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Livenet > Forum > Livres et Bds
Wednesday 19 March 2008 à 10:30
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Misslilou2
Wednesday 05 March 2008 à 03:11
Si de l'oeil, nous pouvions pénétrer et voir l'intérieur de la terre, de pôle à pôle, ou de nos pieds jusqu'aux antipodes, nous apercevrions avec horreur une masse épouvantablement percée de fissures et creusée de cavernes.

Le Pendule de Foucault. (Umberto Eco)



pas mal l'extrait missi'.. original.gif

Il suffit qu'un acte
ou une façon d'être
trouve sa source
dans l' Amour,
pour qu'il soit
immédiatement
habillé de Lumière !


( par l' Esprit du Soleil )



Ce message a été modifié par adelou2 - Wednesday 19 March 2008 à 10:30.
Wednesday 19 March 2008 à 15:49
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Alors dit un homme riche, parle nous du Don

Et il répondit :
vous donnez bien peu lorsque vous donnez de vos biens.
C'est lorsque vous donnez de vous meme que vous donnez vraiment.
Car que sont bos viens sinon des choses que vous gardez et surveillez de crainte de vous trouver demain dans la misère ?
Et demain, qu'apportera demain au chien tellement prudent qu'il enterre sans reperes des os dans le sable, tandis qu'il suit les pelerins vers la ville sainte ?
Et qu'est ce que la crainte de la misère sinon la misère elle meme ?
La peur del a soirf quand votre puit est plein, n'est ce pas une soif inextinguible?
Il y a ceux qui ont beaucoup et qui donnent peu - et comme ils en attendent de la reconnaissance, ce désir caché dégrade leurs dons.
Et il y a ceux qui ont peu et qui donnent tout
ceux ci ont foi dans la vie et dans la générosité de la vie, et leur coffre n'est jamais vide.
Il y a ceux qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense

Khalil Gibran " le prophète" extrait : donner

c'est pas mon dernier livre, mais j'apprécie toujours de relire des passages ...
Wednesday 19 March 2008 à 15:58
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MANI09
Wednesday 19 March 2008 à 15:49
Alors dit un homme riche, parle nous du Don
Et il répondit :
vous donnez bien peu lorsque vous donnez de vos biens.
C'est lorsque vous donnez de vous meme que vous donnez vraiment.
Car que sont bos viens sinon des choses que vous gardez et surveillez de crainte de vous trouver demain dans la misère ?
Et demain, qu'apportera demain au chien tellement prudent qu'il enterre sans reperes des os dans le sable, tandis qu'il suit les pelerins vers la ville sainte ?
Et qu'est ce que la crainte de la misère sinon la misère elle meme ?
La peur del a soirf quand votre puit est plein, n'est ce pas une soif inextinguible?
Il y a ceux qui ont beaucoup et qui donnent peu - et comme ils en attendent de la reconnaissance, ce désir caché dégrade leurs dons.
Et il y a ceux qui ont peu et qui donnent tout
ceux ci ont foi dans la vie et dans la générosité de la vie, et leur coffre n'est jamais vide.
Il y a ceux qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense
Khalil Gibran " le prophète" extrait : donner
c'est pas mon dernier livre, mais j'apprécie toujours de relire des passages ...



wub.gif
suprbe extrait mani.....j' adhère à 100%
Thursday 20 March 2008 à 23:37
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J'irai parmi les oliviers,
les chênes verts et les figuiers,
chercher quelques remèdes à mes inquiétudes :
Je chercherai la solitude,
Et ne pouvant être avec vous,
Les lieux les plus affreux me seront les plus doux.

