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Livenet > Forum > Livres et Bds
lundi 28 avril 2008 à 18:13
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"Ô nuit, je n'ai rapporté de ta félicité que l'apparence parfumée d'ellipses d'oiseaux insaisissables! Rien n'imposait le mouvement que ta main de pollen qui fondait sur mon front aux moulinets d'une lampe d'anémone. Aux approches du désir les meules bleu de ciel s'étaient l'une après l'autre soulevées, car mort là-bas était le Faneur, vieillard masqué, acteur félon, chimiste du maudit voyage."


Extrait du poème "Fenaison", de René Char.

mercredi 30 avril 2008 à 09:08
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Le pain lève
La France
Paris
Toute une génération
Je m'adresse aux poètes qui étaient présents
Amis
Apollinaire n'est pas mort
Vous avez suivi un corbillard vide
Apollinaire est un mage
C'est lui qui souriait dans la soie des drapeaux aux fenêtres
Il s'amusait à vous jeter des fleurs et des couronnes
Tandis que vous passiez derrière son corbillard
Puis il a acheté une petite cocarde tricolore
Je l'ai vu le soir même manifester sur les boulevards
Il était à cheval sur le moteur d'un camion américain et brandissait un énorme drapeau international déployé comme un avion
VIVE LA FRANCE

Les temps passent
Les années s'écoulent comme des nuages
Les soldats sont rentrés chez eux
A la maison
Dans leur pays
Et voilà que se lève une nouvelle génération
Le rêve de MAMELLES se réalise !
Des petits Français, moitié anglais, moitié nègre, moitié russe, un peu belge, italien, annamite, tchèque
L'un à l'accent canadien, l'autre les yeux hindous
Dents face os jointures galbe démarche sourire
Ils ont tous quelque chose d'étranger et sont pourtant bien de chez nous
Au milieu d'eux, Apollinaire, comme cette statue du Nil,
le père des eaux, étendu avec des gosses qui lui coulent de partout
Entre les pieds, sous les aisselles, dans la barbe
Ils ressemblent à leur père et se départent de lui
Et ils parlent tous la langue d'Apollinaire

BLAISE CENDRARS

"Hommage à Guillaume Apollinaire" Paris, novembre 1918
mercredi 30 avril 2008 à 10:18
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Au soir venu, la multitude des étoiles semblait avoir apaisé le fleuve. La cité jouissait d'un calme passager pour se révéler toute entière, de ses hauteurs jusqu'au port. Elle ne s'était jamais dévoilée à moi de la sorte. Aucune brise ne soufflait, même infime, pas la moindre brume ne s'interposait à mon regard; au froid seul, je consentais à me plier. Toute crainte dissipée à la faveur de cet étrange armistice, de cette clarté provisoire, des piétons traversaient sans hâte les ponts vers leurs confortables habitations. Le trafic automobile était discipliné et clairsemé. Sur les berges éclairées, mes pas silencieux ne croisèrent plus personne, ni quémandeur ou querelleur, nul chien vagabond, rien, pas même toi. Dans quelle ombre étais-tu tapi ? Je rentrais chez moi en conquérant, mû par la force nouvelle que tu m'avais insufflée, certain de mon éternité enfin avérée.

La lune était ronde. J'étais éternel.

HUBERT MICHEL

" J'ignore ce que me réserve encore mon passé "
lundi 05 mai 2008 à 11:59
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je suis assez fier de mon topic :!
mardi 06 mai 2008 à 13:31
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Donnie Darko
lundi 05 mai 2008 à 11:59
je suis assez fier de mon topic :!





