A voir sur Livenet :

Derniers Sujets

mardi 04 mars 2008 à 00:53
Citer +Citer
C’est au cœur du règne du Roi Soleil qu’éclate l’une des affaires les plus sordides qu’ait connues la couronne de France….Tout commence par la mort d Henriette , femme de Monsieur le frère du Roi, dont le décès aurait eu lieu par empoisonnement…Louis XIV commande alors une enquête a son lieutenant de police, La Reynie
Cette enquête entraîne la découverte chez le Chevalier de Sainte Croix d une cassette contenant des papiers ou la Marquise de Brinvilliers avouait avoir empoisonné toute sa famille avec l aide de celui ci…Des fioles d arsenic furent également découvertes…
Scandale énorme , la marquise étant la fille d un conseiller d État et des personnes de qualité se trouvant impliquées…(la comtesse de Soissons et la duchesse de Bouillon nièces de Mazarin ; le maréchal de Luxembourg ; les comtesses de Polignac, du Roure et de Gramont ; Mmes de Vivonne et de La Mothe ; Mlles des Oeillets et Cato ; la maréchale de La Ferté ; Jean Racine.)
La marquise est arrêtée puis jugée …elle n avouera pas sauf quelques jours avant son exécution…
A partir de ces aveux la Reynie remonte la filière et trouve d autres suspects …Des milliers de gens usent des filtres et maléfices, pratiquent l’avortement et les messes noires, utilisent la " poudre de succession ". En 1679, devant l’ampleur de l’instruction, une chambre ardente est instituée et ne sera dissoute qu’en 1682 ; on la nomme " cour des poisons ".

La principale accusée est Catherine Deshayes, dite la Voisin…Elle aurait fabriqué des potions destinées à se débarrasser de personnes gênantes et pratiqué des messes noires , entre autres…

Une autre personne est au cœur du scandale :Athenais de Montespan…Cette femme est la favorite de Louis XIV et elle est accusée d avoir utilisé les services de La Voisin pour se débarrasser de ses rivales…

La Voisin est arrêtée et exécutée…
Cette exécution ne suffit pas à arrêter l’affaire. Louis XIV lui-même laisse agir la police contre une noblesse trop gênante. Mais les attaques contre madame de Montespan se font trop précises, la Cour pourrait être éclaboussée. En 1682, le roi ordonne aux magistrats de cesser les poursuites engagées et d’étouffer l’affaire. La chambre spéciale cesse donc de se réunir. La Chambre ardente prononça contre des comparses secondaires trente-six condamnations à mort, plusieurs aux galères. Les grands personnages furent épargnés. Sans qu’ils aient été jugés les accusateurs de Mme de Montespan sont enfermés dans des forteresses royales.


Cette affaire a donc écorné fortement l ’image de la noblesse française…
Une question demeure… : Madame de Montespan a-t-elle été victime d’une machination ou était-elle vraiment coupable ?L ‘interrogation est la même pour les autres personnes de la noblesse impliquées dans cette affaire….



Ce message a été modifié par sandie72 - mardi 04 mars 2008 à 01:32.
jeudi 06 mars 2008 à 13:23
Citer +Citer
A propos de Racine , voici ce qu'en dit Wiki :

Longtemps après sa mort, les historiens ont découvert dans les archives de La Bastille que Racine avait été suspecté dans l'affaire des poisons qui éclate entre 1679 et 1681. La Voisin avait accusé Racine d'avoir fait assassiner, dix ans plus tôt, son ancienne maitresse "Du Parc". En réalité, l'actrice de Racine nommée "Du Parc" est morte au cours d'un avortement raté. Elle avait été confondue avec une autre Du Parc, qui était une avorteuse et victime dans l'affaire des poisons. Racine a donc été "blanchi" en interne par la police. Il n'a jamais su qu'il aurait pu être inquiété .
jeudi 06 mars 2008 à 14:20
Citer +Citer
Chambre ardente

