ont toujours eu cette attitude extérieure particulière," dit Alex. "Ce qu'ils font n'est pas une histoire de confrontations. C'est une expression beaucoup plus large, plus lyrique, plus humaine, et plus humouristique." Will ajoute : "Leur attitude a toujours été d'experimenter, de ne pas se renfermer sur soi-même et d'essayer des nouveaux styles. Je pense que c'est pour cela qu'ils ont voulu travailler avec nous. Même si ce que l'on fait n'est pas du hip-hop, ils ont put entendre qu'on avait du funk et ils savaient qu'ils pouvaient rimer avec."Enregistrer avec ces rappeurs pionniers étaient un rêve devenu réalité pour Alex et Will. "Là-bas, nous étions au centre même du hip-hop, les Greene Street Studios à New York, c'est où de nombreux albums qui sont dans notre collection de disques ont été enregistrés [Kurtis Blow, Run DMC, Public Enemy et A Tribe Called Quest]. C'était assez phénoménal," se rappelle Alex. "On a fait 'You Want It Back', la chanson avec les Jungle Brothers, en une journée. Et lorsque De La Soul est venu dans le studio et a entendu ça, Pos a téléphoné à Afrika [des Jungle Brothers] et a dit, "Je viens juste d'écouter ce que vous avez fait avec les Propellerheads - c'est putain de puissant mon gars !""Travailler avec eux nous a fait décoller - ils étaient si vifs, enthousiastes et ouverts. On espèrait que les Jungle Brothers se marieraient bien avec ce morceau rapide parce qu'ils avaient fait des trucs up-tempo avant. Quand je l'ai joué pour Afrika, ses yeux se sont vraiment illuminés. Puis on a eu l'idée d'ajouter ces choeurs : "When you had it, you didn't want it. Now ya ain't got it, so you want it back.' Et il est arrivé avec des rimes à propos d'un gars qui essaie de faire croire à ses potes qu'il a envoyé ballader cette fille, mais c'est vraiment évident que c'est elle qui l'a envoyé chier. C'est un peu fou, je sais ! Mais c'était bien de le faire.""Les morceaux sont grands," dit Will à propos du résultat. "L'experience toute entière était déchainée. En repensant au passé, au moment où j'avais acheté "Straight Out The Juncile" [Album des Jungle Brothers de 1988] et puis d'avoir ces gars dans notre propre disque. Ils ont façonné mon enfance musical !"En entrant dans les détails ces derniers jours, il se souvient : "J'écoutais beaucoup de jazz et de funk parce que c'est ce que ma mère et mon père écoutaient. Mais ensuite, j'ai découvert les premières compilations de musique électronique, les trucs de Street Sound - Captain Rock, UTFO, Roxanne. Au même moment, j'ai aussi commencé à écouter les Jungle Brothers, KRS-One, Tuff Crew. C'était un peu fou, parce que quand j'ai commencé à acheter du hip-hop, c'était du genre, "Je connais ces breaks, j'ai déjà entendu ça avant." Quand j'ai commencé à chercher la provenance des choses qui remuaient, j'ai trouvé que c'était Herbie Hancock et pleins d'autres choses que j'écoutais quand j'étais ado." Just a little bit of history repeating !!L'histoire musicale d'Alex a trempé dans les trucs soul de The Atlantic, des disques Stax, Booker T. And The MGs, les Meters, James Brown, Parliament. Son immersion dans le rap est souligné par "Midnight Marauders" des A Tribe Called Quest et les vibrations bizzarres et enjouées de groupes comme Digital Underground.Will et Alex, tous deux musiciens vétérans, se sont rencontrés à Bath, où ils étaient DJ dans des boites locales. Will dit :"La scène musicale à Bath est assez petite; les gens ont juste tendance à se connaitre les uns des autres. Quand j'ai rencontré Alex, il m'a donné une cassette des trucs sur lesquels il avait travaillé. Je l'ai mise dans ma voiture, et dès que je l'ai entendu, c'était du genre "Putain - c'est puissant !" Ca sonnait juste vraiment frais."Alex remarque à propos de son désir de travailler avec Will : "C'est dur de trouver un batteur qui peut jouer le long d'un breakbeat et faire que le son soit plus funky. Normallement, un batteur live fait traîner tout l'ensemble. Les percus de Will sont pleines de groove parce que les percus qu'il écoutait durant son apprentissage c'était des boucles - ce qu'il joue sonne comme des boucles. Il se colle juste sur le groove, et puis