extrait des lettres de jeunesse de Racine.
Friday 21 March 2008 à 10:42
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" Lose habitait tout près de chez moi. Je le voyais aller et venir, parfois les mains dans les poches, le plus souvent les bras chargés de livres, de sacs ou mallettes en tous genres. Il surgissait à tout moment dans notre rue, arpentant l'espace, dominant de sa large stature la plupart des passants, s'engouffrait sous le porche de son immeuble, puis disparaissait plusieurs journées consécutives. D'en bas, j'observais ses fenêtres, guettant sa silhouette et même son ombre soulignée par la lueur jaune des bougies qu'il allumait aux premières heures de la nuit. Je connaissais le bruit de son pas, les mélodies qu'il aimait siffler, sa façon de saluer les commerçants ou de sortir la monnaie de sa poche. Il m'avait fallu beaucoup de patience pour ne pas l'aborder trop tôt. J'avais décidé de l'examiner en détail pour l'évaluer de façon précise. En toute liberté. Très vite, j'allais discerner en lui des capacités exceptionnelles.
Blond, pâle, un air de soldat slave à la fois juvénile et puissant, Lose portait un regard saisissant sur le monde qui l'entourait, un regard d'une profonde réceptivité. Dans l'iris bleu glacier de ses immenses yeux, on ne pouvait capter aucun message, aucune émission affective. Il y avait un vertige, une sensation de vide et d'attente qu'il fallait combler à tout prix.
Lose - un regard . C'est presque l'essentiel.
Il marchait lentement, et parfois se faisait bousculer. Celui qui tournait la tête était en quelque sorte frappé de sidération. Il s'écoulait alors une période indéterminée, au cours de laquelle l'espace basculait au travers de ce regard, comme aspiré par le bleu glacé, le grand bleu des yeux de Lose. Des millions de centièmes de secondes s'engouffraient dans cet échange silencieux. Une fraction de vie qui se détachait de la masse, et qui désormais était passé d'une vie x à celle de Lose.
J'allais comprendre que Lose, petit à petit, s'appropriait ainsi des fragments minuscules d'un nombre infini de vies. Je devais réaliser plus tard, et il serait trop tard, qu'il les assimilait et les exploitait à des fins personnelles.
Lose - un regard - voleur de vie...
Pour ma part, je ne l'avais jamais bousculé. J'avais cependant observé un certain nombre d'incidents de ce type. Les premières fois, la démarche titubante des sujets ayant " rencontré " Lose m'avait intriguée. Puis j'avais cherché à les convaincre de participer à mon travail d'analyse. Rapidement, mes premières conclusions furent incontournables : chez tous ces sujets ayant croisé le regard de Lose, il manquait quelque chose. Il manquait un bout de vie.
L'étape suivante et logique consistait donc à étudier Lose lui-même. C'est là que les choses se compliquèrent... "



ISABELLE KAUFFMANN

"Ne regardez pas le voleur qui passe "
Sunday 23 March 2008 à 16:34
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" Tout à coup, il lui sembla que dans l'obscurité épaisse, quelque chose, faiblement, brillait. C'était en face de lui. il regarda. A peine une lueur. Un peu de gris, de blême...Mais quelque chose de visible, de distinct, dans le noir... Il attendait. Cela s'agrandit, devint plus blanc, plus large, comme une flaque d'eau; la glace, c'était la glace. C'était le jour. Les ténèbres s'allégeaient. Elles devenaient moins denses, paraissaient liquides, mouvantes. Il lui sembla qu'on soulevait un poids énorme qui lui écrasait la poitrine. Il respirait. Cet air plus léger glissait, coulait dans ses poumons. Avec des précautions infinies, il remua la tête. une sorte de souffle plus frais passa sur le front mouillé de sueur. Maintenant il voyait autour de lui des formes, des contours. Le chapeau par exemple, qui avait roulé à terre... La bouteille... Peut-être, il pourrait atteindre le verre, boire un peu d'eau...? Il avança la main. Non, rien, il ne sentait rien. Le coeur battant, il souleva le poignet. Rien. La main rampa jusqu'à la table, prit le verre. Dieu merci, il était plein d'eau, il n'aurait jamais pu soulever la bouteille. Il redressa légèrement la nuque, avanca les lèvres et but. Quelles délices... l'eau fraîche qui coulait, mouillait l'intérieur des lèvres, la langue sèche et gonflée, la gorge.