"Nom générique désignant l'une des formes les plus usuelles du tribunal d'exception au XVIe et au XVIIe siècle français. De 1547 à 1679-1680, la monarchie française a recours à la chambre ardente comme moyen commode pour se débarrasser de cas difficiles." La plus connue est la chambre Ardente de l Arsenal, créee par Louis XIV pour juger l affaire des Poisons...mais elle fut suspendue ensuite par le roi, inquiet de voir compromettre des personnes de son entourage comme Mme de Montespan, Racine et la duchesse de Bouillon.
créées spécialement par le roi, les Chambres Ardentes sont composées de" membres des cours souveraines, spécialement du parlement de Paris, de maîtres des requêtes et de conseillers d'État. "

Cette expression a un sens assez controversé:Pour certains c est une allusion au supplice du bûcher, et pour les autres, ce serait une allusion au lieu où se déroulent les séances du tribunal qui siège dans "une salle obscurcie par des tentures noires, éclairée par un grand nombre de flambeaux : mise en scène baroque par excellence."

extraits de l encyclopaedia universalis


Ce message a été modifié par sandie72 - jeudi 06 mars 2008 à 14:21.
jeudi 06 mars 2008 à 14:23
Citer +Citer
En filigrane de cette affaire se trouvent peut etre les rivalités entre Colbert et Louvois... les principaux inculpés nobles étant des proches de Colbert semble t il et Louvois menant une enquête parallèle et secrète pour le compte du Roi...Peut etre que certains furent accusés afin de compromettre les soutiens de Colbert?


Ce message a été modifié par sandie72 - jeudi 06 mars 2008 à 14:30.
lundi 10 mars 2008 à 17:38
Citer +Citer
je me souviens que la première (radio publique belge) avait réalisé plusieurs séquences sur ce sujet qui étaient très bien faites
mercredi 19 mars 2008 à 16:48
Citer +Citer
Madame de Montespan



D une famille de très ancienne noblesse , Françoise Athénaïs de Rochechouart vint à la cour en 1660 en tant que demoiselle d honneur de la nouvelle reine.Elle eut un fils, le duc d Antin, de son mariage en 1663 avec Louis Henri de Pardaillan,
Belle et ayant beaucoup d esprit elle devint en 1667 la favorite du roi, qui lui donna huit enfants dont six légitimés…
Cette liaison orageuse dura douze ans ;le roi était infidèle et parfois avait des scrupules religieux
Mme de Montespan dut lutter pour conserver le cœur du grand monarque et contrebalancer l'influence dévote de Mme de Maintenon.
On prononça son nom dans l affaire des Poisons en 1680

« Tenta-t-elle par des pratiques de sorcellerie de regagner la faveur de son illustre amant ? L'histoire est muette sur ce sujet, les preuves éventuelles ayant été détruites sur l'ordre du roi, mais renseignerait aussi l'historien des mentalités sur la société du temps. »
Elle se retira ensuite au couvent Saint-Joseph qu'elle avait fondé rue Saint-Dominique.

Elle protégea les artistes et écrivains : Corneille, Boileau, Quinault, Racine.
« Son rôle fut grand dans les intrigues futiles de la cour qui amusaient quelquefois le roi, mais elle n'eut jamais d'influence sur la grande politique. Ses enfants, le duc du Maine et le comte de Toulouse, excitèrent la hargne de la grande noblesse. Saint-Simon, qui estimait le comte de Toulouse parce qu'il restait à l'écart de la vie politique, vouait une haine tenace au duc du Maine. Le testament qui leur permettait de monter sur le trône de France en cas de vacance et si le reste de la dynastie s'éteignait, fut cassé par le Parlement au début de la Régence comme contraire aux lois fondamentales du royaume de France ».


Extraits de l Encyclopaedia Universalis



Ce message a été modifié par sandie72 - mercredi 19 mars 2008 à 16:50.
mercredi 19 mars 2008 à 17:56
Citer +Citer

Les principales substances utilisées au XVIIème siècle sont des substances « naturelles ».

Ambroise Paré, dès 1579, en décrit dans Des venins et morsures :

« De l'arsenic sublimé : Ceux qui ont pris du sublimé, aussitôt la langue et le gosier leur deviennent aussi âpres que s'ils avaient pris du jus de cormes vertes (fruits du sorbier), laquelle âpreté ne se peut ôter par nuls gargarismes lénitifs, sinon qu'avec grande difficulté et longueur de temps.

