mardi 03 juin 2008 à 19:55
Personnellement, j'ai une position un peu particulière. Je suis à la fois agnostique et plus ou moins chrétien.
Mon éducation spirituelle/religieuse est proche de zéro. Mon père était baptisé, mais n'a jamais mentionné devant moi aucune sorte de foi ou de croyance rapport à ça. Ma mère vient d'une famille tout ce qu'il y a de plus bassement rationaliste, et jusqu'à une époque assez récente n'avait aucune croyance non plus. Ce qui fait que pendant mes années de collège, fort de ce total vide spirituel (enfin, mon père et un ou deux chats sont morts avant que j'en arrive là, certainement ça joue), je me suis posé des questions métaphysiques. J'étais un peu solitaire, et souvent je me suis retrouvé entouré d'autre personnes sans me sentir parmi elles. Ca m'a donné pendant de rares moment l'impression d'être un observateur immatériel. A peu près au moment de la sortie au cinéma de Matrix (mais mes questionnements avaient commencé avant), j'ai sérieusement commencer à penser à la réalité du monde. En effet, tout ce que nous percevons du monde passe par nos sens, sens dont le support est notre corps (enfin, dont les organes chargés de la perception ont pour support le corps), qui fait partie de ce monde que nous percevons. On en conclue très vite que tout cela pourrait n'être qu'une illusion.
Bon, nos sens ne nous servent à rien pour comprendre notre monde, en tout cas pas tant qu'on est en position de légitimement douter de la validité des informations qu'ils nous transmettent. Mais alors, seul nous reste l'esprit, et la mémoire des idées, choses qui peuvent fonctionner sans aucune interaction avec ce monde matériel dont on peut douter. Appliquons nous alors à l'étude de notre esprit, savoir s'il peut nous aider à comprendre le monde (pris dans une acceptation extrêmement large). On constate que "cogito ergo sum". Enfin, l'illustre cité l'expliquera mieux que moi. On se rend aussi compte que nous ne sommes pas maîtres de notre compréhension du monde, notre esprit ne voit qu'obscurité et incertitude partout où il porte son regard. De là, Descartes conclut que je ne suis donc pas le créateur de mon esprit, donc que quelque chose d'autre la créé, il en conclut qu'il y a nécessairement à un moment un effet qui n'a pas de cause, quelque chose qui s'est créé tout seul, et que c'est Dieu cette chose là. Moi j'en déduis la finitude même de mes facultés intellectuelles, et qu'au fond elles ne me permettent pas plus de juger du monde spirituel que mes sens du monde matériel, car elles font partie de ce monde et ne lui sont pas extérieures, elles ne peuvent donc en être l'arbitre.
Bref, on en arrive à dire que pour comprendre le monde nos sens ne nous servent à rien, et notre esprit ne nous sert à rien. En gros, on ne peut pas le comprendre. Mais paradoxalement, n'est-ce pas là déjà une tentative de compréhension du monde, élaborée par l'esprit d'ailleurs, dont on a déterminé la finitude et l'imperfection des facultés. Mais en fait, cette détermination ne vaut elle-même rien du tout, puisqu'elle a été établit par l'esprit, dont précisément on remet en cause la légitimité des perceptions. Bref, on va chercher une corde et on se pend. Alors pour savoir si Dieu existe, on repassera plus tard, hein!
Mais on est toujours là. Alors c'est bien conscient de la piètre qualité de notre nature, de la totale subjectivité de tout ce que nous pouvons concevoir ou ressentir, que l'on va quand même essayer d'avancer sur le chemin de la compréhension du monde. On devient curieux, ni crédule ni sceptique mais intéressé. Finalement, tout humain que nous sommes, notre meilleur repère c'est l'homme. Qu'a pensé l'homme, qu'a vu et entendu l'homme? En quoi a-t-il cru? En quoi croit-il! Et là, force est de constater qu'assez unanimement, l'homme est attiré d'une manière ou d'une autre vers le transcendant, le sacré, le mystique, l'occulte. Il y a de véritables spiritualités, des croyances, des dogmes et des cultes (classé dans l'ordre transcendant->matériel, selon mon opinion) quasiment chez tous les peuples, partout sur la planète, et dans des rapports variables. C'est à cela qu'il faut s'ouvrir, s'intéresser, car le plus haut degré de compréhension que nous pouvons atteindre, c'est celle de la subjectivité de l'homme. Des amis païens et versés plus ou moins dans le chamanisme m'ont fait découvrir (intellectuellement, l'expérience ne me tente pas) ce en quoi ils croyaient plus ou moins. Récemment, j'ai encore brisé mes certitudes rapport au surnaturel au paranormal.
Mais ce n'est pas pour autant que je me détourne de la philosophie pure et dure, au contraire! Ni non plus de la pensée scientifique, qui cherche à comprendre le monde à sa façon. Et à force de me pencher sur ce que je considérait avant comme des foutaises de religieux (pas dans le sens c'est intrinsèquement mauvais, mais c'est arbitraire), et particulièrement le christianisme, je suis "tombé dedans", si on peut dire. Je me suis senti attiré par cela, non pas en tant que vérité objective aidant à comprendre le monde, mais en tant que chose Belle et Vraie moralement (critère culturel indéniable; subjectivité; goûts, idéaux et valeurs personnels). Il n'est pas question de conversion ou de baptême en l'occurence, mais plutôt de croyance, replacée dans le contexte développé au dessus. Cependant, je déteste profondément l'athéisme. D'une par parce qu'il ne reconnait pas l'idée philosophique de base: la fausseté de nos perceptions (intellectuelles et sensuelles), affirmant la non existence de Dieu dans l'absolu, et d'autre part parce qu'il cherche en même temps à donner tord à quasiment toute l'humanité. Soit c'est révolutionnairement génial, soit c'est révolutionnairement à chier, l'humain et l'histoire en seront juges.
Bon, je suis parti un peu loin, au delà du sujet comme d'habitude, mais si c'est ici le topic des agnostiques, que je croit être des gens ouverts et modestes (contrairement aux athées, niark niark niark), il me semble que ça pourrait intéresser du monde. Je tiens à rajouter que je ne fais que présenter ma vision des choses, et que par essence même je sais pertinemment qu'elle pourrait être fausse. Je ne prétends surtout pas avoir raison, et encore moins face à un agnostique stricte (à la fois dans le sens "orthodoxe" et rigoureux dans ses raisonnements). Je ne prétends pas non plus vouloir retirer aux croyants sereins (confiants, calmes, sans violence ni agressivité) leur foi, ni accuser de mentir les personnes ayant eu des expériences "surnaturelles", "paranormales", ou étonnantes et inexplicable de manière plus général. Mais par contre, les athées, je ne garanti rien...
Ce message a été modifié par KillPingouino - mardi 03 juin 2008 à 19:57.