David Golder

I. NÉMIROVSKY.
Sunday 23 March 2008 à 17:58
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Parloi ! Viendez compissions enjoyer de vos visyeux d'égayances noctives!
Encouchez de les enfantins, nonestre bonistoire porouiceux, cestre avraiparloi cochoncin tasoué !
Dévoyez donzelles de vos pourpreurs, céquyadu palpisme endelair, malignant endeles dogois devos armousins,
galirçons viendez sacroire l'enfaçon de goulisser quelqu'ouicelle,
quar bien s'yprenndre d'alincher enle tatindru,
d'aboiver sa gouliche aux goulavres d'embelle,
doigontiller enle bilic frisillant,
d'agoulicher parou deles babouillis replichés !
Agardez, gédouline !
Rag !
Ultime soufflance tombelles phalloises,
comprendre désecondes icelui depar l'enchose,
apompir ces gilisses,
ouissez, ça ragage !
Oh !
Pisencore louver linguette ende galandules chatoules,
rag,
moitons d'upérus,
patrissonage d'unsein apleinpoignon,
ô rag,
n'yplus entenir, ôdema doucelle, flamboy d'envouloir,
oulahlah,
viendez galarçons paiser des miaulisses deles galarcelles,
miaw !
Ouigardez dele Vert-Peuple s'affondre desa flamelle propre quandis s'explit l'excit !
Crudulances pareillement deces strangereux armousins estre bientissôt queluntas d'enjambelles fessues,
d'empoilures justement goulavées,
d'enjambures cavamillantes,
dauquelun pourroi distinguer sa chaquelune deson chaquelun ?
Noquoi pourroi !
Parmains et dixeins, encrouper cequi s'empasse,
prendre,
croquigner del'où qu'ça vient, parou qu'ça va !
Malaxez devos glucives,
abreuvez deles coulances,
han et ho,
rag, arg !
- Ma Vert-Peuple empartoize,
s'excraphonte laddame Lunoy,
ouicelle pleuroy pourtissant d'enavoir ni dogois à s'emordre,
ni bilic à doigontiller !

(Bob)
Sunday 23 March 2008 à 23:20
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Le 2 Juin 1832, les amis d'Evariste portèrent son cercueil dans une fosse commune aujourd'hui oubliée. Trois mille républicains écoutèrent les discours qui prônaient les vertus républicaines de Galois.

Soixante-dix-sept ans plus tard, des mathématiciens français, des académiciens, des officiels, rendirent hommage à son génie. La France avait, durant ces années, traversé des guerres et des révolutions, vu tomber la monarchie, la deuxième République, le second Empire, la Commune de Paris pour, en fin de compte, construire et reconstruire la troisième République.

Pendant toutes ces années, les résultats mathématiques de Galois furent imprimés, discutés et enseignés ; ils influencèrent le développement des mathématiques modernes. Le temps efface des noms jadis fameux et redoutables. Le nom de Galois, lui, grandit avec le temps dans l'histoire des mathématiques. Il vivra à jamais.

Le 13 Juin 1909, il y eut une cérémonie solennelle à Bourg-la-Reine. Le maire, le secrétaire de l'Académie, des fonctionnaires, des mathématiciens des enfants, des citoyens, des passants s'assemblèrent devant une maison à deux étages de piètre apparence.

On allait inaugurer une plaque commémorative rédigée simplement.

Jules Tannery, professeur à l'Ecole Normale, lut un discours. Des fenêtres avoisinantes des femmes et des enfants regardaient ce spectacle qui suscitait quelque intérêt. Le professeur lut d'une voix vibrante. L'auditoire écoutait recueilli.

Il naquit dans cette maison, il y a presque un siècle. Son père, Gabriel Galois fut un de vos prédécesseurs, Monsieur le Maire.

En des temps difficiles, le maire, M. Galois, donna l'exemple de son dévouement à la cause de la liberté. Il mourut, victime des calomnies et des complots.

Il parla alors de la jeunesse de Galois à Louis-le-Grand et de sa passion pour les mathématiques.

Il avait une autre passion : un amour violent et mystique pour la République, une République sans doute plus idéale que les mathématiques et trop éloignée de la réalité ; une République pour laquelle il était prêt à donner sa vie et, si nécessaire, celle des autres.

Les personnages de Victor Hugo ne sont pas des mythes : Marius et Enjolras sont les frères d'Evariste Galois.

Tannary parla ensuite de la vie de Galois. Il omit pourtant de dire que la courte vie d'Evariste n'avait pas été dirigée par l'amour d'une république idéale, mais par la haine de la tyrannie, une tyrannie aussi détestable que l'odeur des cachots, aussi perfide que la trahison d'un indicatrice, aussi mortelle qu'une balle qui atteint son but.

Laissez-moi vous remercier de m'avoir donné l'occasion de faire amende honorable au génie de Galois, au nom d'une école où il entra à regret, où il fut incompris, d'où il fut chassé, et dont il est l'une des gloires les plus éclatantes.