La litharge : La litharge -protoxyde de plomb- bue cause une pesanteur de l'estomac et du ventre, empêche d'uriner et rend le corps enflé et livide. On y remédie en faisant vomir le malade, puis en lui donnant de la fiente sèche de pigeon délayée en bon vin. Petrus Aponensis commande de boire de l'huile d'amandes douces et manger figues sèches. Il est pareillement bon leur bailler clystères relâchants et humectants -faire des lavements -, et leur frotter le ventre de beurre frais ou huile de lys.

Du réagal : Le réagal (sulfure naturel d'Arsenic), pour être de nature forte et chaude et sèche, induit soif, échauffaison et ardeur par tout le corps[…]. Son alexitère est l'huile de pignolat, donnée promptement jusqu'à demie livre, et puis vomir.

Chaux vive et orpiment : La chaux vive et orpiment (sulfure naturel d'arsenic également), que les Grecs appellent arsenicum, pris en breuvage rongent l'estomac et les intestins avec une grande douleur. Ils causent une soif intolérable, avec une aspérité de la gorge, difficulté de respirer, suppression d'urine et dysenterie. »

Quant aux venins, serpents et crapauds, si on savait que la médecine de l'époque les utilisait dans un but thérapeutique, les sorciers et les empoisonneurs, s'en servaient aussi. Avec le crapaud, on faisait de « la poudre à aimer » contenant certainement de la cantharide.

Parfois on empoisonnait des crapauds avec du sublimé et de l'arsenic, on les sacrifiait aussitôt afin de recueillir les urines que l'on considérait comme très dangereuses.

On se servait aussi du venin de l'animal en putréfaction, dont la virulence était exaltée par l'association à un toxique. Le venin des crapauds était un des poisons favoris de la Brinvilliers.

A cette période, les poisons sont donc partout, dans toutes les pensées et conversations, à Paris et Versailles, dans les salons ; les grands auteurs ne sont pas en reste : La Fontaine intègre dans le livre VII de ses Fables, une pièce intitulée « Les Devineresses ».En 1679, Thomas Corneille et Donneau de Visé, propose au public une comédie intitulée « La Devineresse ou Les Faux Enchantements », pièce écrite à la demande du pouvoir royal, il était de bon ton d'en rire, même en plus haut lieu, du moins au début ! Cette pièce fut un formidable succès.



mercredi 26 mars 2008 à 17:02
Citer +Citer
Et s'en était finit du règne de la "Sultane"....
mrgreen.gif
elle fit place à mlle de fontanges... puis à la veuve scarron....mrgreen.gif encore pire....
jeudi 15 mai 2008 à 09:22
Citer +Citer
La Montespan dans la tourmente


L'affaire des Poisons démarre véritablement le 16 juillet 1676 : à 6 heures du soir, un lourd tombereau roule lentement vers la place de Grève, à Paris, où se dresse l'échafaud. A son bord, une condamnée de 46 ans. On la descend. André Guillaume, le bourreau, lui bande les yeux. Du revers de sa manche il s'essuie le front où perle la sueur. « La condamnée tient la tête fort droite, Guillaume la lui avale d'un seul coup qui tranche si net qu'elle est un moment sur le tronc sans tomber. Je suis même un instant en peine, croyant qu'il a manqué son coup et qu'il lui faudra frapper une seconde fois », raconte l'abbé Pirot qui assiste à l'exécution. Le corps, ensuite, est porté sur le bûcher. Les flammes le consument vivement, puis les cendres sont dispersées. Ces cendres-là ne sont autres que celles de Marie-Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers, qui a empoisonné père, frère et soeur...

