Sunday 23 March 2008 à 23:20
Le 2 Juin 1832, les amis d'Evariste portèrent son cercueil dans une fosse commune aujourd'hui oubliée. Trois mille républicains écoutèrent les discours qui prônaient les vertus républicaines de Galois.
Soixante-dix-sept ans plus tard, des mathématiciens français, des académiciens, des officiels, rendirent hommage à son génie. La France avait, durant ces années, traversé des guerres et des révolutions, vu tomber la monarchie, la deuxième République, le second Empire, la Commune de Paris pour, en fin de compte, construire et reconstruire la troisième République.
Pendant toutes ces années, les résultats mathématiques de Galois furent imprimés, discutés et enseignés ; ils influencèrent le développement des mathématiques modernes. Le temps efface des noms jadis fameux et redoutables. Le nom de Galois, lui, grandit avec le temps dans l'histoire des mathématiques. Il vivra à jamais.
Le 13 Juin 1909, il y eut une cérémonie solennelle à Bourg-la-Reine. Le maire, le secrétaire de l'Académie, des fonctionnaires, des mathématiciens des enfants, des citoyens, des passants s'assemblèrent devant une maison à deux étages de piètre apparence.
On allait inaugurer une plaque commémorative rédigée simplement.
Jules Tannery, professeur à l'Ecole Normale, lut un discours. Des fenêtres avoisinantes des femmes et des enfants regardaient ce spectacle qui suscitait quelque intérêt. Le professeur lut d'une voix vibrante. L'auditoire écoutait recueilli.
Il naquit dans cette maison, il y a presque un siècle. Son père, Gabriel Galois fut un de vos prédécesseurs, Monsieur le Maire.
En des temps difficiles, le maire, M. Galois, donna l'exemple de son dévouement à la cause de la liberté. Il mourut, victime des calomnies et des complots.
Il parla alors de la jeunesse de Galois à Louis-le-Grand et de sa passion pour les mathématiques.
Il avait une autre passion : un amour violent et mystique pour la République, une République sans doute plus idéale que les mathématiques et trop éloignée de la réalité ; une République pour laquelle il était prêt à donner sa vie et, si nécessaire, celle des autres.
Les personnages de Victor Hugo ne sont pas des mythes : Marius et Enjolras sont les frères d'Evariste Galois.
Tannary parla ensuite de la vie de Galois. Il omit pourtant de dire que la courte vie d'Evariste n'avait pas été dirigée par l'amour d'une république idéale, mais par la haine de la tyrannie, une tyrannie aussi détestable que l'odeur des cachots, aussi perfide que la trahison d'un indicatrice, aussi mortelle qu'une balle qui atteint son but.
Laissez-moi vous remercier de m'avoir donné l'occasion de faire amende honorable au génie de Galois, au nom d'une école où il entra à regret, où il fut incompris, d'où il fut chassé, et dont il est l'une des gloires les plus éclatantes.
Evariste Galois.
de Léopold Infeld, physicien, ancien collaborateur d'Albert Einstein.
Ce message a été modifié par Misslilou2 - Sunday 23 March 2008 à 23:24.