mercredi 26 mars 2008 à 19:25
Science et occultisme : une vieille lune de mielEn 1911 , la revue The New Age ne faisait que rebondir sur le « renouveau occultiste » ayant sévi en Europe à la fin du XIXe siècle en réaction à l’ère industrielle. En France, rappelons-le, l’un des chefs de file dudit renouveau, Alphonse-Louis Constant, dit « Éliphas Lévi », désirait réconcilier les sciences traditionnelles et les sciences occultes. À sa suite, des occultistes comme Gérard Encausse, dit « Papus », considéreront l’occultisme à l’égal de la science. Un occultisme correspondant pourtant bien à la philosophia occulta de la Renaissance, laquelle recouvrait les pratiques magiques antiques : divination, astrologie, etc. Les expressions « Haute-science » ou « science des Esprits » dénotant encore cette symétrie dans laquelle les occultistes voulaient tenir leur doctrine et les pratiques scientifiques.
Quand Alice Bailey récupérera à son profit la notion de New Age, elle se montrera fidèle à ce mélange des genres. Issue de la Société de Théosophie, elle en a fait sécession en 1920. Son but : préparer l’avènement d’un monde nouveau avec l’aide des « Maîtres invisibles » dont elle reçoit les enseignements télépathiques. Et en quels termes ! Les écrits de Bailey regorgent d’une terminologie scientifique employée hors contexte mais visant à conférer au propos une « aura » de scientificité. Ainsi, si le « Dessein divin » et son « foyer central » sur terre (« hamballa ») nous amènent au nouvel âge, c’est grâce à « l’énergie dynamique électrique […] émanant de sources extraplanétaires […] doublée d’une seconde énergie émanant du soleil Sirius, expliquant ainsi le dualisme de la manifestation »…
Ainsi soit l’occulto-scientisme…En germe dans les consciences, le New Age allait pouvoir éclore. Et avec lui cette volonté de récupération de la science au profit de l’occultisme (bientôt rebaptisé « tradition »). En 1961, l’Institut Esalen (Californie) annonçait clairement la couleur : mélanger les « techniques chinoises du Ve siècle aux acquis de la cybernétique ». Et tant pis si l’institut n’était qu’une simple ferme plus peuplée d’adeptes du LSD que de chercheurs universitaires… Esalen marque la naissance du « Mouvement de développement du potentiel humain » que l’on peut considérer comme l’ancêtre du fameux « développement personnel ». Tout est là, déjà, et en particulier l’attrait du nouvel âge pour les « psychotechniques » et le marché financier qui s’y rattache. La psychologie – sans jamais oublier d’être tarifée – s’attachera désormais à la prise en compte de l’humain dans toutes ses dimensions, spiritualité comprise… Au cours d’« expériences paroxystiques », souvent provoquées par le LSD, la psychologie du nouvel âge englobera voyage astral, divination et autres phénomènes « parapsychologiques »…
C’est la journaliste Marilyn Ferguson, auteur de The Aquarian Conspiracy (la Conspiration du Verseau), qui, en 1980, officialise le tour de passepasse. La formule magique tient en trois mots : « changement de paradigme ». Du grec paradeigma (exemple), il s’agit de se débarrasser, entre autres, du « carcan cartésio-newtonien ». Puisque les pratiques occultes ne peuvent prétendre à passer l’épreuve du protocole scientifique, abolissons le protocole ! Le « monde de l’esprit » sera alors pris en compte jusque dans ses phénomènes les plus subjectifs. Et ainsi sera réputée scientifique l’intuition, au même titre que ’expérimentation…
Une science « Canada Dry »Aujourd’hui que le New Age – devenu next age (l’âge prochain) – voudrait tant faire oublier ses origines, force est de constater que son rapport à la science n’a en rien changé. Plus que jamais, il est l’école des doctrines faciles, se nourrit de toutes les intuitions, de toutes les lubies… Pour que naisse une nouvelle « discipline », il suffit, somme toute, d’accoler la terminaison « logie » (étude) ou le terme « thérapie » à tout et n’importe quoi… Partout tiennent boutique de nouveaux Pr. Nimbus, de nouveaux Tournesol… Ripoliné en « tradition », l’occultisme fait loi… L’astrologie est « médicale », le yoga « cellulaire »… Et pour le grand public, l’indiscernabilité est à son comble.
Alors convient-il de le répéter : loin de représenter une quelconque nouveauté, le New Age – comme avant lui le renouveau occultiste –, tente de remettre au goût du jour les grands classiques de la pensée magique. Avec, au bout du « changement de paradigme », la plus formidable des régressions intellectuelles. Au risque, aussi, des dérives dont témoignent désormais en masse ceux ayant cru pouvoir confier leur corps ou leur esprit aux charlatans des temps modernes.
Bibliographie de Renaud Marhic : Le New Age - son histoire... ses pratiques... ses arnaques... Par Renaud Marhic et Emmanuel Besnier. Le Castor Astral, 1999. Le New Age in le Guide critique de l’Extraordinaire Collectif sous la direction de Renaud Marhic. Les Arts Libéraux, 2002.
Source :
http://www.unadfi.com/spip.php?article725