« Toute cette cendre au vent, nous la respirerons, anticipe Mme de Sévigné - incorrigible curieuse, venue assister à l'exécution, du haut de la fenêtre de l'une des maisons du pont Notre-Dame - et par la communication des petits esprits, il nous prendra bien quelque humeur empoisonnante dont nous serons tous étonnés. » Elle ne croit pas si bien dire. Car, lorsque le dossier sera définitivement clos le 21 juillet 1682, soit six ans, presque jour pour jour, après l'exécution de la Brinvilliers, on aura arrêté plus de quatre cents sorciers ou sorci
ères, on en aura brûlé trente-six et enfermé des dizaines d'autres à perpétuité.
Mme de Montespan ne sera pas jugée. Mais pouvait-elle l'être ? Oui, pour le lieutenant de police La Reynie. Nicolas de La Reynie, Limougeaud d'origine, est nommé à la tête de la police parisienne au printemps de 1667, soit deux ans à peine avant qu'Athénaïs de Montespan ne donne un premier enfant (qui ne vivra pas) à son amant Louis XIV. Une dizaine d'années plus tard, la taille de la belle maîtresse royale se sera encore arrondie à six reprises. Avec le duc du Maine, le comte de Vexin, Mlle de Nantes, Mlle de Tours, Mlle de Blois et le comte de Toulouse, la marquise de Montespan va en effet fournir à la couronne une belle nichée de bâtards, qui seront tous légitimés. A 40 ans, si l'on compte les deux enfants donnés auparavant à son mari légitime, Louis Henry de Pardaillan de Gondrin, Athénaïs a donc connu neuf grossesses. Et, par la même occasion, elle a perdu sa taille de sylphide qui plaisait tant au Roi-Soleil. « Elle s'est fort empâtée, sourit alors Primi Visconti, précieux témoin de la vie quotidienne de Versailles ; l'autre jour, par exemple, alors qu'elle descendait de son carrosse, j'ai aperçu une de ses jambes, et j'ai vu que cette jambe était presque aussi grosse que moi ! »
Ainsi donc, c'en était fini du mollet délicieusement galbé et de la cuisse si ferme qui avaient réussi à détrôner Louise de La Vallière, à repousser les assauts de la charmante Isabelle de Ludres, à déjouer les entreprises de Catherine de Gramont, celles de la princesse de Soubise, et à terrasser définitivement les ambitions de la duchesse de Fontanges. Ses beaux appas se flétrissant, Athénaïs s'est-elle alors tournée vers la sorcellerie ? « Je sais qu'une grande dame est parfois venue visiter ma mère, avoue Marie Marguerite Monvoisin à La Reynie lors d'une séance de question musclée qui se déroule au fond de la Chambre ardente. Chaque fois qu'il arrivait quelque chose à la Dame et qu'elle craignait diminution aux bonnes grâces du Roi, elle donnait avis à ma mère afin qu'elle apportât quelques remèdes, continue-t-elle. Ma mère faisait alors dire des messes sur des poudres destinées au Roi. C'étaient des poudres pour l'amour. Il y en avait des noires, des blanches et des grises. Ma mère les mélangeait. Certaines étaient passées sous le calice par un prêtre. »
La Chambre ardente, véritable annexe de l'enfer, est alors installée à l'Arsenal, à deux pas de la Bastille. Cette chambre de justice va devenir le quartier général de Nicolas de La Reynie. C'est ici qu'il va instruire l'affaire des Poisons, torturer des dizaines de suspects et consigner leurs aveux. Si Marie Marguerite Monvoisin compte au nombre de ces suspects, c'est parce qu'elle est la fille de Catherine Deshayes, la Voisin, la plus célèbre des sorcières du Tout-Paris du XVIIe siècle. Ancienne sage-femme devenue faiseuse d'anges, devineresse puis concocteuse de philtres d'amour et enfin spécialiste en poudre de succession, la Voisin avait pignon sur rue.
A la voir, on lui aurait donné le bon Dieu sans confession ! Elle avouera cependant avoir brûlé ou enterré dans son jardin les corps de plus de deux mille cinq cents enfants nés avant terme ! Mais comme elle était une femme de principes - elle ne manquait jamais la messe -, elle avait toujours tenu à ce que les bambins venus au monde, même l'espace d'un instant, fussent ondoyés avant de le quitter ! Elle avouera aussi que tous les empoisonnements de la Cour, ou presque, ont été mis au point dans son laboratoire. Compromettant ainsi le maréchal de Luxembourg, Olympe et Marie Anne Mancini, Mme de Polignac, la marquise d'Alluye, la princesse de Tingry, la maréchale de La Ferté... Mais elle ne citera jamais le nom de Mme de Montespan. La duchesse de Foix se retrouve également dans le collimateur de La Reynie le jour où il tombe sur un billet écrit de sa main à l'attention de la sorcière, qui dit : « Plus je frotte, moins ils poussent. » Plus de peur que de mal, car il ne s'agissait que d'une recette pour développer les seins ! Même assise sur le bûcher, liée avec du fer brûlant et couverte de paille enflammée, la Voisin ne nommera jamais Mme de Montespan.