Merci pour cette initiative !
dimanche 11 mai 2008 à 21:51
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Le but de ses combats, le but de ses prières,
De ses pieux travaux, de ses veilles guerrières,
De son sang répandu, de tant de pleurs versés,
De tous ces maux, c'est moi. Je règne, c'est assez.
Il doit se croire heureux, puisqu'après tant de peines,
Il a changé de roi, renouvelé ses chaînes.
Rien qu'à ce seul penser, mon front chauve rougit.
Ecoute-moi Cromwell ! C'est de toi qu'il s'agit.
Donc tous les grands moteurs de nos guerres civiles,
Vane, Pym, qui d'un mot faisait marcher des villes,
Ton gendre Ireton, oui, ce martyr de nos droits,
Que ton orgueil exile au supulcre des rois
Sydnay, Hollis, Martyn, Badshaw, ce juge austère
Qui lut l'arrêt de mort à Charles d'Angleterre,
Et ce Hampden, si jeune au tombeau descendu,
Travaillaient pour Cromwell, dans leur foule perdue!
C'est toi qui des deux camps, règles les funérailles,
Et dépouilles les morts sur le champ de batailles!
Ainsi, depuis quinze ans pour toi seul révolté,
Le peuple à ton profit joue à la liberté!
Dans ses grands intérêts tu n'as vu qu'une affaire,
Et dans la mort du roi, qu'un héritage à faire!
Ce n'est pas que je veuille ici te rabaisser,
Non. Nul autre que toi n'aurait pu t'éclipser.
Puissant par la pensée et puissant par le glaive,
Tu fus si grand qu'en toi j'ai cru trouver mon rêve,
Mon héros! Je t'aimais entre tout Israël,
Et nul ne te plaçait plus avant dans le ciel!


Cromwell - Théâtre de Victor Hugo.



mercredi 14 mai 2008 à 11:20
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cedaz
jeudi 06 mars 2008 à 00:25
Vraiment chouette comme sujet.

Vous savez, Lââm, je finirai par prendre avec elle un petit café en direct de la place des fêtes! Nous serons quatre, ma cousine, moi, notre enfant et la chanteuse. Alors, nous lui demanderons de nous chanter sa chanson pour ceux qui sont loin de chez eux.Et quand elle se mettra à chanter, en l'écoutant, parce que je resisterai aux larmes, je verserai mon sperme dans son chapeau avant de l'embrasser.

Sami Tchak Place des fêtes




Excellent, j'ai envie de lire ce livre!
dimanche 18 mai 2008 à 11:34
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En sortant de Porto-Vecchio et se dirigeant au nord-ouest, vers l'intérieur de l'île, on voit le terrain s'élever assez rapidement, et après trois heures de marche par des sentiers tortueux, obstinés par de gros quartiers de rocs, et quelquefois coupés par des ravins, on se trouve sur le bord d'un maquis très étendu. Le maquis est la patrie des bergers corses et de quiconque s'est brouillé avec la justice. Il faut savoir que le laboureur corse, pour s'épargner la peine de fumer son champ, met le feu à une certaine étendue de bois : tant pis si la flamme se répand plus loin que besoin n'est ; arrive que pourra ; on est sûr d'avoir une bonne récolte en semant sur cette terre fertilisée par les cendres des arbres qu'elle portait.

Les épis enlevés, car on laisse la paille, qui donnerait de la peine à recueillir les racines qui sont, restées en terre sans se consumer poussent au printemps suivant, des cépées très épaisses qui, en peu d'années, parviennent à une hauteur de sept ou huit pieds. C'est cette manière de taillis fourré que l'on nomme maquis. Différentes espèces d'arbres et d'arbrisseaux le composent, mêlés et confondus comme il plaît à Dieu. Ce n'est que la hache à la main que l'homme s'y ouvrirait un passage, et l'on voit des maquis si épais et si touffus, que les mouflons eux-mêmes ne peuvent y pénétrer. Si vous avez tué un homme, allez dans le maquis de Porto-Vecchio, et vous y vivrez en sûreté, avec un bon fusil, de la poudre et des balles, n'oubliez pas un manteau bien garni d'un capuchon, qui sert de couverture et de matelas. Les bergers vous donnent du lait, du fromage et des châtaignes, et vous n'aurez rien à craindre de la justice ou des parents du mort, si ce n'est quand il vous faudra descendre à la ville pour y renouveler vos munitions.
Mateo Falcone, Mérimée

lundi 02 juin 2008 à 11:52
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...Qu'est-ce que le passé ? Qu'importe l'avenir ? Quand le présent est aussi merveilleusement royal que celui que tu m'as donné. O Lou, Lou câline et tendre, je t'adore car tu es ce que l'univers a de plus parfait , tu es ce que j'aime le mieux, tu es la poésie, chacun de tes gestes est pour moi toute la plastique, les couleurs de ta carnation sont toute la peinture, ta voix est toute la musique, ton esprit, ton amour toute la poésie, tes formes, ta force gracieuse sont toute l'architecture .

