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lundi 22 octobre 2007 à 10:49
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Honoré d Urfé

http://fr.wikipedia.org/wiki/Honor%C3%A9_d'Urf%C3%A9

Au Roy
Sire,

Ces Bergers oyans raconter tant de merveilles de vostre grandeur n’eussent jamais eu la hardiesse de se presenter devant Vostre Majesté, si je ne les eusse asseurez que ces grands Roys, dont l’antiquité se vante le plus, ont esté Pasteurs, qui ont porté la houlette et le Sceptre d'une mesme main. Ceste consideration, et la connoissance que depuis ils ont euë, que les plus grandes gloires de ces bons Roys ont esté celles de la paix et de la justice, avec lesquelles ils ont heureusement conservé leurs peuples, leur a fait esperer que comme vous les imitiez et les surpassiez en ce soing paternel, vous ne mespriseriez non plus ces houlettes, et ces troupeaux qu'ils vous viennent presenter comme à leur Roy, et Pasteur souverain.

Astrée



Ce message a été modifié par sandie72 - lundi 22 octobre 2007 à 10:49.
lundi 22 octobre 2007 à 20:11
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VOLTAIRE




Extrait de la pièce Les Fréron :


(…) L'autre jour un gros ex-jésuite,

Dans le grenier d'une maison,[

Rencontra fille très-instruite

Avec un beau petit garçon.

Le bouc s'empara du giton.

On le découvre, il prend la fuite.

Tout le quartier à sa poursuite

Criait : « Fréron, Fréron, Fréron »





Lorsqu'au drame de monsieur Hume

On bafouait certain fripon,

Le parterre, dont la coutume

Est d'avoir le nez assez bon,

Se disait tout haut : « Je présume

Qu'on a voulu peindre Fréron.



Biographie-citations : CLIC

mardi 23 octobre 2007 à 09:37
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Simone Weil


biographie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Weil

« Des obligations identiques lient tous les êtres humains, bien qu'elles correspondent à des actes différents selon les situations. Aucun être humain, quel qu'il soit, en aucune circonstance, ne peut s'y soustraire sans crime ; excepté dans les cas où, deux obligations réelles étant en fait incompatibles, un homme est contraint d'abandonner l'une d'elles. L'imperfection d'un ordre social se mesure à la quantité de situations de ce genre qu'il enferme. Mais même en ce cas il y a crime si l'obligation abandonnée n'est pas seulement abandonnée en fait, mais est de plus niée. » L'enracinement (1949). Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain.


Ce message a été modifié par sandie72 - mardi 23 octobre 2007 à 09:39.
mardi 23 octobre 2007 à 12:15
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X

Peu d'écrivains dont le nom commence par X .

Via Wiki j'ai trouvé deux noms :

Françoise Xenakis : CLIC



Louis Ximénès
: Page Google


Ce message a été modifié par Okomarac - mardi 23 octobre 2007 à 12:18.
mardi 23 octobre 2007 à 18:23
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Marguerite Yourcenar

biographie:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_Yourcenar


«Il y a une jouissance à savoir qu'on est pauvre, qu'on est seul et que personne ne songe à nous. Cela simplifie la vie.»
[ Marguerite Yourcenar ] - Extrait d' Alexis ou le traité du vain combat

«Ce qui rend la pauvreté si dure, ce sont les privations, c'est la promiscuité.»
[ Marguerite Yourcenar ] - Extrait d' Alexis ou le traité du vain combat

«Le bonheur n'est peut-être qu'un malheur mieux supporté.»
[ Marguerite Yourcenar ] - Extrait d' Alexis ou le traité du vain combat


mercredi 24 octobre 2007 à 17:05
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EMILE ZOLA



Nana

Extrait

Un murmure grandit comme un soupir qui se gonflait. Quelques mains battirent, toutes les jumelles étaient fixées sur Vénus. Peu à peu, Nana avait pris possession du public, et maintenant chaque homme la subissait. Le rut qui montait d'elle, ainsi que d'une bête en folie, s'était épandu toujours davantage, emplissant la salle. À cette heure, ses moindres mouvements soufflaient le désir, elle retournait la chair d'un geste de son petit doigt. Des dos s'arrondissaient, vibrant comme si des archets invisibles se fussent promenés sur les muscles, des nuques montraient des poils follets qui s'envolaient, sous des haleines tièdes et errantes, venues on ne savait de quelle bouche de femme. Fauchery voyait devant lui l'échappé du collège que la passion soulevait de son fauteuil. Il eut la curiosité de regarder le comte de Vandeuvres, très pâle, les lèvres pincées, le gros Steiner, dont la face apoplectique crevait, Labordette lorgnant d'un air étonné de maquignon qui admire une jument parfaite, Daguenet dont les oreilles saignaient et il remuaient de jouissance. Puis, un instinct lui fit jeter un coup d'oeil en arrière, et il resta étonné de ce qu'il aperçut dans la loge des Muffat : derrière la comtesse, blanche et sérieuse, le comte se haussait, béant, la face marbrée de taches rouges; tandis que, près de lui, dans l'ombre, les yeux troubles du marquis de Chouard étaient devenus deux yeux de chat, phosphorescents, pailletés d'or.