« Un jour, je l'ai vue, elle était allongée toute nue sur le matelas, la tête pendante, elle avait une serviette sur le ventre et sur la serviette, une croix, à l'endroit de l'estomac ; le calice était sur son ventre et le prêtre...
"Tu as vu qui ?
- La Dame.
- Et le nom de ce prêtre ?
- L'abbé Guibourg. A la messe de la Dame, c'est lui qui a présenté un enfant paraissant né avant terme. C'est lui qui l'a placé sur le bassin, qui l'a égorgé, qui a versé le sang dans le calice et qui l'a consacré avec l'hostie." »
L'abbé Guibourg ! En introduisant ce prêtre dans la Chambre ardente, Nicolas de La Reynie va s'enfoncer un peu plus dans l'horreur. Les notes qu'il a prises lors des interrogatoires de cette soutane de cauchemar en disent assez long.
« La première messe est célébrée dans la chapelle du château de Villebousin, près de Montlhéry... La femme sur lequel Guibourg officie conserve toujours ses coiffes baissées. Elles lui couvrent le visage et la moitié du sein... L'enfant sacrifié ce jour-là a été acheté pour un écu. Au moment de le piquer à la gorge avec un canif, l'officiant a lu cette conjuration : "Astaroth, Asmodée, princes de l'amitié, je vous conjure d'accepter le sacrifice que je vous présente de cet enfant pour les choses que je vous demande qui sont que l'amitié du Roi, de Mgr le Dauphin, me soit continuée et être honorée des princes et des princesses de la Cour, que rien ne me soit dénié de tout ce que je demanderai au Roi, tant pour mes parents que pour mes serviteurs."
"Y a-t-il eu d'autres messes ?
- Oui, crache Guibourg. J'ai dit la deuxième dans une masure sur les remparts de Saint-Denis, sur la même femme, avec les mêmes cérémonies. J'en ai dit une troisième, à Paris, chez la Voisin, encore sur la même femme et avec un nouveau sacrifice d'enfant. Cette femme, je ne la connais point mais on m'a toujours dit qu'elle était Mme de Montespan." »
La Reynie a devant lui un homme au visage bouffi et couperosé, un homme qui louche horriblement, ce qui lui fait un regard obscène, un vieil homme qui avoue calmement toutes ces atrocités, sans aucun frémissement. Le policier est assommé. Ainsi donc, la resplendissante reine de Versailles est noire ! Les philtres d'amour, les onguents miton-mitaines, les poudres de perlimpinpin, passe encore ! Mais avec la nudité de la favorite livrée aux canailles lubriques et tachée du sang de bébés innocents, l'affaire prend véritablement un tour effrayant.
Sans compter qu'Etienne Guibourg n'en a pas fini ! Il se souvient encore d'une « messe à rebours » lors de laquelle la dame a lu une manière de prière. Mieux, il a même gardé en mémoire le texte exact de ce pacte. Ce dernier disait : « Je demande que la reine soit stérile, que le roi quitte son lit et sa table pour moi, que j'obtienne tout ce que je lui demanderai pour moi et mes parents, que mes serviteurs et domestiques lui soient agréables. Chérie et respectée des grands seigneurs, que je puisse être appelée aux conseils du roi et savoir ce qui s'y passe ; et que, cette amitié redoublant plus que par le passé, la reine étant répudiée, je puisse épouser le Roy. »
Une autre sorcière compromise, la Filastre, avoue aussi à La Reynie qu'une grande dame est venue lui rendre visite. « C'est vrai, je le reconnais, je lui fabriquais des poudres pour qu'elle obtienne l'amour du roi. » Mais pourquoi la Filastre avoue-t-elle ? Parce qu'on l'a installée sur « la chaise de question », tout simplement. Parce qu'elle a les mains et les pieds étroitement attachés et que les brodequins sont soigneusement ajustés. Les brodequins, ce sont quatre planches épaisses entre lesquelles on serre la jambe du « patient » à l'aide de cordes et de coins de fer, de manière à lui briser les os. Des coins qui sont enfoncés à grands coups de maillet ! « Oui, hurle la Filastre au troisième coin, à la limite de l'évanouissement, oui, Mme de Montespan a fait donner des poisons à Mlle de Fontanges et des poudres pour l'amour afin de rester dans les bonnes grâces du roi... »