il joue le beat en arrière. C'est comme si vous avez deux copies du groove, il y collera un beat juste sur la moitié, comme si tu étais un DJ hip-hop. C'est très malicieux."Les deux ont commencé dans le sous-sol de Will avec son kit, un P.A. et quelques platines. Accompagné d'un orgue Hammond d'Alex et d'une armoire de haut-parleurs Leslie. Leur collaboration avançait régulièrement depuis le début. Will s'en rappelle: "On a eu de la chance de tomber sur ce que l'on a fait. C'était en quelques sortes naturel. On travaillait ensemble sur cette musique sous différents angles. Avant de se rencontrer, on était DJ et on jouait des trucs dans lesquels aucun de nous deux trouvaient satisfaction - on voulait changer ensemble et au même moment. Quand on était ensemble et qu'on a commencé, on s'est tout de suite senti plus confortable. "Ce ne fut pas long avant que les patrons des scènes locales ont commencé à les réclamer pour jouer. Will se souvient comment les projecteurs se sont tournés sur eux: "Un ami qui tenait une boîte nous prennait la tête pour faire un show live ensemble. On continuait à lui dire: "Ouais, t'inquiète, on le fera un de ces jours." Et puis il a organisé un show et il a mis nos noms sur le flyer. Donc on n'avait vraiment plus le choix et on a joué.""Le live, c'est juste nous deux," rajoute Alex, "avec quatre platines, une batterie, un Hammond et une basse - et on court beaucoup de l'un à l'autre en essayant désespèrement de les jouer ensemble. Will fait un peu de boite à rythmes, et ce que l'on joue varie d'un show à l'autre. C'est vraiment fou, parce qu'on ne sais jamais ce qui ne va pas marcher."On a développé cette façon de faire parce qu'on sentait qu'il n'y avait pas moyen d'emmener pleins d'équipements des studios sur la route. C'est chiant et ce n'est pas particulièrement visuel. On s'est rendu compte que si on emmène tous les sons de studio et qu'on les joue chaque fois qu'on en a besoin, on peut traiter le show comme un set de DJ et faire qu'il soit plus interactif. On regroupe des parties et des sons de nos morceaux que l'on veut jouer live - quelques percus, le Hammond, la basse - et puis on bouche les trous sur scène. De cette façon, on peut remixer nos trucs en jouant par dessus les morceaux de fonds. Il y a beaucoup de place à l'improvisation. Pour nous, la distinction entre faire DJ et jouer live est complètement rendue floue."Cette performance esthétique a été au service du groupe durant deux tournées au Royaume-Uni et des sorties dans toute l'Europe et en Australie. Leur débuts aux Etats-Unis se sont faits à Miami en 1998 lors de la Winter Music Conference, sans doute le premier showcase de dance en Amérique. Will nous en dit :"On l'appréhendait un peu au début parce que ce concert devait nous permettre de briser la glace. Mais une fois qu'on a commencé à jouer, tout le monde s'est entassé devant la scène et a commencé à se lâcher, à bouger et à crier. Juste comme on l'aime."En 1996, les Propellerheads ont sorti leur premier single, "Dive", une partie du morceau a d'ailleurs été utilisé pour une campagne de pub d'Adidas. Pour celle d'avant, c'était une des chansons de Run-DMC qui avait été honoré de la sorte. "On était assez content de poursuivre dans cette tradition particulière", précise Alex.1996 voit aussi la sortie de "Take California" (nommé "Single De La Semaine" par le New Musical Express et le journal dance anglais Mixmag). Tout ceci suivi en 1997 par un autre single "Spybreak" (entré dans le Top 40 anglais), et des remixes pour Luscious Jackson, Soul Coughing et 808 State.Mais c'était "On Her Majesty's Secret Service", de la compilation "Shaken And Stirred : The David Arnold 007 Project", qui a permis aux Propellerheads d'attirer l'attention. Le morceau, une collaboration avec le compositeur Arnold (qui a fait la B.O. de "Demain Ne Meurt Jamais"), revisite le thème des films de James Bond. Ce cocktail de breakbeats élégants et fouettés et de fanfares orchestrales - une chanson qui a été dans le Top 5 de Radio One et qui s'est énomément vendue - aparait dans DECKSANDDRUMSANDROCKANDROLL dans toute son epicité, de l'action concentrée en 9 minutes. Les