Evariste Galois.
de Léopold Infeld, physicien, ancien collaborateur d'Albert Einstein.


Ce message a été modifié par Misslilou2 - Sunday 23 March 2008 à 23:24.
Friday 28 March 2008 à 11:11
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Le décor approprié

"On n'attend pas de vous que vous vous teniez au courant de ce qui se passe au royaume des spectres. La chose peut attendre jusqu'à ce que vous ayez le loisir de vous mettre dans un état d'esprit approprié au sentiment de l'oeuvre ; et je vous fais respectueusement remarquer que cela vous ai impossible dans un tramway, même si vous en êtes l'unique voyageur.
Cette solitude n'est pas la bonne.
un auteur a des droits que le lecteur est tenu de respecter.

-Donnez-moi un exemple bien déterminé.

-Il a droit à l'attention complète du lecteur. La lui refuser est immoral.partager votre attention entre lui et le fracas d'un tramway, le panorama mouvant de la foule sur les trottoirs et les édifices qu'elle longe (bref, une quelconque des mille distractions dont est fait notre milieu habituel), c'est le traiter avec une injustice flagrante. Pardieu, c'est infâme![...]


- Comment, quand et où dois-je lire votre histoire de revenants?
- Dans la solitude, la nuit, à la lueur d'une chandelle. Il y a certaines émotions qu'un écrivain peut provoquer assez facilement: ainsi, la compassion et la gaieté. Je peux vous faire pleurer ou rire presque dans n'importe quelle circonstance.
Mais pour que mon histoire de revenants produise tout son effet, il faut que vous éprouviez de la frayeur, ou, à tout le moins, un sentiment très fort du surnaturel. Si tant est que vous me lisiez, j'ai le droit d'espérer que vous me donnerez une occasion favorable, que vous vous rendiez accessible à l'émotion que j'essaie d'inspirer.[...]



-Voulez vous prétendre...[...] Pouvez-vous accelérer mon pouls? Me faire sursauter à un bruit soudain, me faire ressentir un froid nerveux le long de l'épine dorsale, me faire dresser les cheveux sur la tête?
- Vous n'oseriez pas.|...] Vous êtes assez brave pour me lire dans un tramway; mais dans une maison abandonnée, seul, la nuit! Allons donc! J'ai dans la poche un manuscrit qui vous tuerait."


[...]


Il gisait en partie sur le flanc, l'avant-bras sous la tête, la joue contre le plancher. Les yeux étaient grands ouverts; leur regard fixe n'avait rien d'agréable quand on le rencontrait.[...]
On entendit au loin l'engoulevent crier, et un scarabée monstrueux fila près de la fenêtre avec un vrombissement d'ailes qui s'éteignit dans le lointain.

__________

Ambrose Bierce, Contes Noirs


Ce message a été modifié par Racnor - Friday 28 March 2008 à 11:13.
Wednesday 02 April 2008 à 19:28
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LE SOURIRE