Mme de Montespan ! Le nom de la grande dame est enfin lâché ! On imagine la nuit blanche du lieutenant de police. Comment va-t-il annoncer au monarque que la mère de ses six enfants est compromise dans cette nauséeuse affaire ? Comme il est consciencieux, le lendemain matin il décide de se rendre en place de Grève pour s'entretenir une dernière fois avec la condamnée. Cet ultime tête-à-tête achèvera de lui empoisonner l'existence car la sorcière aux jambes meurtries se rétracte calmement. « Sachez, Monsieur, que tout ce que j'ai déclaré est faux, lui dira-t-elle. Je ne l'ai fait que pour me libérer de la peine et de la douleur des tourments et dans la crainte que l'on me réappliquât à la question. Je vous dis tout cela parce que je ne veux pas mourir la conscience chargée d'un mensonge. »
Un mémoire minutieux dans lequel il apparaît que si les accusés ont parfois parlé de Mme de Montespan, aucun d'entre eux n'a jamais parlé à Mme de Montespan ; dans lequel il apparaît qu'Athénaïs n'a jamais voulu attenter à la vie du roi, ni même qu'elle se soit abandonnée, dénudée, aux mains d'abbés adeptes de la démonomanie. La mort étrange de Mlle de Fontanges ? La lecture du rapport d'autopsie nous apprend qu'elle souffrait d'un méchant cancer, un chorio-carcinome, selon les spécialistes. Les poudres ? Oui, elle en a sans doute usé et abusé, mais il s'agissait d'aphrodisiaques et non de poudres de succession.
Le 21 juillet 1682, Louis XIV fait définitivement fermer la Chambre ardente. A cette époque, si Mme de Montespan est tombée en défaveur, elle est autorisée à rester à Versailles où le roi, même s'il ne la fréquente plus, a toujours plaisir à aller bavarder avec elle, chaque jour, pendant une heure ou deux. Si elle avait été une empoisonneuse, aurait-il continué de la fréquenter assidûment ? Athénaïs mourra à Bourbon-l'Archambault, le 27 mai 1707.
Deux ans plus tard, à Versailles, en présence de Mme de Maintenon et du chancelier de France, le comte de Pontchartrain, le roi septuagénaire jettera une à une dans la cheminée de son cabinet toutes les liasses de l'épais dossier que lui avait remis La Reynie. Ainsi donc, l'affaire des Poisons se réduisait maintenant à un tas de cendres et l'Histoire n'en saurait rien. Erreur ! Car le vétilleux lieutenant de police avait fait copier les minutes en deux exemplaires. Déposés à la Bastille, ces documents ont bien failli disparaître, définitivement cette fois, au soir du 14 juillet de 1789, quand les Parisiens exaltés se sont mis à jeter tous les papiers du haut des tours, dans les douves. Mais un badaud qui passait par là a l'idée de ramasser les feuillets épars et d'aller les déposer tout à côté, au château de l'Arsenal, là où, pour la plupart ils avaient été rédigés, là où, classés et publiés au XIXe siècle par François Ravaisson, ils reposent désormais.
Morte il y a trois cents ans, Athénaïs de Montespan est inhumée dans l'église des Cordeliers de Poitiers. A la Révolution, sa tombe est évidemment saccagée. Le mausolée de marbre noir qui abritait sa dépouille trône aujourd'hui au centre de la cour du musée de Chièvres. Son coeur ? Elle avait souhaité qu'il fût transporté au couvent de La Flèche. Ses entrailles ? Le barbier les avait déposées dans une urne qui devait prendre la direction du prieuré de Sainte-Menoux, entre Bourbon-l'Archambault et Moulins, car telle était la volonté de la défunte. On confie donc le récipient à un jeune estafier qui, le temps étant à l'orage, se trouve incommodé par les odeurs méphitiques qui s'échappent de la boîte sans doute mal fermée. Il s'arrête, dépose le vase à même le sol et en détache le couvercle. Horreur ! Ecoeuré, il pousse alors le tout dans le fossé. Quelques cochons y paissaient. On imagine la suite : les entrailles d'Athénaïs pour le festin des porcs ! Quand cette anecdote nauséabonde se racontera à Versailles, Mme de Tencin gloussera : « Des entrailles, est-ce qu'elle en avait ? »