Tu es pour moi le résumé du monde. Il disparaîtrait, qu'en toi je retrouverais toute la nature si belle en tout temps et partout. O Lou bien aimée, sois bénie pour m'avoir donné un amour inouï, plus fort que tous les amours qu'aient jamais éprouvés les hommes. Sois bénie pour t'être donnée complètement, sans restrictions, sois bénie d'être belle comme tu l'es, sois bénie dans tes yeux, dans ta bouche...

"Lettres à Lou" - Guillaume Apollinaire.
mercredi 04 juin 2008 à 14:20
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Misslilou2
dimanche 11 mai 2008 à 21:51
O Lou, Lou câline et tendre, je t'adore car tu es ce que l'univers a de plus parfait , tu es ce que j'aime le mieux, tu es la poésie, chacun de tes gestes est pour moi toute la plastique, les couleurs de ta carnation sont toute la peinture, ta voix est toute la musique, ton esprit, ton amour toute la poésie, tes formes, ta force gracieuse sont toute l'architecture .

"Lettres à Lou" - Guillaume Apollinaire.





pas gentil pour tous les soupirants à venir de toutes les Lou de l'univers .....Apollinaire les a tous piégés ..reste plus rien à leur écrire sous peine de grand ridicule mrgreen.gif
mercredi 04 juin 2008 à 16:06
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Les mouvements d’un cœur comme celui de la comtesse d’Orgel sont-ils surannés ? Un tel mélange du devoir et de la mollesse semblera peut-être, de nos jours, incroyable, même chez une personne de race et une créole. Ne serait-ce pas plutôt que l’attention se détourne de la pureté, sous prétexte qu’elle offre moins de saveur que le désordre ?

Mais les manœuvres inconscientes d’une âme pure sont encore plus singulières que les combinaisons du vice. C’est ce que nous répondrons aux femmes, qui, les unes, trouveront Mme d’Orgel trop honnête, et les autres trop facile.

La comtesse d’Orgel appartenait par sa naissance à l’illustre maison des Grimoard de la Verberie. Cette maison brilla pendant de nombreux siècles d’un lustre incomparable. Ce n’est pourtant pas que les ancêtres de Mme d’Orgel se fussent donné le moindre mal. Toutes les circonstances glorieuses auxquelles les autres familles doivent leur noblesse, cette maison tire son orgueil d’y être restée étrangère. Une pareille attitude ne va point à la longue sans danger. Les Grimoard étaient au premier rang de ceux qui inspirèrent à Louis XIII la résolution d’affaiblir la noblesse féodale. Leur chef supporta mal cette injure, et c’est avec bruit qu’il quitta la France. Les Grimoard s’installèrent à la Martinique.

Le marquis de la Verberie retrouve sur les indigènes de l’île la puissance de ses aïeux sur les paysans de l’Orléanais. Il dirige des plantations de cannes à sucre. En satisfaisant son besoin d’autorité, il accroît sa fortune.

Nous commençons alors à assister à un singulier changement de caractère dans cette famille. Sous un soleil délicieux, il semble que fonde peu à peu l’orgueil qui la paralysait. Les Grimoard, comme un arbre sans élagueur, étendent des branches qui recouvrent presque toute l’île. En débarquant, on va leur rendre ses devoirs. Qu’un nouveau venu se découvre une parenté avec eux, sa fortune est faite. Aussi, le premier soin de Gaspard Tascher de la Pagerie arrivant dans l’île, sera-t-il d’établir son cousinage, tout lointain qu’il soit. Le mariage d’un Grimoard avec une demoiselle Tascher noue ces liens un peu lâches. Cependant les années passent. Malgré les Grimoard, les Tascher de la Pagerie ne jouissent pas d’une grande considération. La défaveur, le scandale même atteignent à leur comble, lorsque la jeune Marie-Joseph Tascher s’embarque pour la France et que l’on publie les bans de son mariage avec un Beauharnais, dont le père possède des plantations à Saint-Domingue.

Les Grimoard furent les seuls à ne point tenir rigueur à Joséphine après le divorce. C’est elle qui leur annonce la Révolution. Ils accueillent cette nouvelle avec plaisir. Les Grimoard n’avaient jamais pensé que la famille qui les avait dépouillés de leurs droits pût encore tenir longtemps sur le trône. Peut-être crurent-ils d’abord la Révolution menée par les seigneurs, et pour eux. Mais quand ils sauront la tournure des choses de France, ils blâmeront ceux à qui on coupe la tête de n’avoir pas suivi leur exemple, de n’être pas partis au bon moment, c’est-à-dire sous Louis XIII.