Biographie : ICI


Ce message a été modifié par Okomarac - vendredi 26 octobre 2007 à 07:07.
mercredi 24 octobre 2007 à 17:50
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Alain


biographie
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Chartier



Propos
L'art d'être heureux

On devrait bien enseigner aux enfants l’art d’être heureux. Non pas l’art d’être heureux quand le malheur vous tombe sur la tête ; je laisse cela aux Stoïciens ; mais l’art d’être heureux quand les circonstances sont passables et que toute l’amertume de la vie se réduit à de petits ennuis et à de petits malaises.
La première règle serait de ne jamais parler aux autres de ses propres malheurs, présents ou passés. On devrait tenir pour une impolitesse de décrire aux autres un mal de tête, une nausée, une aigreur, une colique, quand même ce serait en termes choisis. De même pour les injustices et pour les mécomptes. Il faudrait expliquer aux enfants et aux jeunes gens, aux hommes aussi, quelque chose qu’ils oublient trop, il me semble, c’est que les plaintes sur soi ne peuvent qu’attrister les autres, c’est-à-dire en fin de compte leur déplaire, même s’ils cherchent de telles confidences, même s’ils semblent se plaire à consoler. Car la tristesse est comme un poison ; on peut l’aimer, mais non s’en trouver bien ; et c’est toujours le plus profond sentiment qui a raison à la fin. Chacun cherche à vivre, et non à mourir ; et cherche ceux qui vivent, j’entends ceux qui se disent contents, qui se montrent contents. Quelle chose merveilleuse serait la société des hommes, si chacun mettait de son bois au feu, au lieu de pleurnicher sur des cendres !
Remarquez que ces règles furent celles de la société polie ; et il est vrai qu’on s’y ennuyait, faute de parler librement. Notre bourgeoisie a su rendre aux propos de société tout le franc-parler qu’il y faut ; et c’est très bien. Ce n’est pourtant pas une raison pour que chacun apporte ses misères au tas ; ce ne serait qu’un ennui plus noir. Et c’est une raison pour élargir la société au delà de la famille ; car, dans le cercle de famille, souvent, par trop d’abandon, par trop de confiance, on vient à se plaindre de petites choses auxquelles on ne penserait même pas si l’on avait un peu le souci de plaire. Le plaisir d’intriguer autour des puissances vient sans doute de ce que l’on oublie alors, par nécessité, mille petits malheurs dont le récit serait ennuyeux. L’intriguant se donne, comme on dit, de la peine, et cette peine tourne à plaisir, comme celle du musicien, comme celle du peintre ; mais l’intriguant est premièrement délivré de toutes les petites peines qu’il n’a point l’occasion ni le temps de raconter. Le principe est celui-ci : si tu ne parles pas de tes peines, j’entends de tes petites peines, tu n’y penseras pas longtemps.
Dans cet art d’être heureux, auquel je pense, je mettrais aussi d’utiles conseils sur le bon usage du mauvais temps. Au moment où j’écris, la pluie tombe ; les tuiles sonnent ; mille petites rigoles bavardent ; l’air est lavé et comme filtré ; les nuées ressemblent à des haillons magnifiques. Il faut apprendre à saisir ces beautés-là. Mais, dit l’un, la pluie gâte les moissons. Et l’autre : la boue salit tout. Et un troisième : il est si bon de s’asseoir dans l’herbe. C’est entendu ; on le sait ; vos plaintes n’y retranchent rien, et je reçois une pluie de plaintes qui me poursuit dans la maison. Eh bien, c’est surtout en temps de pluie que l’on veut des visages gais. Donc, bonne figure à mauvais temps.

8 septembre 1910.


