mardi 20 juillet 2004 à 20:01
Article de l'Express
Article paru dans l'Express :
Star Academy III ou Flop Academy ?
La Star Academy réunit ses trois promotions autour de quelques artistes ce soir au Parc des Princes à Paris, en France. Cet événement est à suivre, en direct, dès 22h30, sur TF1. Derrière les strass et les paillettes, la Star Academy a besoin de s’oxygéner. Retour sur un phénomène qui peine à se renouveler.
Un avis de tempête souffle sur la Star Academy. Au bout de trois saisons, le concept s’essouffle. Les ventes de disques sont en chute libre, l’audience est en baisse, les téléspectateurs ont un goût prononcé de déjà vu. Les spectateurs sont plus rares sur la tournée. La machine à créer du rêve sombrerait-elle ?
Les chiffres l’attestent. Les ventes de disques d’Elodie, de Sofia et de leurs comparses, issus de la Star Academy 3, peinent à décoller au Top 50. De l’Eau, le premier single d’Elodie Frégé ne s’est classé que 16è au Top 50, alors qu’à la même période, l’an dernier, celui de Nolwenn Leroy se classait directement à la première place des meilleures ventes de singles en France. Seule Jenifer, lauréate de la première saison, a réussi à se débarasser de l’étiquette Star Academy. Elle a été invitée à participer à la tournée des ******és, regroupant les plus grandes stars françaises. Kyo, Calogero ont collaboré avec Jenifer, pour Ma Révolution, son deuxième album.
Le taux de remplissage de la tournée de la saison III, même s’il reste conséquent, est inférieur à celui de l’an passé. Moins de 15% de ventes de billets par rapport à la Star Academy II et 500 000 spectateurs contre 600 000 l’année dernière, sans oublier qu’il reste encore quelques milliers de places pour le concert «événement» des trois promotions de la Star Academy au Parc des Princes.
La production de la Star Academy a-t-elle les yeux plus gros que le ventre ? Oui,sommes-nous tentés de dire. Sur le web, les informations au sujet du concert de ce soir ne sont pas légion. La liste des artistes, censés être là ce soir, est incomplète. Seule la présence des star académiciens, est assurée. Et dire, qu’en septembre, l’an IV de la Star Academy sera amorcé.
Comment TFI, le diffuseur et Endemol, le producteur, comptent-ils redresser la barre? Quels changements significatifs vont-ils trouver pour relancer la machine ? Le concept ne pourra guère évoluer. Le lifting de l’émission, viendrait du recrutement de candidats et de professeurs capables de faire redémarrer la machine.
Au vu du départ de la très colorée Armande Altaï, qui faisait figure d’emblème à la Star Academy, ainsi que de celui de Raphaëlle Ricci, la prof d’expression scénique et d’Oscar Sisto, le professeur de théâtre, la tâche risque d’être difficile. Reste, la présence de l’increvable Nikos Aliagas, qui officie déjà sur les primes du samedi soir et de celui de Kamel Ouali, le joker de la Star Academy depuis ses débuts.
Les producteurs voudraient que le show du samedi déménage pour s’installer dans des locaux plus grands et que quelques émissions seraient diffusées en direct de la province française. Ils songeraient également à faire payer les spectateurs du samedi soir, histoire d’avoir une rentrée financière supplémentaire. Cette éventualité fait d’ores et déjà grincer les dents des adeptes de la Fame Academy française. Serait-ce le début d’une mort annoncée ? La question reste posée. .
Ce qui dérange à la Star Academy, ce n’est pas tant de vouloir faire des anonymes des stars de la chanson et du spectacle, mais c’est cette façon de bosser, en milieu dénaturé, qui commence à énerver plus d’un. Cette façon de fouiller dans l’intimité des candidats et cette obsession de l’audimat et de l’argent facile, sont en train de mettre le feu aux poudres.
Pour gagner, il faut être populaire, pas artiste. Sofia en a fait les frais l’année dernière. Dès qu’il y a image, il y a montage. Et dès qu’il y a montage, il y a dramatisation. C’est la raison pour laquelle le mot «télé-réalité» sonne creux. Rien n’est authentique à partir du moment où c’est filmé. Ce qui jaillit, n’est pas la vérité. Le besoin de spectacle est si virulent, qu’il impose une scénarisation de tout, au détriment du naturel.
Les jeunes qui viennent à la Star Academy, y viennent pour être connus. Pour y arriver, ils sont prêts à tout. La saison II a posé les jalons, la saison III en a abusé. Cette émission de voyeurisme tous azimuts, ce jeu d’élimination des plus mesquins, est la preuve incontestable et incontestée de l’éphémère.
Les staracadémiciens en sont les premières victimes. Ils sombrent aussi vite dans l’oubli qu’ils sont parvenus, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, à devenir célèbres.
Du côté des producteurs, la règle est automatique. Les téléspectateurs ne sont plus dupes. La Star Academy s’engage dans un marathon minimum de 235 heures d’antenne sur TF1, soit l’équivalent de quatre mois d’antenne de la grille de programmes annuels de la première chaîne nationale privée en France. A ce matraquage de choc, il faut ajouter un simple calcul. Plus d’audience, plus de publicité et plus d’argent dans les tiroirs caisses de TF1 et d’Endemol.
Les artistes qui viennent visiter les apprentis stars, sont contraits, en raison des lois du marché et de leur connexion avec Universal, la maison de disques partenaire de la Star Academy, à jouer le jeu, quitte, après leur passage, à descendre en flèche le concept de l’émission. A ce jeu du quitte ou double, téléspectateurs, artistes et académiciens, sont las.
La Star Academy et son trop plein de reprises, commence à agacer. Au bout de trois ans, le ras-le-bol est palpable. Stop au formatage des artistes, avant que ne s’effrite le vrai talent.
Martine LUCHMUN