mardi 01 juillet 2008 à 03:23
Le prince Llewelyn avait un lévrier qu'il aimait beaucoup et qui se nommait Gelert. Gelert lui avait été offert par son beau-père, le roi Jean d'Angleterre. Il était doux comme un agneau, mais à la chasse, il se comportait comme un lion, si déterminé et si courageux qu'il n'avait pas son équivalent sur les propriétés de son maître. Il ne mangeait qu'à la table de Llywelyn et veillait sur le sommeil de son maître en couchant à ses pieds. Un beau matin, le prince partit à la chasse. Devant son château, il souffla dans son cor. Tous les chiens se ruèrent à l'appel, mais Gelert n'y répondit pas. Le prince fit sonner son cor beaucoup plus fort et cria : "Viens, Gelert, viens." Il dit à son grand veneur combien il trouvait étrange que Gelert fut le dernier à répondre à l'appel du cor. Le lévrier ne se présentant toujours pas, la chasse débuta sans lui. Llywelyn adorait poursuivre le cerf et le lièvre dans les vallées de Snowdon. Mais ce jour-là, il y prit moins de plaisir. Les prises furent rares et petites car Gelert n'était pas là. Déçu et de mauvaise humeur, il revînt au château. En s'approchant de l'énorme porte, il vit Gelert bondir au-devant de lui pour l'accueillir. Quand il eut son chien près de lui, le prince découvrit avec stupeur sur ses flancs, une longue estafilade sanguinolente. De plus sa gueule et ses crocs dégoulinaient de sangs. Llywelyn le considéra avec étonnement. Le lévrier s'allongea et lui lécha les pieds comme s'il était surpris ou effrayé par la façon dont son maître recevait ses marques d'amour.
Llywelyn avait un jeune fils de deux ans qui souvent jouait avec Gelert. En pensant que le chien avait une attitude bizarre, comme s'il se sentait coupable de quelque chose, il se précipita vers la chambre de l'enfant, Gelert sur ses talons. En y pénétrant, il vit le sol et les murs maculés de sang frais ; pis que cela, il trouva le berceau de l'enfant renversé ; la couverture était en loques et tout était barbouillé de sang. Llywelyn appela son fils, mais personne ne lui répondit ; il le chercha, fou d'angoisse, mais ne le trouva nulle part. Il en déduisit rapidement que Gelert avait tué l'enfant. En hurlant : "Maudit chien, tu as dévoré mon fils," le père fou furieux tira son épée et la plongea jusqu'à la garde dans le flanc du lévrier. Celui-ci s'écroula en grognant pitoyablement et en regardant son maître avec des yeux marquant l'incompréhension. Au râle de Gelert répondit le cri d'un petit enfant provenant de sous le berceau renversé. Là, dissimulé sous un tas de chiffons négligé lors de sa recherche précipitée, Llywelyn découvrit son petit garçon sain et sauf, émergeant à peine de son sommeil enfantin. Juste à côté de lui, gisait le cadavre d'un grand loup décharné, mis en pièces et roide mort. Llywelyn comprit trop tard ce qui s'était passé. Pendant qu'il était à la chasse, Gelert s'était battu et avait tué ce loup venu dévorer son héritier. La douleur de Llywelyn fut aussi profonde que vaine : il ne pouvait pas ramener à la vie son fidèle compagnon. Il l'enterra et éleva au-dessus de sa dépouille un fier monument, regrettant son impulsivité et versant beaucoup de larmes. Il renonça totalement à la chasse après cela. Il accrocha son cor et sa lance à la tombe de Gelert. Cet endroit porte ce nom : Bedd Gelert, la Tombe de Gelert, et si vous vous y rendez, vous verrez l'endroit où sont enfouis les restes de ce chien martyr.