Ce message a été modifié par sandie72 - mercredi 24 octobre 2007 à 17:51.
jeudi 25 octobre 2007 à 07:55
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Pierre-Augustin Caron de BEAUMARCHAIS







Citations


L'ennui n'engraisse que les sots.
Extrait de Le Barbier de Séville

Médiocre et rampant, et l'on arrive à tout.

Extrait de Le Mariage de Figaro

L'usage est souvent un abus.
Extrait de Le Mariage de Figaro

Après le bonheur de commander aux hommes, le plus grand honneur n'est-il pas de les juger ?
Extrait de lettre Lettre modérée sur la chute et la critique du Barbier de Séville

Ce qui multiplie les libelles est la faiblesse de les craindre ; ce qui fait vendre les sottises est la sottise de les défendre.
Extrait de Le Mariage de Figaro

Le vent, qui éteint une lumière, allume un brasier.
Extrait de Le Barbier de Séville


En occupant les autres de leur propre intérêt, on les empêche de nuire à l'intérêt d'autrui.

Extrait de Le Barbier de Séville


Biographie Wiki : ICI



jeudi 25 octobre 2007 à 11:34
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Rene Char


biographie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Char

«Notre héritage n'est précédé d'aucun testament.»
[ René Char ]

«Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas.»
[ René Char ] - Extrait des Feuillets d'Hypnos

«La poésie vit d'insomnie perpétuelle.»
[ René Char ] - La parole en archipel




Ce message a été modifié par sandie72 - jeudi 25 octobre 2007 à 11:34.
vendredi 26 octobre 2007 à 07:04
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Alphonse Daudet




M. Séguin avait derrière sa maison un clos entouré d'aubépines. C'est là qu'il mit la nouvelle pensionnaire.

Il l'attacha à un pieu, au plus bel endroit du pré, en ayant soin de lui laisser beaucoup de corde, et de temps en temps, il venait voir si elle était bien. La chèvre se trouvait très heureuse et broutait l'herbe de si bon coeur que M. Séguin était ravi.

- Enfin, pensait le pauvre homme, en voilà une qui ne s'ennuiera pas chez moi !

M. Séguin se trompait, sa chèvre s'ennuya.

Un jour, elle se dit en regardant la montagne :

- Comme on doit être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !... C'est bon pour l'âne ou pour le boeuf de brouter dans un clos !... Les chèvres, il leur faut du large. .

À partir de ce moment, l'herbe du clos lui parut fade.

l'ennui lui vint. Elle maigrit, son lait se fit rare. C'était pitié de la voir tirer tout le jour sur sa longe, la tête tournée du côté de la montagne, la narine ouverte, en faisant Mê.!... tristement.

M. Séguin s'apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c'était... Un matin, comme il achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois........

Lettres de mon moulin
La chèvre de Monsieur Seguin .




Suite : ICI

Biographie Wiki
: ICI



Ce message a été modifié par Okomarac - vendredi 26 octobre 2007 à 07:08.
vendredi 26 octobre 2007 à 09:45
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Paul Eluard

biographie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_%C3%89luard

«C'est le mérite de la poésie qui a mille petites portes de planches pour une porte de pierre, mille sorties au jour le jour pour une gloire triomphale.»
[ Paul Eluard ]

«S'il n'y a qu'une vie, c'est donc qu'elle est parfaite.»
[ Paul Eluard ]

«Voir le monde comme je suis, non comme il est.»
[ Paul Eluard ]


vendredi 26 octobre 2007 à 11:05
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Fénelon



On arriva à la porte de la grotte de Calypso, où Télémaque fut surpris de voir, avec une apparence de simplicité rustique, tout ce qui peut charmer les yeux. On n'y voyait ni or, ni argent, ni marbre, ni colonnes, ni tableaux, ni statues: cette grotte était taillée dans le roc, en voûte pleine de rocailles et de coquilles; elle était tapissée d'une jeune vigne qui étendait ses branches souples également de tous côtés. Les doux zéphyrs conservaient en ce lieu, malgré les ardeurs du soleil, une délicieuse fraîcheur. Des fontaines, coulant avec un doux murmure sur des prés semés d'amarantes et de violettes, formaient en divers lieux des bains aussi purs et aussi clairs que le cristal; mille fleurs naissantes émaillaient les tapis verts dont la grotte était environnée. Là on trouvait un bois de ces arbres touffus qui portent des pommes d'or, et dont la fleur, qui se renouvelle dans toutes les saisons, répand le plus doux de tous les parfums; ce bois semblait couronner ces belles prairies et formait une nuit que les rayons du soleil ne pouvaient percer. Là on n'entendait jamais que le chant des oiseaux ou le bruit d'un ruisseau, qui, se précipitant du haut d'un rocher, tombait à gros bouillons pleins d'écume et s'enfuyait au travers de la prairie.