De leur île, comme des voisins malveillants derrière leur judas, ils observent le vieux continent. Cette Révolution les égaye. Quoi de plus drôle, par exemple, que ce mariage de la petite cousine avec un général Bonaparte ! Mais où la plaisanterie leur semblera excessive, ce sera lors de la proclamation de l’Empire. Ils y voient l’apothéose de la Révolution. Le bouquet de ce feu d’artifice retombe en une pluie de croix, de titres, de fortunes. Cette immense mascarade, où l’on change de nom comme on met un faux-nez, les blesse. On assiste dans la Martinique à un branle-bas curieux. L’île charmante se dépeuple en un clin d’œil. Joséphine, qui se constitue une famille, essaye d’attacher à la Cour ses parents les plus vagues, quelquefois les plus humbles, mais dont les noms ne datent pas d’hier. C’est aux Grimoard qu’elle a pensé d’abord. Les Grimoard ne répondent pas. Ce ne sera qu’une fois Joséphine répudiée que l’on renouera avec elle. Le marquis lui écrira même une lettre fort morale, lui disant qu’il n’avait jamais pu prendre la chose au sérieux. Il lui offre son toit. Sa haine pour l’Empire éclate. Jusque-là, il se retenait, à cause de leur parenté.

Il pourra surprendre qu’en suivant cette famille le long des siècles, nous ayons feint de ne voir qu’un personnage, toujours le même. C’est que nous nous soucions peu, ici, des Grimoard, mais de celle en qui ils vivent. Il faut comprendre que Mlle Grimoard de la Verberie, née pour le hamac sous des cieux indulgents, se trouve dépourvue des armes qui manquent le moins aux femmes de Paris et d’ailleurs, quelle que soit leur origine.

Mahaut, à sa naissance, avait été reçue sans grand enthousiasme. La marquise Grimoard de la Verberie n’avait jamais vu de nouveau-né. Quand on présenta Mahaut à sa mère, cette femme qui avait subi avec courage les douleurs de l’enfantement s’évanouit, croyant avoir fait un monstre. Quelque chose lui resta de ce premier choc, et Mahaut, petite, fut entourée de suspicion. Comme elle ne parla qu’assez tard, sa mère la croyait muette.

Mme Grimoard attendait un autre enfant avec impatience, espérant un garçon. Elle le parait d’avance de toutes les vertus refusées à sa fille. Elle était grosse lorsqu’un affreux cataclysme détruisit Saint-Pierre. La marquise fut sauvée par miracle, mais on craignit un moment pour sa raison, et pour l’enfant qu’elle allait mettre au monde. Cette île ne lui inspira désormais que l’horreur ; elle refusa d’y rester. Les médecins représentèrent à son mari combien il serait criminel de la contrarier. C’est ainsi que les Grimoard que rien n’avait pu convaincre, même la promesse d’un royaume, débarquèrent en France au mois de juillet 1902. Par hasard le domaine de la Verberie était à vendre. Ce fut avec la conviction de venger ses ancêtres que le marquis réintégra leur domaine. Il se croyait son propre ancêtre et rappelé par Louis XIII suppliant ; il passa toute sa vie en procès avec des paysans dont il pensait être encore le seigneur.



Raymond Radiguet
Le bal du comte d Orgel
jeudi 05 juin 2008 à 17:13
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_ Tu vas devenir le garçon de quinze ans le plus courageux au monde, murmure le garçon nommé Corbeau tandis que j'essaie de m'endormir.
C'est comme s'il tatouait ces mots sur mon coeur, avec une encre d'un bleu profond.

C'est un fait, tu vas réellement devoir traverser cette violente tempête. Cette tempête métaphysique et symbolique. Mais, si symbolique, si métaphysique qu'elle soit, ne te méprends pas : elle tranchera dans ta chair comme mille lames de rasoir affutées. Des gens saigneront, et toi aussi tu saigneras. Un sang chaud et rouge coulera. Tu recueilleras ce sang dans tes mains : ce sera ton sang, et le sang des autres.

Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr en fait, qu'elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d'une chose : une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même.

Le jour de mes quinze ans, je ferai une fugue, je voyagerai jusqu'à une ville inconnue et lointaine, et trouverai refuge dans une petite bibliothèque.

Cette formulation fait un peu penser à un conte de fées. Mais croyez-moi, ça n'a rien d'un conte de fées. Dans tous les sens du terme.