" Je voudrais dire de la mauvaise humeur qu'elle n'est point cause qu'effet; je serais même porté à croire que la plupart de nos maladies résultent d'un oubli de la politesse, j'entends d'une violence du corps humain sur lui-même. Mon père, qui par son métier observait les animaux, disait que, soumis pourtant aux mêmes conditions et autant portés que nous à abuser, ils ont bien moins de maladies, et il s'en étonnait. C'est que les animaux n'ont point d'humeur, j'entends cette irritation, ou bien cette fatigue, ou bien cet ennui qui sont entretenus par la pensée. Par exemple, chacun sait que notre pensée se scandalise de ne dormir point quand elle voudrait, et, par cette inquiétude, se met justement dans le cas de ne pouvoir dormir. Ou bien, d'autres fois, craignant le pire, elle ranime par ses mauvaises rêveries un état d'anxiété qui éloigne de la guérison. Il ne faut que la vue d'un escalier pour que le coeur se serre, comme on dit si bien, par un effet d'imagination qui nous coupe le souffle, dans le moment même ou nous avons besoin de respirer amplement. Et la colère est à proprement parler une sorte de maladie, tout à fait comme est la toux; on peut même considérer la toux comme un type de l'irritation; car elle a bien ses causes dans l'état du corps; mais aussitôt l'imagination attend la toux et même la cherche, par une folle idée de se délivrer de son mal en l'exaspérant, comme font ceux qui se grattent. Je sais bien que les animaux aussi se grattent , et jusqu'à se nuire à eux-mêmes; mais c'est un dangereux privilège de l'homme que de pouvoir, si j'ose dire, se gratter par la seule pensée, et directement par ses passions, exciter son coeur et pousser les ondes du sang ici et là.
Passe encore pour les passions; ne s'en délivre pas qui veut; on n'y peut arriver que par un long détour de doctrine, comme celui qui est assez sage pour ne point rechercher les honneurs, afin de ne pas être entrainé à les désirer. Mais la mauvaise humeur nous lie, nous étouffe et nous étrangle, par ce seul effet que nous nous disposons selon un état du corps qui porte à la tristesse, et de façon à entretenir cette tristesse. Celui qui s'ennuie a une façon de s'asseoir, de se lever, de parler, qui est propre à entretenir l'ennui. L'irrité se noue d'une autre manière; et le découragé détache, je dirais presque dételle ses muscles autant qu'il peut, bien loin de se donner à lui-même par quelque action ce massage énergique dont il a besoin.
Réagir contre l'humeur, ce n'est point l'affaire du jugement; il n'y peut rien; mais il faut changer d'attitude et se donner le mouvement convenable; car nos muscles moteurs sont la seule partie de nous-mêmes sur laquelle nous ayons prise. Sourire, hausser les épaules, sont des manoeuvres connues contre les soucis; et remarquez que ces mouvements si faciles changent aussitôt la circulation viscérale. On peut s'étirer volontairement et se conduire à bâiller, ce qui est la meilleure gymnastique contre l'anxiété et l'impatience. Mais l'impatient n'aura point l'idée de mimer ainsi l'indifférence; de même il ne viendra pas à l'esprit de celui qui souffre d'insomnie de faire semblant de dormir. Bien au contraire, l'humeur se signifie elle-même à elle-même, et ainsi s'entretient. Faute de sagesse, nous courons à politesse; nous cherchons l'obligation de sourire. C'est pourquoi la société des indifférents est tant aimée.




ALAIN

"Propos " 20 avril 1923.

Wednesday 02 April 2008 à 23:41
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Bien sûr que la vie est remplie de misères,
Je n'ai jamais dit le contraire.


Je sais que j'en ai eu ma part à éteindre
Et que j'ai mille raisons de me plaindre.
Contre moi vents et orages se sont unis;
Et combien de fois le ciel a été gris!
Les épines et les ronces m'ont piqué,
À gauche, à droite, et ailleurs aussi.
Mais, pour dire toute la vérité,
Fait-il assez beau aujourd'hui!

À quoi sert de toujours brailler
Et de rabâcher les soucis d'hier?
À quoi sert de ressasser le passé
Et, au printemps, de parler de l'hiver?
Un chacun doit avoir ses tribulations
Et mettre de l'eau dans son vin.
La vie n'est certes constante célébration.
Des soucis? Bien sûr, j'ai eu les miens.
Mais il faut bien le voir aussi:
Il fait diablement beau aujourd'hui!


C'est aujourd'hui que je vis,
Et non pas il y a un mois.
T'en as, t'en as pas, tu donnes et tu prends
Selon qu'en décide le moment.
Hier, un nuage de chagrin
A bien assombri mon chemin.
Demain, il pleuvra peut-être
À casser les carreaux de fenêtres,
Mais faut le dire, puisque c'est ainsi:
Fait-il assez beau aujourd'hui!


(Douglas Malloch)

Ce message a été modifié par adelou2 - Wednesday 02 April 2008 à 23:43.
Thursday 03 April 2008 à 16:20
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c'est pas vraiment ma lecture du jour, mais je suis retombée dessus par hasard en rangeant des bouquins;...



L'Arc-en-Ciel ! </FONT>[/color]





[color="#000000"]Un beau jour, toutes les couleurs du monde entier se mirent à se disputer. Chacune prétendait qu’elle était la plus belle, la plus importante, la plus utile, la préférée !


Elles se vantaient, à haute-voix, chacune étant bien convaincue d’être la meilleure. Le bruit de leur querelle s’enfla de plus en plus.

Soudain, un éclair d’une lumière aveuglante apparut dans le ciel, accompagné de roulements de tonnerre.La pluie commença à tomber à torrents sans discontinuer.