Propellerheads ont également contribué à la B.O. de "Demain Ne Meurt Jamais" : Une des compositions du groupe est jouée pendant une séquence de poursuite dans le film. Autre apparition cinématographique avec la présence de "Spybreak" sur la B.O. de "Matrix".Toute cette activité pour 007 arrive sans surprise depuis que les Props ont révélés leurs influences ésotériques. Alex a confirmé qu'il a été influencé par le travail des compositeurs de film tel que Lalo Shifrin, Bernard Hermann, John Barry, Henry Mancini et Michel Legrand. "Certaines séquences, en particulier, de certains de leurs films m'ont vraiment marqués," confie-t-il. "Comme dans un film français des années 60 qui commence sur une vue d'hélicoptère d'un couple qui marche sur la plage. J'adore le style de musique qui accompagne cette scène."Ce qu'Alex trouve de plus distinct dans cette musique est sa tendance à brouiller les influences. "Ces morceaux ont été écrits durant une période où il y avait pleins de nouveaux genres musicaux," affirme-t-il. "Il y avait des gens qui écrivaient des musiques de films d'une façon traditionnelle avec un orchestre; ils ont écrit des grands thèmes et les ont dévelloppé pour le film. Mais il y avait aussi ces portions de rythmes funky qui surgissaient, et certains compositeurs incorporaient ce son dans leurs morceaux. C'était des synthés incroyables, quelque chose d'irrévérencieux mais en même temps de vraiment habile. Les compositeurs savaient exactement ce qu'ils faisaient en combinant ces éléments. C'était à l'époque assez similaire à ce qui se passe maintenant avec le sampling."Il dit à propos du processus de création des Props :"On a toujours commencé avec une image visuelle. parce que c'est principalement de la musique instrumentale, ça peut être facile de perdre le fil. Tu peux finir en faisant un truc supersonique et intéréssant, mais qui n'a aucune direction. D'habitude, on a un film imaginaire dans nos têtes, et on se réfèrera constamment à lui tandis qu'on construit le morceau. On essaie essentiellement de faire des B.O. de films sans les films."En 1997, les Propellerheads ont signé avec DreamWorks Records (ils ont été recrutés par Chris Douridas, le patron de A&R) pour la dissémination de leur musique en Amérique du Nord et du Sud (le label Anglais Wall Of Sound continue à s'occuper de tout le reste du monde). Ils ont commencé aux Etats-unis en Décembre avec un CD 5 titres. Le disque, qui comprend deux morceaux enregistrés live à Reykjavik en Islande, a fait immédiatement sensation sur les dance floors et dans les mix des radios.Ce bourdonnement s'est intensifié en 1998 avec la sortie de "History Repeating", un shaker entraînant qui rappelle les génériques de la télé américaine des années 60 (une autre influence d'Alex) et comprend un sample de cor d'un film de Russ Meyer. Un clip doué en noir et blanc pour la chanson avec Miss Shirley Bassey a également propagé l'évangile des Propellerheads. Bassey est sans doute plus connue internationalement pour sa performance dans le thème du James Bond, "Goldfinger". En Angleterre, cependant, la chanteuse Galloise a du succès depuis quelques décénnies. Alex atteste: "Elle chante et fait des disques depuis 44 ans. Elle fait des tournées régulièrement et remplit des salles de 15 000 places à chaque passage. Elle est une institution en Grande-Bretagne, la diva originale. On arrive toujours pas à croire qu'elle ait accepté de faire cette chanson."Que cette chanson ait été écrite spécialement pour Bassey a sans doute peser dans la balance pour sa participation. "On a commencé à faire ce truc comme un morceau instrumental, dès qu'on s'y est mis, on a réalisé que ça sonnait comme une chanson de Shirley Bassey," raconte Alex. "J'ai écrit les paroles et on a essayé avec moi aux chants; on a utilisé un harmoniseur pour mettre ma voix dans sa gamme et je l'ai juste envoyé à son manager. Il nous a vraiment surpris quand il a dit qu'elle était intéréssée." C'est une bonne chose, tellement qu'Alex insiste, "C'était presque impossible de la chanter d'une autre façon que le style de Shirley Bassey."
Extraits de leur discographie :-(Take California)(Spybreak)(Clang)