"Kafka sur le rivage"

HARUKI MURAKAMI.

dimanche 22 juin 2008 à 11:38
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Un jour, il a une illumination. Tous, tous les voyageurs qui ont défilé chez lui, les menteurs, les bavards, les vantards, les hâbleurs, et même les plus taciturnes, tous ont employé un mot immense qui donne toute sa grandeur à leurs récits. Ceux qui en disent trop comme ceux qui n'en disent pas assez, les fanfarons, les peureux, les chasseurs, les outlaws (1) , les trafiquants, les colons, les trappeurs, tous, tous, tous parlent de l'Ouest, ne parlent en somme que de l'Ouest.

L'Ouest.

Mot mystérieux.

Voici la notion qu'il en a.

De la vallée du Mississipi jusqu'au-delà des montagnes géantes, bien loin, bien loin, bien avant dans l'ouest, s'étendent des territoires immenses, des terres fertiles à l'infini. La prairie. La patrie des innombrables tribus peaux rouges et des grands troupeaux de bisons qui vont et viennent comme le flux de la mer.

Mais après, mais derrière ?

Il y a des récits d'Indiens qui parlent d'un pays enchanté, de villes d'or, de femmes qui n'ont qu'un sein. Même les trappeurs qui descendent du nord avec leur chargement de fourrures ont entendu parler sous leur haute latitude de ces pays merveilleux de l'Ouest, où, disent-ils, les fruits sont d'or et d'argent.

L'Ouest ? Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi y a-t-il tant d'hommes qui s'y rendent et qui n'en reviennent jamais ? Ils sont tués par les Peaux Rouges ; mais celui qui passe outre ? Il meurt de soif ; mais celui qui franchit le col ? Où est-il ? Qu'a-t-il vu ? Pourquoi y a-t-il tant parmi ceux qui passent chez moi qui piquent directement au nord et qui, à peine dans la solitude, obliquent brusquement à l'ouest ?

(1) outlaws : hors la loi

Blaide Cendrars, L'Or

lundi 23 juin 2008 à 10:31
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Buenos Aires

Je te cherchais hier, ma ville, en ces confins
Qui vont entremêlant le couchant et la plaine,
Dans la grille du parc où persiste ancienne
Une fraîcheur de limoniers et de jasmins.
Et puis tu fus Palerme et ses mythes, ma ville ;
Je te sentais au laconisme des couteaux,
Dans les mémoires de cartes ou de tangos,
Dans la main en faux or du heurtoir inutile,
Baguée. Et puis je t'ai cherchée en une cour
De ton Sud, ou vers ce poteau dont l'ombre extrême
Va s'indéterminant à la fuite du jour,
Lentement. Aujourd'hui tu n'es plus rien sinon mon vague sort,
Tu n'es plus que ces choses-là qu'éteint la mort.

Jorge Luis Borges Poème extrait de l'autre, le même II


mardi 24 juin 2008 à 12:11
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[énième relecture, mais bon]


— Qu’est-ce que je te disais ?

En effet, la porte s’ouvre et madame Lepic, tenant à la main un panier pour Poil de Carotte, descend une marche. Mais elle s’arrête, défiante.

— Tiens, te voilà encore, Rémy ! Je te croyais parti. J’avertirai ton papa que tu musardes et il te grondera.

Rémy : Madame, c’est Poil de Carotte qui m’a dit d’attendre.

Madame Lepic : — Ah ! vraiment, Poil de Carotte ?

Poil de Carotte n’approuve pas et ne nie pas. Il ne sait plus. Il connaît madame Lepic sur le bout du doigt. Il l’avait devinée une fois encore. Mais puisque cet imbécile de Rémy brouille les choses, gâte tout, Poil de Carotte se désintéresse du dénouement. Il écrase de l’herbe sous son pied et regarde ailleurs.

— Il me semble pourtant, dit madame Lepic, que je n’ai pas l’habitude de me rétracter.

Elle n’ajoute rien.

Elle remonte l’escalier. Elle rentre avec le panier que devait emporter Poil de Carotte pour pêcher des têtards et qu’elle avait vidé de ses noix fraîches, exprès.

Rémy est déjà loin.

Madame Lepic ne badine guère et les enfants des autres s’approchent d’elle prudemment et la redoutent presque autant que le maître d’école.

Rémy sauve là-bas vers la rivière. Il galope si vite que son pied gauche, toujours en retard, raie la poussière de la route, danse et sonne comme une casserole.