Effrayées, toutes les couleurs se tapirent et se rapprochèrent pour chercher un abri les unes près des autres.

La pluie prit la parole :

«Stupides créatures qui vous battez entre vous, chacune essayant de dominer l’autre, ne savez-vous pas que c’est le grand esprit qui vous a faites toutes, chacune dans un but particulier, uniques et différentes ?

Il aime chacune d’entre vous, il a besoin de vous toutes. Joignez vos mains et venez à moi. Il va vous étendre à travers le ciel en un magnifique arc-en-ciel, pour vous montrer qu’il vous aime toutes, que vous pouvez vivre ensemble en paix. Comme une promesse qu’il est avec vous, et comme un signe d’espérance pour demain…» . Ainsi, chaque fois que le grand esprit envoie une pluie pour laver le monde, il place l’arc-en-ciel dans son ciel, et quand nous l’apercevons nous devrions nous rappeler qu’il veut que nous sachions, nous aussi, nous apprécier les uns les autres et le louer de notre merveilleuse complémentarité.

Légende amérindienne </FONT>


Friday 04 April 2008 à 00:09
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« Lecteur, c'est peut-être la haine que tu veux que j'invoque dans le commencement de cet ouvrage ! Qui te dit que tu n'en renifleras pas, baigné dans d'innombrables voluptés, avec tes narines orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant du ventre, pareil à un requin, dans l'air beau et noir, comme si tu comprenais l'importance de cet acte et l'importance non moindre de ton appétit légitime, lentement et majestueusement, les rouges émanations ? Je t'assure, elles réjouiront les deux trous informes de ton museau hideux, ô monstre, si toutefois tu t'appliques auparavant à respirer trois mille fois de suite la conscience maudite de l'Éternel ! »
(Les Chants de Maldoror, I, 2)


Aujourd hui saint Isidore, bonne fête et bon anniversaire cher comte de Lautreamont!

Je relis quelques uns des" Chants "qui m ont touchée le plus!


Ce message a été modifié par sandie72 - Friday 04 April 2008 à 00:17.
Tuesday 08 April 2008 à 23:47
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Ainsi parlait Zarathoustra. (Nietzsche)

J'ai toujours auprès de moi une présence importante, pense le solitaire. Toujours une fois un, cela finit par faire deux, à la longue.

Je et Moi sont engagés dans un dialogue trop vénément. Comment serait-il supportable, s'il n'y avait l'ami ?

Pour le solitaire, l'ami est toujours un tiers : le tiers est le flotteur qui empêche le dialogue des deux de sombrer aux abîmes.

Hélas, il y a toujours trop d'abîmes pour tous les solitaires. C'est pourquoi ils ont une telle soif de l'ami et de son altitude.

Notre foi, en autrui, trahit ce que nous voudrions pouvoir croire de nous-mêmes. Le désir que nous avons d'un ami nous trahit.

Et souvent l'ami ne sert qu'à surmonter l'envie. Et souvent l'on n'attaque et l'on ne se fait un ennemi que pour cacher que l'on est vulnérable.

Sois à tout le moins mon ennemi ! Ainsi parle le véritable respect qui n'ose solliciter l'amitié.

Si l'on veut avoir un ami, il faut vouloir aussi se battre pour cet ami ; et pour se battre, il faut pouvoir être ennemi.

Il faut honorer dans son ami l'ennemi même.

Peux-tu venir tout près de ton ami sans passer dans son camp ?

Il faut avoir en son ami, son meilleur ennemi. C'est en lui résistant que tu seras le plus près de son coeur. Tu ne veux porter aucun voile pour ton ami ? Tu penses faire honneur à ton ami en te montrant à lui tel que tu es ? Mais pour t'en remercier, il t'envoie au diable.


Saturday 12 April 2008 à 20:11
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Deux extraits de ma dernière lecture, "Et si c'était vrai ?" de Marc Levy.