Par Michel de Decker, écrivain et historien

L'auteur
Auteur de Madame de Montespan. La favorite du Roi-Soleil à son zénith (Pygmalion, 2000) Michel de Decker est également le biographe du Chevalier d'Eon, d'Henri IV, de la princesse de Lamballe, etc. Il est aussi chroniqueur historique sur France Bleu.
Royale faveur
Pour sauver la face, le roi garde à la Cour son ex-maîtresse (ici, avec ses enfants légitimés). Elle se retire au couvent en 1691, puis en province.
L'inquiétante suivante
S'il est établi que Mme de Montespan a fréquenté les officines de devineresses à la recherche de poudres d'amour, qu'elle a participé à des cérémonies magiques avec Lesage et la Voisin dès 1667-1668, il n'est pas certain qu'elle soit impliquée dans les messes noires de l'abbé Guibourg. Une bonne partie des accusations lancées contre elle ne sont pas fondées : ainsi la double tentative d'empoisonnement du roi et de sa maîtresse, Mlle de Fontanges. La coupable semble être sa dame de compagnie de Mme de Montespan, Claude de Vin des Œillets, fille de comédiens célèbres. Le 22 novembre 1680, la fille de la Voisin, Guibourg et Lesage la reconnaissent formellement, lors d'une confrontation. La Des Œillets a agi pour le compte de sa maîtresse, à la recherche d'aphrodisiaques qu'elle destine au roi, mais aussi pour le sien. A partir de 1677, elle quitte le service de Mme de Montespan. Elle n'en continue pas moins à rencontrer la Voisin et consorts, cette fois dans des intentions criminelles. C'est qu'elle a été, elle aussi, la maîtresse du roi, dont elle a eu au moins un enfant, Louise de Maisonblanche. Elle a des raisons d'en vouloir à Louis XIV, qui a refusé de l'élever au rang de favorite officielle et de légitimer sa fille. Ses tentatives criminelles contre lui et Mlle de Fontanges se sont échelonnées, semble-t-il, de 1676 à 1679, avec la complicité d'un milord anglais, son amant, qui promettait aux empoisonneurs 100 00 écus et un refuge en Angleterre. Le complot contre le roi avorte. Quant à Mlle de Fontanges, elle meurt, le 28 juin 1681, à 20 ans, sans doute d'un cancer. Protégée par le roi, qui craint le scandale, la Des Œillets ne sera jamais arrêtée, pas plus que son ancienne maîtresse, Mme de Montespan... Jean-Christian Petitfils
Mlle de La Vallière
Maîtresse de Louis XIV dès 1661, elle lui donne quatre enfants, mais est évincée par la Montespan.
Mlle de Fontanges
Agée de 17 ans, elle supplante la Montespan dans le coeur du souverain. Elle meurt à 20 ans.
En complément
Madame de Montespan, de Jean-Christian Petitfils (Fayard, 1988). Aimée du roi. Mémoires de madame de Montespan, de Catherine Decours (Pocket, 2003). L'Affaire des Poisons, d'Arlette Lebigre (Ed. Complexe, 1989).

(Historia)



Suggestion de sujets



A voir sur le portail Livenet.fr Le Club
Vidéos
Le mag
Forum
Jeux
Comparaison de prix
Nos partenaires Partenaires : php - Vidéos - PS3 - Rap et R&B - Cinéma - voyage - TNT - Séries en DVD
Contact et infos Le blog Livenet
Suggestions sur Livenet
Aide générale Livenet - Aide du Forum
Charte du forum
Mentions légales
Reporter un abus
Reporter un bug

Copyright © 2004-2008 Tigersun - Tous droits réservés - Powered By IP.Board © 2008  IPS, Inc.