Extrait de : Les aventures de Télémaque .

Biographie wiki : CLIC

samedi 27 octobre 2007 à 11:11
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theophile gautier



http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ophile_Gautier
biographie




Je baissai la tête ; une grande ruine venait de se faire au dedans de moi. Je retournai à mon presbytère, et le seigneur Romuald, amant de Clarimonde, se sépara du pauvre prêtre, à qui il avait tenu pendant si longtemps une si étrange compagnie. Seulement, la nuit suivante, je vis Clarimonde ; elle me dit, comme la première fois sous le portail de l’église : « Malheureux ! malheureux ! qu’as-tu fait ? Pourquoi as-tu écouté ce prêtre imbécile ? n’étais-tu pas heureux ? et que t’avais-je fait, pour violer ma pauvre tombe et mettre à nu les misères de mon néant ? Toute communication entre nos âmes et nos corps est rompue désormais. Adieu, tu me regretteras. » Elle se dissipa dans l’air comme une fumée, et je ne la revis plus.

Hélas ! elle a dit vrai : je l’ai regrettée plus d’une fois et je la regrette encore. La paix de mon âme a été bien chèrement achetée ; l’amour de Dieu n’était pas de trop pour remplacer le sien. Voilà, frère, l’histoire de ma jeunesse. Ne regardez jamais une femme, et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d’une minute pour vous faire perdre l’éternité.
La Morte Amoureuse


Ce message a été modifié par sandie72 - samedi 27 octobre 2007 à 11:11.
mardi 30 octobre 2007 à 17:06
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Michel Houellebecq





Citations

* « l’individu moderne est (ainsi) prêt à prendre place dans un système de transactions généralisées au sein duquel il est devenu possible de lui attribuer, de manière univoque et non ambiguë, une valeur d’échange. » [réf. nécessaire]
* « Les relations humaines deviennent progressivement impossibles, ce qui réduit d’autant la quantité d’anecdotes dont se compose une vie » [réf. nécessaire]
* « l’homme est un adolescent diminué » Extension du domaine de la lutte
* « Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. Sur le plan économique, Raphaël Tisserand appartient au clan des vainqueurs ; sur le plan sexuel, à celui des vaincus. Certains gagnent sur les deux tableaux ; d’autres perdent sur les deux. Les entreprises se disputent certains jeunes diplômés ; les femmes se disputent certains jeunes hommes ; les hommes se disputent certaines jeunes femmes ; le trouble et l’agitation sont considérables. » Extension du domaine de la lutte



Site officiel de l'écrivain Michel Houellebecq

http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Houellebecq





mardi 30 octobre 2007 à 17:24
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Isidore Ducasse (je triche un peu ne trouvant plus de noms de famille en "i")

http://fr.wikipedia.org/wiki/Isidore_Ducasse
biographie



Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu
momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se
désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les
marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison;
car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique
rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa
défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont
son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le
monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls
savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme
timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes
inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant.
Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière
et non en avant, comme les yeux d'un fils qui se détourne
respectueusement de la contemplation auguste de la face
maternelle; ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de
grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l'hiver,
vole puissamment à travers le silence, toutes voiles
tendues, vers un point déterminé de l'horizon, d'où tout à
coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête.
La grue la plus vieille et qui forme à elle seule
l'avant-garde, voyant cela, branle la tête comme une
personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu'elle
fait claquer, et n'est pas contente (moi, non plus, je ne le
serais pas à sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de
plumes et contemporain de trois générations de grues, se
remue en ondulations irritées qui présagent l'orage qui
s'approche de plus en plus. Après avoir de sang-froid
regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui
renferment l'expérience, prudemment, la première (car,
c'est elle qui a le privilége de montrer les plumes de sa
queue aux autres grues inférieures en intelligence), avec
son cri vigilant de mélancolique sentinelle, pour repousser
l'ennemi commun, elle vire avec flexibilité la pointe de
la figure géométrique (c'est peut-être un triangle, mais on
ne voit pas le troisième côté que forment dans l'espace ces
curieux oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord,
comme un habile capitaine; et, manoeuvrant avec des ailes
qui ne paraissent pas plus grandes que celles d'un moineau,
parce qu'elle n'est pas bête, elle prend ainsi un autre
chemin philosophique et plus sûr.
Les Chants de Maldoror



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