... « Nous sommes parfois impuissants face à nos désirs, à nos envies ou à nos impulsions, et cela provoque un tourment souvent insoutenable. Ce sentiment t'accompagnera toute la vie, parfois tu l'oublies, parfois ce sera comme une obsession. Une partie de l'art de vivre dépend de notre capacité à combattre notre impuissance. C'est difficile, parce que l'impuissance engendre la souvent la peur. Elle annihile nos réactions, notre intelligence, notre bon sens, ouvrant la porte à la faiblesse. Tu connaîtras bien des peurs. Lutte contre elles, mais ne les remplace pas par des hésitations trop longues. Réfléchis, décide et agis ! N'aie pas de doutes, l'incapacité d'assumer ses propres choix engendre un certain mal de vivre. Chaque question peut devenir un jeu, chaque décision prise pourra t'apprendre à te connaître, à te comprendre. »...

... « Pour expliquer son point de vue il rapporta la réponse de sa mère à une question qu'il lui avait un jour posée sur la mort. Il avait voulu savoir si les grandes personnes en avaient peur, elle lui avait formulé cette réponse dont il se souvenait par cœur, elle avait dit : Lorsque tu as passé une bonne journée, que tu t'es levé tôt le matin pour m'accompagner à la pêche , que tu as couru, travaillé aux rosiers avec Antoine, tu es épuisé le soir, et finalement, toi qui détestes aller te coucher, tu es heureux de plonger dans tes draps pour trouver le sommeil. Ces soirs-là tu n'as pas peur de t'endormir. La vie est un peu comme une de ces journées. Lorsqu'elle a commencé tôt on éprouve une certaine tranquillité à se dire qu'un jour on se reposera. Peut être parce que avec le temps nos corps nous imposent les choses avec moins de facilité. Tout devient plus difficile et fatigant, alors l'idée de s'endormir pour toujours ne fait plus peur comme avant. » ...


Ce message a été modifié par MISR - Saturday 12 April 2008 à 20:12.
Sunday 13 April 2008 à 08:13
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LE PROFESSEUR. (...) Que lisez-vous, mon enfant ?

MARINA (sans le regarder). La Cuirasse du prophète.

LE PROFESSEUR. C'est bien, ça, de lire Sorloff ! Je suis impressionné par votre soif de culture.

MARINA. Vous vous moquez de moi ?

LE PROFESSEUR. Pas du tout. Qu'une jeune fille maigre et frigorifiée ait la détermination de s'initier à un auteur difficile, en dépit des bombardements, je trouve ça sincèrement admirable.

MARINA (le regarde enfin, très douce). Je ne suis pas en train de m'initier à un auteur difficile, Professeur. Savez-vous ce que je suis en train de faire ? Je lis chaque phrase avec lenteur et circonspection et à chaque phrase je me demande : "Y a-t-il dans ce sujet, ce verbe, ce complément, cet adverbe, y a-t-il quoi que ce soit qui vaille une belle flambée au coeur d'un poêle ? Le sens profond (ou supposé tel) de cette phrase est-il plus nécessaire à ma vie qu'un degré de plus dans cette pièce ?" Tenez, je vous lis une ligne au hasard : "Il y avait longtemps que le silence ne lui avait semblé aussi suspect." Je n'ai rien à reprocher à cette phrase, je vois même où se situe sa profondeur, mais je me pose cette question : en quoi ce silence suspect a-t-il plus de valeur qu'une minute de chaleur ?

LE PROFESSEUR. Vous savez très bien qu'une phrase tirée de son contexte n'a pas d'intérêt.

MARINA. Je suis prête à la replacer dans son contexte : Emile a écouté les doléances de sa mère. Il l'a aidée à se remettre au lit, puis il est allé lire le journal à côté en attendant que la pauvre femme s'endorme. Je comprends son sentiment d'impuissance devant les souffrances de sa mère, je comprends en quoi le silence lui paraît suspect. Mais je persiste à ne pas comprendre en quoi ceci vaut plus qu'une minute de chaleur.

LE PROFESSEUR. Vous oubliez le style, Marina.

MARINA. Non. J'ai bien remarqué que cette succession de sifflantes avait un côté "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?" qui rend le silence encore plus suspect. Bravo, Sorloff. En quoi ces allitérations vont-elles me faire oublier que je crève de froid ?

Amélie Nothomb - Les combustibles -
Monday 14 April 2008 à 19:00
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l'eventail

Des étoiles une rosée tombera sur tes cheveux, lorsqu’un

vaisseau transparaîtra dans ta nuit. Et tu seras en un instant

dedans, seul mais si bien, dans la chaleur de son sein. Et le

vaisseau, rhomboïde adombré, t’emportera en d’autres confins.