Sa journée perdue. Poil de Carotte n’essaie plus de se divertir. Il a manqué une bonne partie. Les regrets sont en chemin. Il les attend.

Solitaire, sans défense, il laisse venir l’ennui et la punition s’appliquer d’elle-même.


dimanche 29 juin 2008 à 09:13
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La première démarche de l'esprit est de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. Pourtant dès que la pensée réfléchit sur elle-même, ce qu'elle découvre d'abord, c'est une contradiction. Inutile de s'efforcer ici d'être convaincant. Depuis des siècles personne n'a donné de l'affaire une démonstration plus claire et plus élégante que ne le fit Aristote : " La conséquence souvent ridiculisée de ces opinions est qu'elles se détruisent elles-mêmes. Car en affirmant que tout est vrai, nous affirmons la vérité de l'affirmation opposée et par conséquent la fausseté de notre propre thèse ( car l'affirmation opposée n'admet pas qu'elle puisse être vraie ).
Et si l'on dit que tout est faux, cette affirmation se trouve fausse, elle aussi. Si l'on déclare que seule est fausse l'affirmation opposée à la nôtre ou bien que seule la nôtre n'est pas fausse, on se voit néanmoins obligé d'admettre un nombre infini de jugements vrais ou faux. Car celui qui émet une affirmation vraie prononce en même temps qu'elle est vraie, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. "

Ce cercle vicieux n'est que le premier d'une série où l'esprit qui se penche sur lui-même se perd dans un tournoiement vertigineux. La simplicité même de ces paradoxes fait qu'ils sont irréductibles. Quelque soient les jeux de mots et les acrobaties de la logique, comprendre c'est avant tout unifier. Le désir profond de l'esprit même dans ses démarches les plus évoluées rejoint le sentiment inconscient de l'homme devant son univers : il est exigence de familiarité, appétit de clarté. Comprendre le monde pour un homme, c'est le réduire à l'humain, le marquer de son sceau. L'univers du chat n'est pas l'univers du fourmilier.
Le truisme " Toute pensée est antropomorphique " n'a pas d'autre sens. De même l'esprit qui cherche à comprendre la réalité ne peut s'estimer satisfait que s'il la réduit en termes de pensée. Si l'homme reconnaissait que l'univers lui aussi peut aimer et souffrir, il serait réconcilié.


ALBERT CAMUS

" Le mythe de Sisyphe "
vendredi 11 juillet 2008 à 03:41
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La jeune fille s'abandonna au bonheur de respirer ; et le repos de la campagne la calma comme un bain frais.
Toutes les bêtes qui s'éveillent quand vient le soir et cachent leur existence obscure dans la tranquillité des nuits, emplissaient les demi-ténèbres d'une agitation silencieuse. De grands oiseaux qui ne criaient point fuyaient dans l'air comme des taches, comme des ombres ; des bourdonnements d'insectes invisibles effleuraient l'oreille ; des courses muettes traversaient l'herbe pleine de rosée ou le sable des chemins déserts.
Seuls quelques crapauds mélancoliques poussaient vers la lune leur note courte et monotone.
Il semblait à Jeanne que son coeur s'élargissait, plein de murmures comme cette soirée claire, fourmillant soudain de mille désirs rôdeurs, pareils à ces bêtes nocturnes dont le frémissement l'entourait. Une affinité l'unissait à cette poésie vivante ; et dans la molle blancheur de la nuit, elle sentait courir des frissons surhumains, palpiter des espoirs insaisissables, quelque chose comme un souffle de bonheur.
Et elle se mit à rêver d'amour.
L'amour ! Il l'emplissait depuis deux années de l'anxiété croissante de son approche. Maintenant elle était libre d'aimer ; elle n'avait plus qu'à le rencontrer, lui !
Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste et ne se le demandait même pas. Il serait lui, voilà tout.
Elle savait seulement qu'elle l'adorerait de toute son âme et qu'il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénétreraient aisément, par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées.
Et cela continuerait indéfiniment, dans la sérénité d'une affection indescriptible.



Une Vie , Maupassant
samedi 12 juillet 2008 à 13:19
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J’ai bien aimé, ce que je vais poster à continuation je l'ai lu dans un blog, l'auteur est une femme qui relate avec autodérision et humour, j'ai voulu partager avec vous deux écrits de cet esprit bien vivant, le premier est posté dans son blog en dimanche 27 avril 2008 intitulé Hiiiiiiiiii!, le second en du date vendredi 27 juin 2008 titré je suis veille , les textes sont posté en intégralité




<H3 class=post-title><H3 class=post-title><A href="http://fyfesblog.blogspot.com/2008/04/hiiiiiiiiiiiiiii.html">Hiiiiiiiiiiiiiii !

(Ben quoi, c'est tout à fait mesuré comme titre je trouve)

Je disais donc :

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

C'est confirmé, je pars en voyage de noces (sans l'option noces).

Au programme: activités culturelles et seskuelles (ben on a dit voyage de noce, hein).

Et là, je vous demande toute votre compassion, parce que j'ai un VRAI problème (comment ça "va mourir, s..., moi je taffe pendant que tu fais la conne sous les cocotiers" ?).

D'habitude, je voyage "sac-à-dos", et quand tu dois porter ta maison sur ton dos, ben tu évites d'emmener le botin, tu choisis plutôt un truc du type : la bible en araméen, de quoi t'occuper pendant les 3 semaines de séjours. En passant beaucoup de temps dans l'avion. Le train. Et le bus. Et en faisant des insomnies.

Là, je découvre la joie de la valise qui roule et de son remplissage maximal.

Du coup, je me tâte : je prends tout ou je choisis ? Et si je choisis, je choisis quoi ?


</H3>
Encore un ptit coup pour la route :
Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
smile.gif

(ah oui au fait, pour ceux que ça interroge, je vais chez Maurice. Pas mon oncle Maurice, non. L'autre Maurice)
--------------------------------------------------------------------

Je suis vieille </H3>Si, si.
(comment ça, personne n'avait dit "non" ?)

L'année dernière encore, je discutais avec les stagiaires, on rigolait ensemble, et elles me disaient : "quoââââaâ ? naaaaaan c'est pas vrai, j'te crois pas, t'as pas 30 ans ! Mais t'as l'air d'avoir 25 ans, c'est dingue !"
(elles étaient mignonnes, hein ?)

Cette année, les stagiaires elles rigolent entre elles, moi ça me fait pas rire, je les trouve un peu débiles, et quand elles s'adressent à moi, c'est limite si elles me disent pas madame.
(les garces).

Voilà, un an c'est écoulé, mais c'est toute la vieillesse du monde qui est tombée sur mes épaules et mes ridules.
Et dire que Jeanne Calment n'est même plus là pour faire la papote avec moi, si c'est pas malheureux.

Mais positivons.
Franchement il y a 10 ans, qu'est ce que j'avais de plus, mmmh ?
Bon, j'étais jeune, sans ridule, sans cerne, et je pesais 15kg de moins. Certes.
Bouhouhouhouhou
(Et je n'avais même pas mal à la tête après avoir passée une nuit blanche arrosée, rendez vous compte)
BOUHOUHOUHOU

Je disais quoi ?
Ah oui, positiver.

Bon.

Je crois qu'à l'instar de Musclor qui fait appel au pouvoir du crâne ancestral, il est temps pour moi de faire appel au pouvoir de toute ma mauvaise foi pour prouver comment c'est positif d'être vieille.
(là je suis devant la grotte et je tends un bras armé de mon glaive vers le ciel en criant fort que je détiens la mauvaise foi toute puissante, mais ça se voit pas c'est derrière votre écran. Faites un effort d'imagination)
(putain et ouais, j'ai des références de vieille, pas la peine de me parler de dragon ball, hein)


Ayé, mauvaise foi is in me.

Il y a 10 ans
Je me trouvais énorme, moche et conne.

Maintenant
Je préfère dire que je suis un peu trop voluptueuse, que parfois j'ai mauvaise mine, et que mon cerveau n'est pas toujours au top de ses possibilités.
Et je donnerais bien quelques claques à mon moi d'il y a 10 ans qui était un putain de canon capable en prime d'imprimer deux - trois trucs dans ses cases mémoires (mais j'peux pas, bonjour les failles spatio - temporelles sinon) (ben quoi, "retour vers le futur" aussi, c'est trop vieux, comme référence ?).


Il y a 10 ans
Je pensais que le top de la cool attitude consistait à imiter les gens cools autour de moi.
Sauf que je trouvais tout le monde cool.
Je pense que je faisais un peu peur, dans le genre schizo - personnalité multiple.