Tu lèveras les yeux vers sa coupole de cristal, tournée vers

l’encre du ciel où fourmillent les galaxies empressées,

bleuissent les étoiles d’or et se déversent, laiteux dragons, les

symphoniques spirales constellées.

Parfois les instants de solitude sont si pleins que l’on désire

qu’il s’allongent, amitiés toujours paisibles, auprès de nous.

Et c’est le silence recueilli de la nef sidérale qu’il te faudra

quitter pour voir l’autre univers où tu viens d’émerger, comme

le bambou naît à la lumière en perçant la neige qui le

protégeait.

Et l’astronef sera absorbé vers un autre monde. Il restera

comme un présent, trace lumineuse, sur l’écran apaisé de ta

conscience qui t’emmena si loin de la Terre, si près de ton

coeur.


C’est aux facettes de l’éventail, quand il se déploie dans l’air

chaud du soir, que l’on reconnaît la beauté de l’image qui se

reconstitue.

Si nulle main ne vient déployer ce qui tenait plié, jamais l’oeil

ne peut contempler la beauté que le peintre oriental posa sur le

papier de riz, ni le visage se rafraîchir du souffle que l’image

calligraphiée envoie en vagues ondoyantes quand la paume

doucement l’agite.

Nous sommes cet éventail replié qui attend le souffle de l’été et

la main complice pour être révélé, paon somptueux, phénix

ancien, à l’icône que nous portons peinte en cou leurs d’éternité

depuis que nous sommes.

Et l’image s’étire de plan en plan, de conscience en conscience,

comme les baguettes rythment le déploiement de l’éventail.

Se reconstitue, du coeur de la Terre aux mondes de lumière, la

méditation particulière qui de sa fraîcheur t’habite.




L'éther Pur

Im Hwa Soeng

Friday 25 April 2008 à 12:14
Citer +Citer
Je n'ai pas compris et j'en fut impressionné. Je suis toujours impressionné par l'incompréhensible, car cela cache peut-être quelque chose qui nous est favorable. C'est rationnel, chez moi.

Gary, Gros-Câlin.
Monday 28 April 2008 à 12:48
Citer +Citer
Ma vie ressemblait alors à un tableau d'Edward Hopper. En apparence, il ne s'y passait rien. Erreur. Tout y était puissance retenue. Après une lente décantation, une patiente filtration, elle libérait l'entière subtilité de son arôme. Je le sentais. Je suis olfactif. C'était ma chance. C'était juillet...
Un juillet languissant. Le temps défilait avec mesure. Au quatrième top, il serait exactement huit heures. Le regard rivé sur la surface horizontale, évidemment, de mon café noir du matin, je me sentais ineffablement sur la sellette. Horizontale, évidemment !
Horizontale, évidemment, mais la considération d'une éventuelle obliquité m'avait effleuré une fraction de seconde, par simple coquetterie mentale, bien entendu. N'allez pas supposer... Il me fut seulement plaisant, à cet instant précis, d'imaginer une légère pente à mon arabica. Horizontale, évidemment ! Bien qu'approximatives, mes connaissances des sciences physiques, en matière des lois de la nature, me suffisaient pour ne pas envisager, exepté par jeu, et c'était le cas, la véritable formation d'un tel phénomène sous mes yeux. Cette précision, évidemment, s'imposa toutefois, afin d'écarter tout malentendu avec moi-même, comme une réponse obligatoire à ma tranquilité d'esprit.


HUBERT MICHEL

"Tout s'avale"


Ce message a été modifié par Tchouba - Monday 28 April 2008 à 12:50.
Monday 28 April 2008 à 16:12
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L'autre jour, je ne sais plus pourquoi, nous avons eu un fou rire ensemble. On pleurait de rire tous les deux; et quand on s'est enfin calmés, quand on a réussi à se regarder sans repartir de plus belle, c'était comme si on se connaissait depuis longtemps, comme si on se connaissait bien, comme si on avait quelque chose en commun. C'était un moment joyeux, un moment heureux.... pas seulement ce rire, mais le moment qui a suivi; surtout à ce moment là.
Depuis, c'est comme un contrat d'amitié que l'on aurait signé tous les deux. Quand on rit de cette façon avec quelqu'un, on se sent une complicité avec cette personne là; comme une intimité.

Isabelle Minière

"Un couple ordinaire"

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