Maintenant
Ce que je trouve cool, c'est ce qui me repose.
Et faire semblant me fatigue, alors on peut dire que je laisse mieux s'exprimer le vrai moi qui est à l'intérieur de mon corps.
Même si je devrais arrêter d'utiliser le mot "cool", c'est quand même super ringard, non ?


Il y a 10 ans
J'étais prête à me lancer dans d'infinies joutes verbales pour convaincre le monde entier d'adopter mes opinions politiques.

Maintenant
Je me contente d'essayer d'oublier que $arko existe et j'économise de la salive.
Ok, j'essaye, j'ai dit.
Ok, c'est un échec total, c'est vrai, je suis encore prête à me lancer dans un débat politique avec le monde entier.
Et bien pour ça, au moins, je suis encore très jeune dans ma tête.


Il y a 10 ans
J'avais la vie devant moi.
Je serais peut être une solitaire passant sa vie à faire le tour du monde, une éternelle célibataire avec moult amants tous plus passionés les uns que les autres, ou à la tête d'une famille nombreuse.
La vérité, c'est que ça me filait des angoisses pas possible de ne pas savoir ce que je voulais.

Maintenant
Ma vie ne ressemble à rien de ce qui me faisait fantasmer.
J'ai parfois l'impression qu'il est trop tard pour continuer à rêver des toutes mes futures aventures. Mais seulement parfois.
Et puis j'aime bien celle que j'ai, de vie, alors je ne l'échangerais pas pour deux barils d'une autre, merci.
Ou alors plus tard.
On verra dans 10 ans. Finalement, j'ai encore plein de vies devant moi.



Voilà.
Maintenant, comme je suis vraiment trop la reine de la mauvaise foi, je me suis auto-convaincue que c'était vraiment chouette d'être vieille.
Merci à moi.


vendredi 25 juillet 2008 à 02:23
Citer +Citer


Je tiens le greffe, je tiens la plume, aux audiences de je ne sais quelle cause. Pourquoi vouloir que ce soit la mienne, je n'y tiens pas. Voilà que ça reprend, voilà la première question de ce soir. Être juge et partie, témoin et avocat, et celui, attentif, indifférent, qui tient le greffe. C'est une image dans ma tête qui est sans force, où tout dort, tout est mort, reste à naître, je ne sais pas, ou devant mes yeux, ils voient la scène, un instant, elle force les paupières, le temps d'un clin. Puis vite ils se referment, pour regarder dans la tête, pour essayer d'y voir, pour m'y chercher, pour y chercher quelqu'un, dans le silence d'une tout autre justice, dans les toiles de cette instance obscure où être est être coupable. C'est pourquoi rien ne paraît, tout se tait, on a peur de naître, non, on le voudrait bien, pour se mettre à mourir. On, c'est à dire moi, ce n'est pas pareil, là où je me tue à vouloir voir il ne doit pas y avoir de vouloir. Je pourrais me lever, faire un tour, j'en meurs d'envie, mais je ne le ferai pas. Je sais où j'irais, j'irais dans la forêt, j'essayerais de gagner la forêt, à moins que je n'y sois, je ne sais pas où je suis. En tout cas je reste.



"Textes pour rien"


SAMUEL BECKETT.
vendredi 25 juillet 2008 à 19:00
Citer +Citer
Quand je vivrais cent ans, je ne me rappellerais jamais sans plaisir le souvenir de cette charmante femme. Je dis charmante quoi qu'elle ne fût ni belle, ni jeune ; mais n'étant non plus ni laide, ni vieille, elle n'avait rien dans sa figure qui empêchât son esprit et se grâces de faire tout leur effet. Tout au contraire des autres femmes, ce qu'elle avait de moins frais était le visage, et je crois que le rouge le lui avait gâté. Elle avait ses raisons pour être facile, c'était le moyen de valoir tout son prix. On pouvait la voir sans l'aimer, mais non pas la posséder sans l'adorer. Et cela prouve, ce que me semble, qu'elle n'était pas toujours si prodigue de ses bontés qu'elle le fût avec moi. Elle était prise d'un goût trop prompt et trop vif pour être excusable, mais où le cœur entrait du moins autant que les sens ; et durant le temps court et délicieux que je passais auprès d'elle j'eus lieu de croire, aux ménagements forcés qu'elle m'imposait, que, quoique sensuelle et voluptueuse, elle aimait encore mieux ma santé que ses plaisirs.

Jean-Jacques Rousseau - Les confessions (livre sixième)



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